la baule + L’essentiel de la presqu’île guérandaise ! Mensuel gratuit d’informations - N° 264 - Juin 2026 SORTIR Au bord de l’O : la crêperie de plage où La Baule retrouve l’esprit des grandes tablées Page 4 FISCALITÉ Jean-Baptiste Leon, directeur des publications de Contribuables Associés, analyse la situation budgétaire de La Baule Pages 6 et 7 SOYEZ RESPECTUEUX DE L’ENVIRONNEMENT : NE JETEZ PAS CE JOURNAL SUR LA VOIE PUBLIQUE, EMPORTEZ LA BAULE+ CHEZ VOUS ! MAISON Stores Nantais : une institution qui résiste aux réseaux Page 8 VOTRE RADIO 100% LOCALE CERRONE La figure légendaire du disco et de l’électro en concert à Pornichet Entretien exclusif : pages 16 à 18 BRUNO COULAIS FRANÇOIS SALQUE Le compositeur sera l’invité d’honneur du Festival de Cinéma et Musique de Film de La Baule qui se déroulera du 24 au 28 juin. Pages 10 et 11 Le violoncelliste de renommée mondiale présente les Rencontres Musicales de La Baule et du Pays Blanc. Pages 12 et 13 Photo : Tavernier © Lebruman Crédit : Nuit Electro 2026
la baule+ 2 | Juin 2026 L’Échappée Mer ouvre ses portes : La Baule muscle son offre de tourisme d’affaires Inauguré au premier étage de la galerie du Passage du Royal, le nouvel espace événementiel d’Atlantia offre ce que le Palais des Congrès n’avait jamais eu : une vue directe sur l’océan. Corinne Denuet, directrice générale, et Franck Louvrier, maire de La Baule, ont détaillé les enjeux d’un projet en gestation depuis cinq ans. Cinq ans de négociations avec le groupe Barrière, propriétaire des lieux, de travaux et de mises aux normes, pour aboutir à un espace de 490 m² modulable, doté d’une technologie événementielle de premier plan et d’une terrasse donnant directement sur la plage. Investissement total : 1,7 million d’euros, dont 50 000 euros de soutien d’Atout France. Un chaînon manquant Depuis sa création en 2015, la marque La Baule Événements commercialise la destination sur le segment du tourisme d’affaires dans toutes ses déclinaisons. Le Palais des Congrès Atlantia couvre le grand format : congrès et conventions jusqu’à 700 participants, avec une taille moyenne de 450 à 500 personnes sur plus de cinq jours en 2025. Mais il manquait un outil pour les formats plus restreints. « Notre travail consistait à compléter l’offre du Palais des Congrès sur des tailles plus petites, tout en apportant une vraie plus-value aux organisateurs : une connectivité parfaite, des écrans géants et une vue sur l’océan avec les plus belles villas de La Baule en toile de fond », explique Corinne Denuet. L’Échappée Mer peut accueillir de 20 à 250 participants selon les configurations: cocktail, théâtre à 144 places, école, comité de direction en U, avec deux salles de sous-commission pour les ateliers. Installée au-dessus du quartier des grands hôtels, elle bénéficie d’un environnement que le Palais des Congrès, performant mais sans vue sur la baie, ne pouvait pas offrir. L’événement qui se prolonge La technologie embarquée dans l’espace est conçue pour que chaque séminaire existe bien au-delà de ses quatre murs. Murs LED haute définition au pitch de 1,5 mm, système audio L-Acoustics, caméras 4K pour le live et le replay, visioconférence intégrée pour le streaming en direct : les organisateurs repartent avec une clé USB contenant l’enregistrement des échanges, un montage vidéo et des capsules prêtes à l’emploi pour leur communication interne et externe. « Un objectif majeur dans l’événementiel est de prolonger la visibilité de l’événement », résume Corinne Denuet. Une économie à effet multiplicateur Les chiffres avancés par Franck Louvrier lors de l’inauguration donnent la mesure des enjeux : « Les dépenses d’un congressiste sont en moyenne quatre fois supérieures à celles d’un touriste de loisirs. Pour un congressiste international, c’est 5,7 fois supérieur», rappelle le maire de La Baule, qui préside également France Congrès Événements. En 2025, les retombées directes et indirectes générées par l’activité événementielle d’Atlantia ont atteint 21,5 millions d’euros. Et les effets dépassent largement les frontières de la commune. « Une commune qui investit dans le tourisme d’affaires investit pour toutes les autres de la Presqu’île », a déclaré Nicolas Criaud, maire de Guérande et président de Cap Atlantique. 