La Baule+

la baule + L’essentiel de la presqu’île guérandaise ! Mensuel gratuit d’informations - N° 267 - Septembre 2026 MAISON BMR lance Allo-VoletService pour moderniser et motoriser les volets Page 7 LITTÉRATURE Elyon : un Baulois raconte son expérience de mort imminente Pages 14 et 15 SOYEZ RESPECTUEUX DE L’ENVIRONNEMENT : NE JETEZ PAS CE JOURNAL SUR LA VOIE PUBLIQUE, EMPORTEZ LA BAULE+ CHEZ VOUS ! Emmanuelle Béart ÉCONOMIE Saison touristique : La Baule s’en sort bien Pages 4 et 5 Rencontre avec une actrice passionnée et engagée Pages 18 à 20 Nos entrepreneurs communiquent ROBERT VOYER ERIC DESMONS Spécialiste de l’IA depuis 35 ans, le Baulois Robert Voyer décrypte l’accélération fulgurante des modèles de langage. Pages 8 et 9 Comprendre le déclassement de la France périphérique. Éric Desmons est agrégé de droit public et professeur à l’université Paris 13. Pages 12 et 13 la baule+ TÉLÉCHARGEZ L’APPLICATION Photo : Harold James

L’émission «Cauchemar en cuisine», sur M6, lance un appel à témoins directement sur notre territoire. Le concept, tout le monde le connaît : le chef Philippe Etchebest débarque dans un restaurant en difficulté, remet de l’ordre, retape la carte, remotive l’équipe, et redonne un vrai coup de fouet à l’établissement. Cette fois, c’est la Presqu’île qui est visée. La production cherche des restaurateurs du secteur qui traversent une période compliquée et qui accepteraient l’aide du chef. L’objectif, au-delà de l’émission, c’est aussi de mettre en avant notre patrimoine culinaire local et de venir en aide à des établissements qui méritent d’être soutenus. Si vous êtes concerné, contactez Astrid Chauvel au 07 86 48 38 87, ou par mail à cas t i ngcauchemar@ m6.fr. la baule+ 2 | Septembre 2026 La Ville de Pornichet, les professionnels de santé et le cabinet Lexham ont officiellement marqué une nouvelle étape dans la réalisation de la future maison médicale, installée sur le site Jacques-Prévert, avenue des Écoles. Le bâtiment, d’environ 2 000m², doit ouvrir à l’été 2027. Il s’agit d’un projet attendu, dans une commune où la question de l’accès aux soins revient régulièrement dans les conversations. Jean-Claude Pelleteur, maire de Pornichet, a rappelé la triple ambition du projet : maintenir les professionnels déjà présents sur le territoire, attirer de nouveaux médecins et créer une véritable communauté médicale. L’idée n’est donc pas seulement de construire un bâtiment, mais de favoriser un mode de travail plus collectif, avec des échanges entre généralistes, spécialistes et professionnels paramédicaux. La future maison médicale doit accueillir des médecins généralistes et spécialistes, des infirmières, une psychologue, une orthophoniste, un podologue, un ostéopathe ou encore un dentiste. Selon la Ville, près des deux tiers des locaux sont déjà réservés. Une trentaine de professionnels pourraient, à terme, exercer sur place. Autre point important : la commune sera propriétaire de deux studios dans le bâtiment. Ils pourront servir à héberger des stagiaires, des remplaçants ou de jeunes professionnels souhaitant tester une installation à Pornichet. Pornichet prépare sa maison médicale On en parle depuis longtemps, mais cette fois les travaux ont bien commencé. CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo a lancé le chantier de la future liaison cyclable entre Saint-Molf et Guérande. L’objectif n’est pas seulement d’offrir une promenade de plus aux cyclistes du dimanche. Il s’agit bien de créer un itinéraire du quotidien, utilisable pour aller au travail, au lycée, aux commerces ou aux équipements publics. La première phase concerne le tronçon situé entre la rue de la Fontaine d’Airain, à Saint-Molf, et le secteur de Kersavary, à Guérande. Elle représente environ six kilomètres d’aménagements cyclables. Le tracé permettra notamment de desservir le lycée professionnel de Kerguénec ainsi que le camping de la Fontaine. Pour les habitants de SaintMolf, mais aussi pour les familles et les jeunes qui se rendent à Guérande, l’enjeu est évidemment celui de la sécurité. Une seconde phase est déjà prévue entre Kersavary et le Moulin de Crémeur, à Guérande. Elle représente environ un kilomètre supplémentaire et doit permettre de rejoindre l’aire de covoiturage du Moulin du Diable. À terme, cette liaison pourra aussi être connectée à Vélocéan, ce qui offrirait une continuité vers La Baule et renforcerait le maillage cyclable de tout le territoire. Le coût prévisionnel de la première phase est estimé à 500 000 euros. Une liaison cyclable entre Saint-Molf et Guérande M6 casting sur la Presqu’ île

Septembre 2026 | 3 la baule+ Devant le conseil municipal réuni le 28 août, Franck Louvrier a dressé le bilan sécuritaire de la saison estivale. Un exercice attendu chaque année en cette période où la population de la baie - La Baule, Pornichet et Le Pouliguen réunies - est multipliée par dix, pour atteindre parfois 250 000 résidents. Sécurité : un été sous contrôle les occupants ont quitté les lieux au bout de six jours, alors qu’ils annonçaient initialement vouloir rester au moins deux semaines. « Constance et fermeté, ne rien lâcher, ne pas se laisser impressionner », a résumé le maire, en présentant cette méthode comme la clé pour éviter ces occupations illégales. « Il est donc inévitable que cette migration de population soit malheureusement accompagnée par un accroissement proportionnel des incivilités et de la délinquance », a rappelé le maire de La Baule, pointant aussi des « comportements plus laxistes de citoyens d’habitude sans histoire, parce que l’on est en vacances… » Aucun fait divers majeur Les renforts estivaux de la Police nationale ont, selon le maire, fait la preuve de leur efficacité par une forte présence sur le terrain. Franck Louvrier s’est félicité de n’avoir eu à déplorer « aucun fait divers majeur et fort peu d’actes délictuels d’importance ». Sur la plage, les CRS des postes de secours ont reçu pour consigne de « ne rien laisser passer », dans un contexte de fréquentation accrue. Résultat : une nette hausse des interventions, qui reflète moins une explosion des comportements répréhensibles qu’un durcissement assumé de la vigilance. Sur juillet-août, les chiffres parlent : 7 714 préventions verbales, en hausse de 33,5 % par rapport à 2025 ; 81 avertissements sur main courante, +153 % ; 17 verbalisations contre 14 l’an dernier ; 73 contrôles d’identité, +46 % ; et 8 interpellations contre 4 en 2025. Côté secours, le bilan est contrasté. 55 enfants ont été perdus puis retrouvés cet été, contre 38 en 2025, et 763 soins bénins ont été prodigués : un chiffre en recul de 25,7 %. Nouveauté de la saison : un médecin est intervenu à sept reprises. Les assistances sur le plan d’eau progressent, avec 66 interventions contre 46 l’an passé, tandis que les sauvetages reculent légèrement, à 10 contre 13, tout comme les accidents graves : 25 cette année contre 43 en 2025. Gens du voyage : une seule tentative d’intrusion Dernier point du bilan : la question des gens du voyage, sujet déjà évoqué lors du conseil municipal de juillet. Grâce aux mesures préventives, la Ville n’a eu à gérer qu’une seule tentative d’intrusion cet été, sur un terrain privé du quartier de Ville Joie, à l’est de la commune. Les démarches légales engagées sans délai ont porté leurs fruits :

