Septembre 2026 | 13 la baule+ qui vient de loin. Il y a une demande d’État qui n’est pas satisfaite. On a conscience que l’État sert actuellement des intérêts qui ne sont pas ceux des populations, mais que l’État est au service d’intérêts économiques supérieurs. D’ailleurs, au moment de la Covid, les choses se sont faites de façon très opaque. On pressent des liaisons très dangereuses entre l’État et les grands groupes financiers. Face à cela, les gens demandent un peu plus de souveraineté. Cela veut dire que les Français souhaitent un État protecteur, parce qu’ils observent que l’État n’est plus protecteur et constatent qu’il y a une prédation économique qui vient d’ailleurs. C’est un peu ressenti par une partie de cette population, même si elle ne parvient pas à mettre des mots sur ses maux. Parfois, dans les campagnes, les gens ne voient pas exactement comment s’articulent les jeux de pouvoir, mais ils ont une intuition. Ils ont aussi le sentiment d’être les dindons de la farce, c’est-à-dire d’être ceux qui vont vers le déclassement. Ce sont des gens qui passent progressivement des classes moyennes et aisées aux classes inférieures et qui peuvent tomber ensuite dans des situations de grande précarité. L’État n’est plus une garantie contre le déclassement et, parfois, il accélère le mouvement. Voilà pourquoi il y a une défiance absolue. Quant aux solutions, on peut évoquer la solution passionnelle immédiate, mais la révolution ne viendra pas. Donc, je ne vois pas d’autre issue qu’une forme de résignation. Mon roman est aussi un roman sur la résignation de ce monde. On ne peut rien faire et on ne peut même plus se révolter. On est dans l’illustration de la thèse d’Étienne de La Boétie qui disait qu’il n’y a pas meilleure tyrannie que celle à laquelle les populations consentent. Toute tyrannie ne tient que par le consentement de ceux sur laquelle elle s’exerce. Je ne vois pas comment, subitement, les jeunes générations pourraient partir la fleur au fusil pour une entité purement juridique et économique, à savoir l’Europe Vous avez publié il y a vingt ans un ouvrage intitulé « Mourir pour la patrie » : ces gens sontils encore prêts à se sacrifier pour le pays ? Il est difficile de faire des pronostics de ce type. Pour pouvoir faire accepter le sacrifice patriotique à des populations - je me garde bien de donner des leçons là-dessus - il faut que les gens perçoivent des valeurs. Or, les valeurs de l’Union européenne sont autres, c’est le fait que l’individu soit une valeur essentielle et que le collectif passe ensuite, quand il ne disparaît pas, au mieux, il est remplacé par des communautés, mais il n’y a pas de communauté nationale. Il y a eu une dissolution totale de tout cela, notamment après la Seconde Guerre mondiale et les guerres de décolonisation. Donc, je ne vois pas comment, subitement, les jeunes générations pourraient partir la fleur au fusil pour une entité purement juridique et économique, à savoir l’Europe, car il n’y a pas de peuple européen. Il manque à cette idéologie patriotique ce substrat, c’està-dire un peuple et un sentiment d’appartenance. Il faut surtout avoir le courage du sacrifice, car tout est fait pour détourner les individus du sens du sacrifice. J’ai vu de récents sondages et j’ai été surpris. Je pense que nous sommes sur des effets de propagande. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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