72 % des participants à un congrès ont envie de revenir Le tourisme d’affaires remplit aussi une fonction structurante pour l’économie locale: il lisse l’activité hôtelière et la restauration sur les douze mois, bien au-delà de la haute saison. Corinne Denuet cite une statistique d’Atout France et de France Congrès Événements qui résume à elle seule la stratégie : « 72 % des participants à un congrès ou un séminaire ont envie de revenir sur la destination pour un séjour personnel.» Le professionnel venu avec ses collègues revient avec sa famille. « C’est lemeilleur catalogue qu’on puisse exposer», dit-elle. L’Échappée Mer a ellemême été retenue parmi les dix projets les plus innovants de France par Atout France, sur plus de cinquante candidatures. Une reconnaissance nationale pour un espace dont la commercialisation, lancée sur la base de visuels virtuels, a déjà généré plusieurs réservations.
Juin 2026 | 3 la baule+ La Baule+ : Le tourisme a considérablement évolué au cours de ces dernières années. Au sein d’Atout France, travaillez-vous sur le tourisme des particuliers ou celui des professionnels ? Christian Mantei : Les deux, c’est très important. Nous soutenons toutes les destinations françaises, et chacune est plus ou moins adaptée à certains types de tourisme. Il y a des destinations comme La Baule, qui sont idéales aussi bien pour Christian Mantei, président d’Atout France : « Nous devons aider à révéler La Baule aux clients internationaux » Il est l’une des figures les plus influentes du tourisme français. Christian Mantei préside Atout France, l’agence nationale chargée de promouvoir la destination France dans le monde entier, placée sous l’autorité du ministère du Tourisme. À ce titre, il dispose d’une vision unique sur les mutations profondes que traverse le secteur, des nouvelles exigences des voyageurs internationaux aux transformations du tourisme d’affaires post-Covid. Sa présence à La Baule pour l’inauguration de l’Échappée Mer n’est pas anodine : Atout France a soutenu le projet et l’a distingué parmi les dix initiatives les plus innovantes de France. Rencontre avec un acteur incontournable de l’attractivité touristique hexagonale. Vous estimez que l’Échappée Mer est un lieu totalement innovant en France. Pour quelles raisons ? D’abord, c’est un très beau lieu de travail, avec une acoustique exceptionnelle. On peut y tenir une réunion de travail et se dire les choses avec précision, ce qui est très important. Le design et l’acoustique sont remarquables. La dimension digitale est aussi très importante, parce qu’elle permet de valoriser l’identité de l’entreprise grâce à des écrans magnifiques. On peut également exporter l’ensemble des échanges pour les diffuser sur les réseaux sociaux ou les utiliser au sein des ressources humaines des entreprises. Depuis la Covid, on observe que les entreprises réduisent leurs mètres carrés de bureaux et que les salariés se voient moins souvent. Dans ce contexte, faut-il disposer de lieux qui permettent de se regrouper ? Toutes les études le confirment : il y a vraiment une tendance forte à se retrouver pour partager quelque chose, qu’il s’agisse d’échanges professionnels, mais aussi de convivialité au-delà des réunions. Quand on se déplace à l’étranger, les hôtels proposent des services vingt-quatre heures sur vingt-quatre : on peut obtenir des plats chauds à deux heures du matin, se baigner dans la piscine à vingttrois heures, alors qu’en France, c’est interdit en l’absence d’un maître-nageur… Que faudrait-il faire pour libérer tout cela ? Votre question est essentielle. Le ministre Serge Papin est très attentif à cette question, et le gouvernement souhaite avancer dans ce sens. Il faut simplifier. On a un enchevêtrement de textes : certains sont nécessaires, d’autres beaucoup moins. Il ne faut pas que les textes superflus viennent chevaucher ceux qui sont indispensables. Il faut préserver ce qui est nécessaire dans la réglementation, mais il faut aussi simplifier. On vient