la baule+ 4 | Septembre 2026 Saison touristique : La Baule s’en sort bien C’est le principal sujet de conversation en cette période : le bilan de la saison touristique. Comme chaque année, l’Office de Tourisme La Baule Presqu’île de Guérande a fait le point sur la fréquentation de La Baule et des autres communes de la Presqu’île. Les professionnels peuvent disposer de chiffres précis grâce à l’outil Flux Vision Tourisme proposé par Orange. Les données de l’opérateur, qui sont vendues aux offices de tourisme, sont anonymisées et elles permettent de savoir combien de personnes sont venues sur la Presqu’île, leur origine géographique et combien de temps elles restent. Tout cela grâce au bornage des portables et, à partir de là, une extrapolation est faite en fonction de la part de marché d’Orange. Il faut aussi replacer ce sujet dans un contexte général. D’abord, il y a une unanimité dans toute la presse pour reconnaître que la canicule historique de juin-juillet a déplacé la demande vers la Manche et la montagne. Ensuite, l’érosion du pouvoir d’achat pousse à des séjours plus courts et des réservations de dernière minute. Enfin, les professionnels interrogés reconnaissent que le contexte géopolitique est anxiogène depuis fin février. En résumé, la baisse est marquée sur la Méditerranée (-8 à -10 % selon les zones) et elle est plus contenue sur l’Atlantique et en Normandie. Le principal enseignement concerne d’abord l’évolution de la fréquentation touristique à l’année, puisque, dès le mois de mars, on a commencé à observer une progression des nuitées. L’autre grande tendance, c’est la progression de ceux que l’on appelle les excursionnistes, c’est-à-dire des personnes qui viennent de Nantes, Rennes ou Angers, mais seulement pour passer une journée à La Baule. La conjoncture économique a favorisé les excursionnistes, qui sont en hausse de 4 % cette année, alors que l’on observe une baisse de 7 % des nuitées, avec Il est difficile de généraliser sur l’activité économique de la Presqu’île, en fonction des métiers, des saisons ou des catégories d’offres. En réalité, dans tous les domaines, il y a des professionnels qui tirent leur épingle du jeu. Par exemple, dans le domaine de la restauration, Yann Archimbaud, gérant de la crêperie « Au bord de l’O », fait partie de ceux qui ont su créer la surprise sur la plage de La Baule, et la fréquentation de son établissement a progressé de 15 % cette année. Il a su entrer dans les adresses que l’on mémorise : « Les gens remarquent notre communication, que ce soit dans le journal ou à la radio, tout comme dans les réseaux. » Le restaurateur indique que «le mois d’avril a été excellent, mai a été en demi-teinte, juin a été identique à l’année dernière et l’été s’est plutôt bien déroulé, car on a été complet midi et soir pendant trois semaines. Les tickets moyens ont été en forte hausse. Pendant une semaine, je peux même dire que l’on a dû refuser autant de monde que l’on en a accepté, parce que nous ne pouvions pas pousser les murs. » Yann constate cependant que « la clientèle d’août est de plus en plus exigeante, impatiente, et certaines personnes sont parfois méchantes. On a eu quelques cas difficiles ! » Autre constat, celui d’Alain Jousselin, qui exploite plusieurs enseignes entre La Baule, Guérande et Pornichet, notamment dans le domaine de l’habillement : « Le marché du textile est très touché, hormis les produits de niche qui fonctionnent encore. Le printemps a été difficile, essentiellement en raison du conflit en Iran et de la hausse du prix du carburant. Mais, finalement, on arrive à s’en sortir et le bilan est positif, car on privilégie une activité à l’année, nous sommes implantés et reconnus comme des enseignes locales, et nous communiquons aussi régulièrement sur nos nouveautés. » Ingrid Perrais, directrice de la communication de l’OT, Franck Louvrier, maire de La Baule et président de l’OT La Baule - Presqu’île de Guérande, Delphine Derouet, directrice de l’OT et Marine Roger qui est notamment en charge de l’analyse des données. des séjours de plus en plus courts. « On observe une augmentation de la clientèle de proximité. 37 % des excursionnistes viennent de la région Pays de la Loire et 18 % de la région Bretagne. La Loire-Atlantique représente à elle seule 28 % de cette clientèle de proximité », indique Franck Louvrier, maire de La Baule et président de l’Office de tourisme intercommunal. Il ajoute que les excursionnistes contribuent à l’économie locale, car ce sont des gens qui font fonctionner les restaurants, mais on observe aussi que c’est une clientèle qui produit de plus en plus de déchets : «Parfois il faut 6 passages par jour pour relever les poubelles de la ville. Cela coûte de l’argent, car quand un excursionniste prend une pizza, évidemment, il jette le carton dans une poubelle. Cela nécessite une gestion des heures supplémentaires, des jours fériés, et c’est un vrai sujet de prospective pour les élus. » Lors de la conférence de presse, Pascal Bataillé, président d’Adonis Hôtels et Résidence, a insisté sur la chance que nous avions : « Ici, on a tout, le TGV, un golf, un palais des congrès, une plage ! Nous avons fait une année 2026 record, sauf en juin, mais on observe que, dès que des événements sont organisés, on explose les chiffres de la clientèle. La demande est extrêmement forte sur La Baule toute l’année, alors que nous sommes un peu plus déçus à Guérande, mais notre établissement de Guérande a surtout servi à reverser le trop-plein de La Baule. » Les professionnels ont tenu à saluer la politique menée par le Palais des Congrès D’une manière générale, les professionnels ont tenu à saluer la politique menée Témoignages sur la saison…

Septembre 2026 | 5 la baule+ par le Palais des Congrès Atlantia en matière de congrès, car c’est vraiment ce qui permet aux hôtels d’être ouverts toute l’année. Ingrid Oudot, directrice de l’hôtel Saint-Christophe, observe une évolution des comportements : « Il y a une montée en puissance des réservations de dernière minute, la clientèle est plus attentive à ses dépenses, et il est important d’avoir de l’animation pour soutenir la fréquentation, surtout après la mi-août. » Pour Franck Louvrier, «la presqu’île confirme son attractivité, notamment grâce à la diversité des destinations. » Le développement des pistes cyclables est aussi un atout économique: « Un cycliste consomme 70 € par jour, contre 40 € par jour en moyenne pour un visiteur classique. L’objectif, c’est de transformer la fréquentation en chiffre d’affaires. Cette année a montré que, lorsque l’on a parfois moins de monde, il y a plus de chiffre d’affaires. » Silvia, gérante du glacier Insieme au Pouliguen, indique qu’elle a atteint des volumes exceptionnels, avec parfois jusqu’à 350 kg de glace par jour, ce qui a aussi entraîné des commandes supplémentaires pour les producteurs locaux avec lesquels elle travaille, notamment Burban et la ferme Lait Prés Verts. Les commerçants qui travaillent à l’année, que ce soit en matière d’ouverture ou de communication, n’ont pas eu à se plaindre Mais peut-on encore présenter La Baule comme une station balnéaire ? C’est un débat qui existe depuis près de 20 ans : La Baule est devenue une ville moyenne de bord de mer. Le nombre important de résidents secondaires est aussi un atout pour la ville et, après la catastrophe de l’Erika, Yves Métaireau avait même souligné que les résidents secondaires, par leur fidélité, avaient sauvé l’économie de la station. Par ailleurs, on vient rarement à La Baule par hasard puisque beaucoup de touristes ont un souvenir ou une attache avec la commune. Finalement, et c’est ce qui compte, les habitués étaient au rendez-vous, les résidences secondaires étaient ouvertes, les consommateurs ont retrouvé leurs repères, et les commerçants qui travaillent à l’année, que ce soit en matière d’ouverture ou de communication, n’ont pas eu à se plaindre. Y. Urrien

la baule+ 6 | Septembre 2026 Deux mois après l’ouverture au public de la première portion réhabilitée de la promenade de mer, entre l’avenue de Lyon et l’avenue Léo Delibes, la Ville de La Baule-Escoublac referme dès le 31 août un nouveau tronçon du boulevard de l’Océan. Direction l’avenue Louis-Lajarrige, pour la phase 2 de la tranche 1, dont la livraison est annoncée pour la mi-2028. Pour comprendre l’ampleur de l’opération, il faut revenir à l’échelle du projet : la municipalité s’est engagée dans la réhabilitation complète des 5,5 kilomètres de la promenade de mer, découpés en quatre tranches successives. La tranche 1, entre l’avenue de Lyon et l’avenue Louis-Lajarrige, représente 1,4 kilomètre et sera ellemême livrée en deux temps. Suivront la tranche 2 (1,3 km), la tranche 3 (1,6 km) et la tranche 4 (1,1 km), qui boucleront le tour complet du front de mer bauloise dans les années à venir. La phase 1 de cette tranche 1, lancée en 2024 entre l’avenue de Lyon et l’avenue Léo Delibes, est achevée et ouverte au public depuis juin. Les Baulois ont ainsi pu se faire une première idée concrète du visage que prendra, à terme, l’ensemble de la promenade : nouveaux murs de soutènement en pierre, aménagements paysagers valorisant la « ville-jardin », espaces pensés pour les mobilités douces. C’est cette même logique qui va désormais se déployer sur le tronçon suivant, entre les avenues Léo Delibes et Louis-Lajarrige. Les travaux démarrent pour une durée prévisionnelle de près de deux ans, jusqu’à la mi-2028 sous réserve, précise la municipalité, des aléas inhérents à ce type de chantier. Promenade de mer : le chantier reprend pour la phase 2 de la tranche 1 Trois chantiers avanceront de front sur cette séquence: la reconstruction totale des ouvrages de défense contre la mer, la reconstruction des locaux de plage sous le nouveau mur, et l’aménagement de l’espace public tel qu’issu de la concertation menée avec les habitants. Derrière l’aspect paysager, l’enjeu premier reste la résilience face à la mer. L’élévation du niveau marin, conséquence du changement climatique, impose une remise à niveau des ouvrages de protection du perré. Les nouveaux murs doivent garantir la sécurité des biens et des personnes, maintenir le trait de côte face à l’érosion, et permettre la reconstruction des équipements de plage. La collectivité insiste sur le financement : l’opération dispose d’une enveloppe spécifique, sans incidence, assure-t-elle, sur la poursuite des autres investissements municipaux en matière de voirie, d’équipements sportifs, culturels ou de services à la population. 35 000 exemplaires : et surtout, les bons lecteurs ! La Baule+ est le journal de ceux qui vivent ici, de ceux qui aiment la presqu’île toute l’année. Ceux qui vont au restaurant en octobre ou en février, changent leur cuisine en janvier, achètent une voiture, font travailler un artisan, préparent leur maison, leurs vacances et leurs sorties. Ce sont eux qu’il faut convaincre. Communiquer dans La Baule+ quand la saison se calme, c’est prendre la parole au moment où vos concurrents se taisent. Votre prochain client est probablement en train de lire La Baule+. À vous de faire en sorte qu’il vous voie. La Baule+, c’est LE journal que les habitants de la Presqu’île attendent. Annonceurs : le prochain numéro se prépare maintenant. LES PLUS MALINS RESTENT TOUJOURS VISIBLES Contactez-nous pour votre publicité : Fabienne: 06 08 80 39 55 fabienne@labauleplus.com la baule+

Septembre 2026 | 7 la baule+ Depuis près de trente ans, Bretagne Miroiterie Rénovation travaille le verre et la menuiserie extérieure sur la presqu’île. L’entreprise, basée au Pouliguen, développe un nouveau pôle avec Allo-Volet-Service, consacré à la modernisation et à la motorisation des volets existants. Une évolution fidèle à sa philosophie : adapter et prolonger la durée de vie plutôt que remplacer systématiquement. Le verre, toujours au cœur du métier Vitres, double vitrage, baies vitrées, miroirs, vitrines de commerces, crédences, plateaux de table ou réalisations sur mesure : le verre reste le premier métier de BMR. L’entreprise dispose de son propre atelier de découpe et de façonnage et intervient aussi en menuiserie extérieure. David Aubry explique que c’est au fil des intervencamion est dédié à cette activité, avec toutes les pièces nécessaires, tandis que l’organisation s’appuie sur un fabricant pour les moteurs et composants: « Beaucoup de vieux volets roulants manuels, à manivelle, peuvent parfaitement être motorisés s’ils sont encore en bon état », explique David