d’apprendre que trois grands palaces français venaient de perdre leur label Palace. Finalement, n’estce pas une bonne nouvelle pour eux ? Ils vont pouvoir à nouveau accueillir des congrès de laboratoires pharmaceutiques ou de grandes entreprises qui refusent de se réunir dans ce type d’établissement… C’est vrai. Quand vous avez un positionnement d’hôtel quatre étoiles, c’est favorable pour accueillir des congrès et des réunions. Il peut y avoir de l’événementiel dans les palaces, notamment des lancements de produits, mais vous avez raison : c’est plus difficile pour les entreprises. Propos recueillis par Yannick Urrien. le tourisme familial que pour le tourisme d’affaires et de loisirs, et d’autres qui sont davantage ciblées. Il faut bien évaluer la pertinence des actions que l’on va mener sur les marchés. Vous menez aussi beaucoup d’actions à l’international pour promouvoir la destination France. Pourtant, La Baule est l’une des stations balnéaires les plus connues en France, mais elle n’est pas très connue à l’étranger… C’est vrai, la notoriété de La Baule est très forte en France, mais c’est aussi une marque qui résonne un peu sur les marchés européens, notamment en Belgique ou en Grande-Bretagne. La région est également très attirante pour la clientèle européenne. Il faut faire des efforts pour que la destination soit davantage connue, car l’offre est tellement diversifiée que nous devons aider à révéler La Baule aux clients internationaux.
la baule+ 4 | Juin 2026 Au bord de l’O : la crêperie de plage où La Baule retrouve l’esprit des grandes tablées Sur la plage de La Baule, face à l’avenue Lajarrige, Au bord de l’O occupe une place à part. Il y a bien des restaurants de plage qui proposent quelques crêpes à leur carte, mais Yann et Valentine ont voulu installer une vraie crêperie traditionnelle bretonne, pensée pour le bord de mer, les retours de plage, et les grandes tablées familiales. Depuis quatre ans, le pari fonctionne : l’établissement est devenu l’un de ces lieux où l’on se donne rendez-vous naturellement, entre enfants, parents, grands-parents et amis de passage. Pour cette nouvelle saison, Yann et Valentine n’ont pas voulu céder à la tentation du changement permanent. Au contraire, ils revendiquent la fidélité à ce qui a fait leur succès. « On a décidé d’être fidèle à ce que l’on sait faire. On ne change rien : nous avons les mêmes produits, les mêmes prix, la même équipe, la même ambiance et la même simplicité. Il y a toujours les soirées salsa le dimanche, on continue les soirées thématiques, notamment les soirées bingo et blind test… » Cette continuité est devenue une force. Le décor, lui, reste fidèle à cet esprit vintage qui distingue immédiatement l’adresse. Tables et chaises à l’ancienne, ambiance années 50 à 70, esprit club de plage familial : tout a été pensé pour donner l’impression d’un petit voyage dans le temps. Et cette année, la grande fierté de Yann tient en un objet imposant : un vrai jukebox. «Cela fait quatre ans que je voulais avoir un vrai juke-box, avec des 45-tours… Cet hiver, j’ai trouvé une très belle opportunité. Le vendeur venait de perdre son père, et je lui ai dit que je voulais le faire repartir. On a passé du temps avec mon fils Malo, le Chef Raph et un super client pour le réparer… C’est cela aussi l’esprit Au Bord de l’O ! Le partage ! Maintenant il tourne, le son est génial et ce sont de vrais 45-tours de l’époque ! C’est la Rolls des juke-box. » Ce détail raconte finalement bien l’esprit d’Au bord de l’O: rien n’est standardisé, tout repose sur des choix personnels, des souvenirs, des rencontres, de la convivialité et une certaine idée de La Baule. Non pas de la nostalgie du temps qui passe, mais la volonté de retrouver de la simplicité et un peu d’humain. La crêperie conserve aussi son exigence sur les produits, avec une volonté de favoriser les circuits courts et les références régionales, du cidre à la farine de sarrasin, en passant par les fromages ou la langouille briéronne, avec des galettes et crêpes faites « à la minute» devant les hôtes. Cette adresse s’est construite dès le départ autour de cette