Aubry. Une solution intéressante pour les propriétaires qui veulent gagner en confort sans se lancer dans de gros travaux. vid Aubry. Le raisonnement est économique, mais aussi écologique. Conserver ce qui peut l’être évite de fabriquer, transporter puis éliminer un équipement complet. Une manière concrète d’améliorer le confort tout en prolongeant la durée de vie de l’existant. Cette diversification ne change pas l’ADN de BMR. L’entreprise travaille principalement entre Saint-Nazaire et Le Croisic, toute l’année, avec des équipes locales qui connaissent les habitations et les contraintes du littoral. « Nous ne sommes pas une franchise. Nous faisons de l’artisanat, ici, et c’est important », insiste David Aubry. Cette proximité se retrouve dans les commentaires laissés par les clients, qui soulignent régulièrement le professionnalisme, la réactivité et la qualité du travail. Près de trente ans après ses débuts dans la miroiterie, BMR élargit son métier sans changer de méthode: rester proche et chercher, avant de remplacer, la solution la plus simple et la plus durable. Bretagne Miroiterie Rénovation, 17 rue de Cornen au Pouliguen. Tél. 02 40 15 02 15. Site : www.miroiteriemenuiserie-44.fr tions qu’est née l’idée d’aller plus loin. En effet, après un choc ou une tempête, les équipes constataient parfois qu’un volet avait lui aussi souffert : « Les clients nous demandaient : est-ce que vous pouvez vous en occuper aussi ? » BMR développe donc Allo-Volet-Service en complément de la miroiterie. L’entreprise reste indépendante, avec ses équipes et son implantation au Pouliguen. Un BMR lance Allo-Volet-Service pour moderniser et motoriser les volets Moins cher et plus logique écologiquement Dans de nombreux cas, motoriser un volet existant revient moins cher que le remplacer entièrement. L’intervention est souvent simple : ouvrir le coffre, conserver le tablier lorsqu’il est sain et intégrer une motorisation adaptée. « Pourquoi jeter à la benne un volet qui fonctionne encore simplement parce qu’il est manuel ? », résume Da-

la baule+ 8 | Septembre 2026 IA > Révolution numérique et monde du travail Spécialiste de l’intelligence artificielle depuis trente-cinq ans, l’enseignant-chercheur Robert Voyer décrypte l’accélération fulgurante des modèles de langage (LLM) et la course géopolitique menée par les géants américains, chinois et européens. Face à des outils capables d’auto-amélioration récursive, de génération vidéo et de programmation logicielle instantanée, il nous alerte sur une obsolescence technologique de fréquence quasi hebdomadaire et sur un impact immédiat : l’automatisation massive des métiers intellectuels, avant même l’arrivée de la robotique pour les tâches manuelles. Robert Voyer : « D’ici quelques mois, la quasi-totalité des tâches des cols blancs va être automatisée. » La Baule+ : Lorsque l’on interroge un biologiste ou un expert en énergie, on s’attend à apprendre beaucoup de choses. Or, paradoxalement, au moment où nous commençons à évoquer l’IA, même en tant qu’expert, vous êtes déjà dépassé par la technologie… Robert Voyer : Effectivement. Je suis docteur en informatique avec comme spécialité l’intelligence artificielle. L’IA, on en a entendu parler il y a trois ans. On a l’impression que c’est une nouvelle discipline, mais j’ai passé ma thèse en intelligence artificielle il y a trentecinq ans ! J’avais même écrit un ouvrage de référence sur le sujet. Il y a eu des hauts et des bas, mais aujourd’hui, c’est véritablement un phénomène. Le modèle que l’on utilise maintenant présente des caractéristiques exceptionnelles. Cela va très vite, parce que c’est un enjeu géopolitique, économique et de pouvoir. OpenAI a été le premier à sortir ce qu’on appelle un LLM, c’est-à-dire un Large language model, un modèle de langage étendu. Ce modèle a été à l’origine proposé par DeepMind, la branche IA de Google. Actuellement, les grands acteurs, Google, OpenAI, maintenant Anthropic, mais aussi notre petit français Mistral, sont en train de se tirer la bourre. On doit aussi faire face aux grands acteurs chinois. C’est la raison pour laquelle, quasiment toutes les semaines, on a de nouveaux modèles qui sortent. Maintenant, on le voit dans la génération de vidéos avec Seedance 2.0. C’est un modèle chinois qui permet de faire des réalisations cinématographiques absolument incroyables. De semaine en semaine, ce que l’on a fait devient obsolète parce que les nouveaux modèles permettent de faire toujours beaucoup mieux. Dans l’analyse de texte comme dans la rédaction, Claude est devenu aussi performant qu’un humain. On peut demander à Emergent de créer un site tel que Airbnb et il le fait en quelques heures… Il faut savoir que c’est en effet le domaine qui est le plus impacté. On parle effectivement des cols blancs puisque, d’ici quelquesmois, la quasi-totalité des tâches des cols blancs va être automatisée. Pour les cols bleus, cela va venir ensuite avec la robotique. Pour l’instant, on est dans l’automatisation, pour faire de la manipulation de données, de l’analyse de données ou de la génération de contenus. L’impact est encore plus fort dans la production logicielle. Quand on regarde la dernière version de ChatGPT, c’est une auto-amélioration récursive: on a fait une version 1 de ChatGPT et, à partir de cette version, elle a pu ellemême améliorer son modèle d’entraînement, le corriger, le déployer pour obtenir une deuxième version. Et les versions successives sont de plus en plus performantes et publiées de plus en plus vite, simplement parce que ce sont les modèles euxmêmes qui les développent. D’ici quelques années, on n’aura plus de personnes suffisamment compétentes pour faire en sorte que les choses puissent se passer comme elles doivent se passer J’ai appris le MS-DOS dans ma jeunesse : c’était la préhistoire par rapport à ce que l’IA est capable de faire aujourd’hui... C’est important car il y a toujours une différence avec ceux qui ont déjà une expérience, parce qu’il y a quand même un écueil. Au départ, cela marche très bien, on a une idée, on va commencer à faire une version d’une application en test. Après, on va vouloir rajouter des choses, des fonctionnalités. Cela marche toujours. Mais, au fur et à mesure que ce qu’on lui demande de faire devient compliqué, on arrive à une impasse et le système n’arrive plus à se corriger. La personne qui était aux commandes au départ, n’ayant aucune expérience dans le domaine, a suivi ce qui était effectivement proposé, généré par le système, mais sans en avoir aucun contrôle ni aucune compréhension. Ce dont on parle, c’est important, c’est ce que l’on appelle la dette d’apprentissage. D’ici quelques années, on n’aura plus de personnes suffisamment compétentes pour faire en sorte que les choses puissent se passer comme elles doivent se passer. Le ralentissement du fonctionnement cognitif se manifeste par une baisse des fonctions intellectuelles Évoquons la paresse. Lorsque l’on apprenait Robert Voyer, dont la famille habite à La Baule, lors d’une conférence organisée par l’association Cercle 7

Septembre 2026 | 9 la baule+ une règle de grammaire, on s’efforçait de la retenir. Avec l’IA, la paresse fait que l’on n’a plus envie de la mémoriser... Il y a un nom à cela : la bradypsychie. C’est le ralentissement du fonctionnement cognitif qui se manifeste finalement par une baisse des fonctions intellectuelles. On pense mal quand on ne passe pas suffisamment de temps. Prenez l’exemple du correcteur orthographique. Depuis longtemps, on utilise des correcteurs orthographiques et, malgré cela, les gens font de plus en plus de fautes d’orthographe. On suit toujours le chemin de plus faible résistance, c’est ce que l’on appelle l’acrasie, la faiblesse de la volonté. On sait ce qu’il faut faire à notre avantage, mais finalement on fait autre chose. Je sais que demain, j’ai un examen, il faut que je révise, mais finalement, il y a mes potes qui vont au ciné, alors je vais y aller. Donc, il faut pouvoir donner aux jeunes le goût de l’effort, le plaisir d’avoir réussi quelque chose. C’est ce que l’on appelle l’effet Ikea : il y a quelque chose qu’il faut faire, ce n’est pas facile, mais quelle satisfaction d’avoir réussi ! L’un des risques, c’est ce que l’on appelle le délestage cognitif. C’est l’évaporation cognitive car dès que l’on a un problème, on va demander à l’IA de nous donner la solution. Il peut y avoir une épidémie de dépression en raison de cela. Des études ont montré que sur le plan physique, de Cro-Magnon aux soldats napoléoniens, il y avait très peu de différences car ces gens résistaient au froid et aux combats intensifs. On voit bien que, physiquement, on est en train de dégénérer. Sur le plan intellectuel, cela semble aussi être de plus en plus le cas. L’être humain va-til disparaître ? C’est le risque. Il y a un débat : comment, demain, l’humain va-t-il pouvoir bien se situer ? C’est la paresse qui nous caractérise et ce n’est pas gagné. Il faut être véritablement attentif sur ce point. Pour moi, actuellement, c’est le risque le plus important. Propos recueillis par Yannick Urrien. La saison est finie ? Pas vos clients. Les touristes passent. Les habitants restent. Parlez-leur. En basse saison, vos clients continuent de vivre, d’acheter et de sortir. Et ils lisent La Baule+. Être absent de La Baule+, c’est laisser la place à un autre. La Baule+ : le journal des habitants à l’année et des fidèles de la station. la baule+ Fabienne: 06 08 80 39 55 fabienne@labauleplus.com Contactez-nous pour votre publicité : 35 000 EXEMPLAIRES. COMBIEN DE CLIENTS VOUS MANQUE-T-IL ?

Il faut rendre grâce à cette jeune femme, fort sympathique, d’une rayonnante gaieté et toute de simplicité, de nous avoir permis ces temps derniers de prendre de la hauteur. Cela nous manquait. Bon, on admettra que l’accoutrement n’est pas d’une féminité foudroyante, mais l’essentiel est ailleurs, justement dans cette échappée belle vers ces hauteurs et l’immensité intersidérale. C’est bien évidemment de notre astronaute Sophie Adenot que je veux parler ici. J’emploie le mot immensité intersidérale plutôt que vide pour deux raisons. La première, est qu’il ne semble pas que l’univers soit si vide que cela. On nous découvrirait, dit-on, de nouvelles galaxies au rythme effréné où nous tombent les candidatures spontanées aux élections présidentielles du printemps prochain. C’est dire. La seconde, est que, précisément, le mot vide risque bien Humeur > Le billet de Dominique Labarrière Éloge de la hauteur la baule+ 10 | Septembre 2026 de trouver davantage à se matérialiser dans cette longue campagne qui nous attend que dans ce ballet élégamment alenti et le vertige de l’infini que nous offrait la dame. Si j’ai bien compris, la colonelle Sophie Adenot a été la première astronaute femme à effectuer une sortie extravéhiculaire, à s’extraire de la capsule pour affronter l’effrayant gouffre des espaces sans limites. (Qu’on se rassure, dans ces contrées où la femme n’est toujours pas autorisée à sortir sans être mâlement chaperonnée, notre Sophie était accompagnée.) Les espaces sans limites, ce rien qui n’est tout sauf rien, justement. Ah ! La métaphysique du vide ! On attend l’émérite philosophe qui nous éclairerait sur ces mystères. Cela nous changerait opportunément, répétons-le, des bonimenteurs du vide qui vont investir nos ondes et nos écrans les mois prochains. Impressionnantes, ces choses-là où le Grand Tout et le Grand Rien semblent se confondre. Du moins vu, d’ici, de tout en bas. Thomas Pesquet, le prédécesseur de Sophie Adenot confiait - là encore si j’ai bien compris - qu’au moment de cette sortie, le cerveau se mettait irrémédiablement en alerte. « Tu vas mourir », tel serait le sens de cette alerte. Comme si la perception de cet infini ressemblait de trop près à celui de la mort. Pas vraiment gai, tout ça, mais diablement fascinant. Ainsi Sophie Adenot s’est extravéhiculée. À deux reprises, car la réparation programmée n’a pas pu aboutir dans le temps initialement prévu. Quiconque s’est attelé un jour au montage d’un meuble Ikéa comprendra sans difficulté que cela peut arriver à tout le monde et saura en conséquence se montrer indulgent. De ce fait, notre ballerine de l’espace a donc eu droit à une seconde escapade. Et nous à une seconde bouffée bien venue de prise de hauteur. Et puis la mission s’est terminée. Tout est rentré dans l’ordre, cet ordre qui n’est peut-être bien qu’un désordre auquel nous sommes tellement habitués que nous sommes devenus incapables de l’identifier comme tel. Redescendus nous aussi de ces hauteurs, nous avons retrouvé notre réel bassement terre à terre. Avec tout de même quelques raisons de se tordre de rire, reconnaissons-le. À commencer par celle que nous offre sur un plateau notre grand comique Trumpier, le Président des États Unis qui s’emploie ces jours-ci à rebaptiser le monde selon son caprice. Le lac Ontario ne serait plus le lac Ontario et on attend dans la fièvre le moment où, avec tambour et Trumpette, ce même improbable génie décrètera que, désormais, l’Iran des Mollahs devra figurer sur les cartes du monde sous l’appellation de « Pays de Candy » ou d’ « Empire Bisounours». Ce qui, on s’en doute, suffirait à