double promesse : une vraie crêperie bretonne et un lieu de plage familial, vivant, mais respectueux de son environnement. Dans une époque où l’on recherche des plaisirs simples, accessibles et sincères, la crêperie de Yann et Valentine a trouvé sa place : au bord de l’eau, mais surtout au cœur de la vie familiale bauloise. Pour conclure, « nous ne serons jamais un bar de nuit. De nombreux établissements proposent des fermetures tardives; nous, nous voulons conserver cet esprit familial et convivial d’une crêperie… » Au bord de l’O, face au 28 boulevard de l’Océan, à La Baule, à la hauteur de l’avenue Lajarrige. Tél. 07 50 68 17 31. Photos et actualités sur Instagram : @aubdo44 Le modèle est simple : des produits de qualité, une ambiance chaleureuse, des prix raisonnables et cette simplicité qui fait souvent les adresses durables. « On fait en sorte que les gens se sentent bien, la plage de La Baule est remarquable, et on observe que de plus en plus de grandes familles, avec de grandes tablées, viennent chez nous », confie Yann. La station balnéaire retrouve ici l’une de ses évidences : quand on vient à La Baule avec des enfants ou des petits-enfants, la crêperie reste une valeur sûre. On ne change rien : nous avons les mêmes produits, les mêmes prix, la même équipe, la même ambiance et la même simplicité L’intérieur du juke-box avec de vrais 45-tours
Juin 2026 | 5 la baule+ Dans une période où l’on analyse chaque dépense, vous avez continué à pousser la porte de ceux qui font vivre la presqu’île. Beaucoup d’entre vous ont découvert une adresse, un service, un professionnel grâce à La Baule+. Que ce soit dans l’artisanat, les services, les commerces ou la restauration, votre choix compte car il maintient des emplois, il garde des savoir-faire, il préserve l’âme d’un territoire que nous aimons. Beaucoup d’annonceurs nous ont fait savoir que les effets de la publicité ont été positifs dans un début d’année difficile. Nous essayons de produire chaque mois un journal original, diversifié, exigeant et cultivé. Nos annonceurs s’adressent à un lectorat de grande qualité, ils sont aussi dans cette démarche d’exigence permanente, car qui se ressemble s’assemble. Alors que la situation mondiale semble s’améliorer, ce qui aura un impact sur le moral des Français cet été, nous tenions simplement à vous dire merci. C’est simple, et c’est sincère. L’équipe de La Baule+ Merci à vous Du 11 au 14 juin, le stade François-André redeviendra l’un des hauts lieux du sport international. Le Jumping de La Baule est un rendez-vous inscrit dans l’histoire de la ville, avec sa piste en herbe, ses tribunes populaires et cette élégance équestre qui fait partie de l’identité bauloise. L’édition 2026 aura un relief particulier. Deux mois plus tard, les meilleurs cavaliers de la planète se retrouveront à Aix-la-Chapelle pour les Championnats du monde. La Baule servira donc de test grandeur nature. La Coupe des Nations Barrière, vendredi 12 juin à 13h30, sera bien plus qu’une belle affiche : elle permettra aux sélectionneurs d’observer les couples cavalier-cheval avant la grande échéance mondiale. Le public pourra suivre quatre jours de compétition avec les grands temps forts habituels : le Prix FFE/Generali le jeudi, la Coupe des Nations le vendredi, le Derby le samedi, avant le Rolex Grand Prix Ville de La Baule dimanche à 14h30. La Baule conserve aussi une singularité précieuse : l’accès reste gratuit, avec plus de 3 000 places assises en tribunes, libres et sans réservation. Samedi soir, après le Derby, l’éthologue australien Andy Booth donnera une master class sur la grande piste, consacrée au comportement du cheval et à la relation avec le cavalier. Car l’équitation moderne ne peut plus se contenter de célébrer la performance : elle doit aussi montrer qu’elle sait écouter l’animal. Le Jumping de La Baule 2026 à un tournant