régler tous les problèmes que nous avons avec ce coin du monde. Non, ne rions pas ! Le mot génie n’est pas trop fort. Suivons l’exemple. Nommons autrement ce qui nous pèse, nous entrave, nous nuit, nous plombe et youpiii ! Le bonheur des peuples assuré. La dette colossale deviendrait la noble croisade dévolue aux générations futures : l’insécurité croissante, l’exaltante occasion de vivre l’esprit d’aventure grandeur nature ; la paupérisation des classes moyennes, la prospérité en marche vers la salvatrice frugalité dont la planète et nos intestins ont le plus impérieux besoin. Quant à l’impéritie politicienne, elle se verrait élevée au rang de mystique de l’inaction, etc. Décidément, je crois en effet que les candidats de 2027 devraient s’inspirer de ce vent nouveau qui souffle d’outre atlantique. Cela nous donnerait au moins l’illusion de prendre un peu de hauteur… C’est le genre de tri auquel on ne pense pas forcément. Que faire d’un vieux skateboard, d’une raquette cassée, d’une tente inutilisée ou d’une planche de surf en fin de vie ? Trop souvent, tout cela terminait avec le tout-venant. CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo a décidé de créer une filière spécifique. Quatre déchèteries du territoire disposent désormais d’un espace consacré aux articles de sport et de loisirs : Le Pouliguen, Piriac-sur-Mer, Herbignac-Kéraline et Pénestin. Le dispositif a été lancé au printemps en partenariat avec Ecologic, l’éco-organisme agréé qui prend en charge cette catégorie de produits. Une fois récupéré, le matériel suit plusieurs chemins. S’il peut encore servir, il peut être remis en état avec des acteurs de l’économie sociale et solidaire pour retrouver un utilisateur. S’il est trop abîmé, il est orienté vers le recyclage afin de récupérer les matières qui le composent. Ecologic indique que les équipements collectés sont triés puis orientés vers des filières adaptées, le réemploi étant privilégié chaque fois que cela est possible. Attention toutefois : tout ne va pas dans cette nouvelle collecte. Les vélos et trottinettes électriques en sont exclus, même sans leur batterie. Les appareils électriques ou électroniques suivent une autre filière. Vélos, surfs, raquettes : CapAtlantique ouvre une nouvelle filière de récupération 35 000 exemplaires. Des dizaines de points de distribution, du Croisic à Saint-Nazaire, en passant par Piriac, La Turballe, La Baule ou Pornichet... Et derrière ce maillage, un visage : celui de Valérie, qui sillonne la Presqu’île pour que votre journal vous attende, toujours au même endroit. La Baule+ : une distribution unique sur la presqu’île Retrouvez tous nos points de distribution en scannant le QR code ci-dessous. la baule+ Fabienne : 06 08 80 39 55 fabienne@ labauleplus.com Contactez-nous pour votre publicité :

la baule+ 12 | Septembre 2026 La Baule+ : Quelles raisons vous ont amené à vous pencher sur le phénomène des Gilets jaunes, alors que votre CV pourrait laisser penser que vous êtes très éloigné de ces considérations ? Éric Desmons : Il y a des raisons académiques et des raisons personnelles. J’ai dirigé pendant une dizaine d’années la Revue française d’histoire des idées politiques. J’ai été parisien pendant trente ans, je n’y habite plus, donc je connais bien ce que l’on appelle la France périphérique puisque j’habite dans un village de 380 habitants. Je m’intéresse à ce monde car des membres de ma famille ont été sur des ronds-points. J’y suis moi-même allé et j’avais envie d’évoquer ce sujet. Il ne s’agit pas de revenir sur l’insurrection des Gilets jaunes, mais d’évoquer le milieu sociologique des Gilets jaunes. J’ai écrit un livre, qui est un polar, qui se déroule dans cet univers. C’est une forme de témoignage. C’est aussi un ouvrage politique, puisqu’il traite de bon nombre d’aspects de ce mouvement qui n’ont pas été traités par ailleurs. Il y a eu beaucoup d’essais sur la question, notamment de sociologues, et il y a eu un livre d’Aude Lancelin sur le sujet, mais il n’y avait pas eu de roman. Société > Comprendre le déclassement de la France périphérique Éric Desmons est agrégé de droit public, professeur à l’université Paris 13 et ancien directeur du Centre d’études et de recherches administratives et politiques. Il est l’auteur de nombreux essais et articles de théorie politique et de philosophie du droit. Dans son dernier roman, « Jaune », il s’intéresse au déclassement de la France périphérique en imaginant une histoire policière dans le milieu des Gilets jaunes. « Jaune » d’Éric Desmons est publié aux Éditions Perspectives Libres. Éric Desmons : « L’État n’est plus une garantie contre le déclassement et, parfois, il accélère le mouvement. » Pour une partie de la société française, il s’agissait d’un épiphénomène, alors que les problèmes sociaux se sont accentués… Ils se sont accentués sur tous les points. On a évoqué la nécessité de lutter contre la désertification, mais les choses se sont plutôt aggravées. Je suis le témoin direct de l’état de l’hôpital dans ma région, alors que j’habite à 120 kilomètres de Paris, j’évoque les EHPAD, et l’on pourrait multiplier les exemples, notamment sur la fuite des services publics. Depuis la crise sanitaire, les commerces commencent également à décliner, notamment les commerces de bouche et de vêtements. Aujourd’hui, il y a beaucoup de fermetures. La désertification s’est accentuée. Je me suis intéressé aux gens qui vivent dans un milieu totalement sinistré. Je ne suis pas dans une région touristique et maintenant la région est la proie des promoteurs d’éoliennes et de photovoltaïque. Les quelques paysages remarquables qui restaient sont ravagés par ce délire de l’éolien et du photovoltaïque. Je voulais aussi témoigner de la vie quotidienne des gens et de leurs sentiments vis-à-vis du sort que ce système leur réserve. Même dans une région touristique, comme La Baule, on observe depuis quelques années la disparition progressive des restaurateurs indépendants au profit des franchises. Et ne parlons même pas des magasins de vêtements. Il y a une dizaine d’années, 60 % des dépenses se faisaient sur les grandes marques, tandis qu’aujourd’hui, 90 % concernent les enseignes nationales, celles dont on voit toujours les publicités… Il y a cet aspect des choses, mais il y a aussi la réaction par rapport à tout cela, notamment une perte du pouvoir d’achat et la précarité professionnelle. Beaucoup de gens cumulent deux ou trois emplois, parce que ce ne sont pas des emplois à temps plein. On est dans le règne de la débrouille. J’ai voulu montrer comment les habitants de ces territoires se sont organisés, presque spontanément, par des réseaux de solidarité, pour essayer de contenir le rouleau compresseur qui les écrase. Ce n’est pas une économie parallèle ou une économie souterraine, mais il y a l’exploitation de toutes les ressources possibles, que ce soit de l’aide aux personnes ou du bricolage, pour essayer de trouver de quoi survivre. On parle de cela assez peu souvent. Au moment de la crise des Gilets jaunes, il y a eu des reportages dans les médias, mais cela s’est fait de façon extrêmement rapide et surtout de façon superficielle. Tout est fait pour que cela ne se produise plus, en isolant les gens, en faisant en sorte que les contestations soient des microcontestations Votre livre s’intitule « Jaune » et le prochain épisode pourrait presque s’appeler « Survivre », parce que vous décrivez des gens qui se battent pour survivre… Oui, qui se battent pour survivre. Cette population est hétérogène. Il y a des classes d’âge et des classes sociales différentes, mais elles sont toutes confrontées aux mêmes problèmes. Le point commun, c’est le rejet du système. J’analyse la forme que peut prendre ce rejet. Les insurrections ont été un échec, parce qu’il s’agissait d’un mouvement spontané et, quand on travaille sur l’histoire des idées politiques, les jacqueries n’ont jamais mené nulle part. En l’occurrence, aucun parti politique et aucun syndicat n’ont voulu récupérer ce mouvement polymorphe. L’insurrection a échoué et le seul moyen d’exprimer sa défiance reste le vote. Ce n’est pas annoncer un scoop que de dire que dans ces régions, le vote contestataire va assez majoritairement au Rassemblement national. Pour l’instant, c’est une soupape de sécurité pour canaliser la contestation. Mais que va-til se passer ensuite ? Si ce système est maintenu, à mon avis, il n’y aura pas de mouvement révolutionnaire, car la fibre révolutionnaire, qui est dans l’identité nationale, est un peu usée. Tout est fait pour que cela ne se produise plus, en isolant les gens, en faisant en sorte que les contestations soient des micro-contestations et l’on ne voit pas actuellement de parti politique capable de faire valoir les revendications d’une partie importante de la population. C’est d’ailleurs dans cette partie de la population que l’on trouve le plus grand nombre d’abstentionnistes. Il y a beaucoup de gens qui ne se déplacent plus pour aller voter. Je décris un monde qui est dans une impasse et dont on peut craindre qu’il étouffe progressivement. On a conscience que l’État sert actuellement des intérêts qui ne sont pas ceux des populations Cette contestation ne prend-elle pas une autre forme à travers le rejet de tout ce que peuvent dire l’État ou les corps constitués ? Je suis complètement d’accord, mais je ferai une différence entre l’État et le système. Il y a une demande d’État, mais la réponse de l’État n’est pas adaptée à la demande. Il y a une demande de sécurité et une demande en termes de santé publique. N’oublions pas qu’il n’y a plus de médecins dans les campagnes, donc ce n’est pas une défiance vis-à-vis de l’État, mais une défiance vis-à-vis des gouvernements en général. La rupture doit dater de 2005, au moment du référendum sur la Constitution de l’Europe. C’est quelque chose

Septembre 2026 | 13 la baule+ qui vient de loin. Il y a une demande d’État qui n’est pas satisfaite. On a conscience que l’État sert actuellement des intérêts qui ne sont pas ceux des populations, mais que l’État est au service d’intérêts économiques supérieurs. D’ailleurs, au moment de la Covid, les choses se sont faites de façon très opaque. On pressent des liaisons très dangereuses entre l’État et les grands groupes financiers. Face à cela, les gens demandent un peu plus de souveraineté. Cela veut dire que les Français souhaitent un État protecteur, parce qu’ils observent que l’État n’est plus protecteur et constatent qu’il y a une prédation économique qui vient d’ailleurs. C’est un peu ressenti par une partie de cette population, même si elle ne parvient pas à mettre des mots sur ses maux. Parfois, dans les campagnes, les gens ne voient pas exactement comment s’articulent les jeux de pouvoir, mais ils ont une intuition. Ils ont aussi le sentiment d’être les dindons de la farce, c’est-à-dire d’être ceux qui vont vers le déclassement. Ce sont des gens qui passent progressivement des classes moyennes et aisées aux classes inférieures et qui peuvent tomber ensuite dans des situations de grande précarité. L’État n’est plus une garantie contre le déclassement et, parfois, il accélère le mouvement. Voilà pourquoi il y a une défiance absolue. Quant aux solutions, on peut évoquer la solution passionnelle immédiate, mais la révolution ne viendra pas. Donc, je ne vois pas d’autre issue qu’une forme de résignation. Mon roman est aussi un roman sur la résignation de ce monde. On ne peut rien faire et on ne peut même plus se révolter. On est dans l’illustration de la thèse d’Étienne de La Boétie qui disait qu’il n’y a pas meilleure tyrannie que celle à laquelle les populations consentent. Toute tyrannie ne tient que par le consentement de ceux sur laquelle elle s’exerce. Je ne vois pas comment, subitement, les jeunes générations pourraient partir la fleur au fusil pour une entité purement juridique et économique, à savoir l’Europe Vous avez publié il y a vingt ans un ouvrage intitulé « Mourir pour la patrie » : ces gens sontils encore prêts à se sacrifier pour le pays ? Il est difficile de faire des pronostics de ce type. Pour pouvoir faire accepter le sacrifice patriotique à des populations - je me garde bien de donner des leçons là-dessus - il faut que les gens perçoivent des valeurs. Or, les valeurs de l’Union européenne sont autres, c’est le fait que l’individu soit une valeur essentielle et que le collectif passe ensuite, quand il ne disparaît pas, au mieux, il est remplacé par des communautés, mais il n’y a pas de communauté nationale. Il y a eu une dissolution totale de tout cela, notamment après la Seconde Guerre mondiale et les guerres de décolonisation. Donc, je ne vois pas comment, subitement, les jeunes générations pourraient partir la fleur au fusil pour une entité purement juridique et économique, à savoir l’Europe, car il n’y a pas de peuple européen. Il manque à cette idéologie patriotique ce substrat, c’està-dire un peuple et un sentiment d’appartenance. Il faut surtout avoir le courage du sacrifice, car tout est fait pour détourner les individus du sens du sacrifice. J’ai vu de récents sondages et j’ai été surpris. Je pense que nous sommes sur des effets de propagande. Propos recueillis par Yannick Urrien.

la baule+ 14 | Septembre 2026 Avec une expérience de mort imminente survenue en avril 2025 à la suite d’une grave hémorragie, Elyon a totalement réorienté sa vie et lancé, depuis La Baule, une maison d’édition indépendante, Akhopry, avec une volonté forte : placer la transmission avant le profit. Il relate son expérience dans un livre intitulé « Ce que le silence m’a confié ». Après un parcours de vidéaste à Paris, Elyon habite aujourd’hui à La Baule, où il travaille sur le lancement d’une marque de tisanes. Elyon : « Tout ce qui était superficiel devenait insignifiant par rapport au fait de vivre et de partager avec amour. » Littérature > Un Baulois raconte son expérience de mort imminente La Baule+ : Avant 2025, vous avez travaillé comme vidéaste avec des vedettes de YouTube, notamment McFly et Carlito, Joyca et Squeezie. À cette époque, étiez-vous le prototype du bobo parisien peu attiré par les questions spirituelles ? Elyon : Non, bobo parisien, absolument pas ! J’ai d’ailleurs beaucoup de mal avec ce que l’on appelle les bobos parisiens. Je suis baulois, ma famille est à La Baule et j’ai dû aller à Paris pour le boulot. Je suis un artiste, donc sensible, avec de l’émotion, du recul sur la vie. Mais à Paris, il y a un rythme intense, un rouleau compresseur. Donc, je devais mettre tout cela de côté. Mais c’était très frustrant. Un soir, vous souffrez de douleurs au niveau de l’estomac, le sang coule de votre bouche, c’est une hémorragie interne… Ma sœur travaille au SAMU, elle est urgentiste, mais je ne voulais pas la déranger. C’était assez stupide comme raisonnement. Je demande d’abord à ChatGPT un conseil. Je ne savais pas si c’était du sang et il me répond que je dois absolument appeler le SAMU. C’est le SAMU qui me conseille de prendre du coca pour m’aider à digérer. Mais je n’en avais pas chez moi. Donc, je suis allé au studio de McFly et Carlito, qui était à quelques minutes à pied de mon appartement, tout en continuant de cracher du sang. Sur place, je découvre que ce sont des caillots de sang et c’est la panique totale. Ensuite, à l’hôpital, on se rend compte que c’est extrêmement grave. Les médecins vous ont expliqué, un peu plus tard, que vous auriez pu mourir et que vous avez été sauvé par votre jeunesse. Ils ont voulu reboucher des ulcères dans mon estomac. C’était tellement fragilisé que ça craquait de partout. Ils ont essayé de mettre un spray avec une sorte de ciment pour stopper l’hémorragie en urgence. C’était une scène de guerre. C’est à ce moment-là que vous avez vu approcher la mort... C’est exact. Mon cœur ne s’est pas arrêté, mais j’ai senti que j’y passais. J’ai même commencé à ressentir des picotements dans les extrémités de mon corps. Je me suis senti extrêmement léger, au point que j’avais l’impression de sortir de mon corps. J’étais sur le point de passer la frontière de la mort Avez-vous le sentiment d’avoir vécu une expérience de mort imminente ? Oui, car comme son nom l’indique, c’était une mort imminente. Je me suis vraiment senti partir. Dans mes pensées, j’ai même dit au revoir à mes proches, à ma famille, à ce monde. J’avais vraiment conscience que c’était la fin et que j’allais rendre l’âme. J’étais sur le point de passer la frontière de la mort. Je ne suis pas passé entièrement de l’autre côté, mais j’avais déjà un pied de l’autre côté. C’était vraiment cette sensation, celle de ne plus être ici avec les vivants. Pour moi, tout cela a complètement remis en question le concept de vie. Elle n’a plus la même définition pour moi aujourd’hui. Ce que vous racontez sur cette expérience de mort imminente, on le retrouve dans de nombreux témoignages, depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations : c’est-à-dire une sorte d’aspiration de chaleur et de boule d’amour. C’est quelque chose dont tout le monde a entendu parler : n’avez-vous pas pu être influencé par cela dans votre esprit ? Alors, imaginons que ce soit le cerveau qui fonctionne, c’est le fond de votre question, mais ce que j’ai ressenti était profondément réel. J’ai encore toutes ces images en tête. Cette mémoire du corps, cela m’a transformé. Quand j’ai commencé à flancher, j’entendais des choses qui me surprenaient. Dans ma tête, je voulais même faire ma valise en emportant dans mes pensées toutes ces choses. Par exemple, j’ai pensé à la musique que j’avais envie d’écouter une dernière fois. J’ai pensé aux souvenirs que j’avais envie de revivre avant de mourir et puis il y a eu une voix. Je l’appelle le juge de ma vie. Et cette voix m’a dit que je n’avais absolument pas besoin de réécouter quoi que ce soit ou de revivre quoi que ce soit, puisque j’allais emporter avec moi, dans un autre espace qui n’est plus matériel, tout ce que j’ai aimé. Ce n’est pas une voix que j’ai entendue avec mes oreilles, mais une voix que j’ai entendue avec le cœur. Les sens se sont mélangés et les réponses que j’ai reçues m’ont profondément étonné. Ce n’était pas vraiment le film d’une vie avec des images qui défilent Ce qui est intéressant, c’est cette notion d’amour qui vous est délivrée : vous avez compris que ce qui est

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