la baule+ 6 | Juin 2026 Jean-Baptiste Leon, directeur des publications de Contribuables Associés : « La Baule ne taxe pas davantage parce qu’elle dépense raisonnablement. » Finances > Pourquoi La Baule figure dans le classement des communes les mieux gérées de France Quelques semaines avant les élections municipales, l’association Contribuables Associés a publié son Argus des communes 2026, un classement national qui compare la gestion budgétaire des villes de plus de 3 500 habitants à partir de données publiques de l’État et de ses organismes. Cet observatoire indépendant des deniers publics est devenu, au fil des éditions, un repère suivi par de nombreuses collectivités et par les contribuables, car il met en regard dépenses, ratios par habitant et indicateurs de solidité financière. Pour La Baule-Escoublac, la publication 2026 reconduit la mention globale « Excellent ». Dans le détail, la Ville obtient 16,1/20 sur le volet « dépenses », avec un ratio annoncé de 1073,70 € par habitant, à comparer à une médiane de 1 550 € pour les communes de même taille. Elle obtient également 18/20 pour sa « santé financière ». La Ville de La Baule est également souvent citée car elle est l’une des rares communes à ne pas appliquer la surtaxe sur les résidences secondaires. Or, avec l’affaire de Biarritz, La Baule prouve qu’elle a adopté une stratégie gagnante. En effet, Biarritz a fortement augmenté les taxes sur les résidences secondaires et de nombreux propriétaires ont transformé leur logement en résidence principale sur le plan fiscal. Cette fraude aurait fait perdre 750 000€ à la commune. Jean-Baptiste Leon, directeur des publications de Contribuables Associés, répond aux questions de La Baule+. Il est également l’auteur du Livre noir de l’argent public, publié aux éditions Hugo Doc. La Baule+ : Quel bilan tirez-vous de L’Argus des communes, qui a analysé la gestion financière de chaque commune ? Finalement, on s’aperçoit que les maires bons gestionnaires n’ont pas tous été réélus et que les mauvais gestionnaires n’ont pas tous été battus ! Comment expliquez-vous que la situation financière des communes n’ait pas été un grand sujet de débat lors des dernières municipales ? Jean-Baptiste Leon : Souvenons-nous d’une vérité plus large : notre classe politique n’a jamais été sanctionnée pour avoir conduit le pays au bord du gouffre financier, voire pour l’y avoir précipité. Si la rigueur budgétaire avait été le critère décisif des électeurs, Emmanuel Macron - et combien d’autres - n’aurait pas été réélu en 2022. Le constat vaut a fortiori à l’échelon local, où la lecture des comptes est rendue plus difficile par la technicité du sujet. À cela s’ajoute, depuis 2023, un biais structurel rarement souligné : avec la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales, seuls les propriétaires sont désormais directement concernés par la fiscalité locale. Autrement dit, dans une commune, près d’un électeur sur deux ne jettera qu’un œil distrait sur la gestion financière de son maire, puisqu’il n’en est plus le contribuable au sens strict. Cette déconnexion entre le citoyen-électeur et le citoyen-contribuable est l’un des effets pervers les moins commentés de la réforme, et l’un des plus inquiétants pour la qualité du débat démocratique local, comme je l’explique dans Le Livre noir de l’argent public, publié aux éditions Hugo Doc. Cela ne retire rien à l’intérêt de L’Argus des communes. Les quelque 35 000 communes de France ont été passées au tamis d’indicateurs homogènes : dépense par habitant, autofinancement, endettement, coûts fixes, pression fiscale. Le citoyen disposait, à quelques jours du scrutin, d’une grille de lecture chiffrée et indépendante. Les verdicts étaient parfois cinglants : Marseille était notée 2,1/20 pour sa santé financière, Grenoble 3/20 pour la maîtrise des dépenses et 2/20 pour sa santé financière. Et pourtant, Benoît Payan a été reconduit, comme l’a été la majorité écologiste à Grenoble. Le verdict des urnes ne s’explique pas uniquement par l’indifférence aux comptes : la prime au sortant a joué à plein. La municipalité de Biarritz a augmenté la fiscalité sur les résidences secondaires. Or, de nombreux propriétaires auraient transformé leur logement en résidence principale, avec, finalement, une perte de recettes pour la ville. Cette affaire n’estelle pas un symbole parfait des effets pervers de la surtaxation ? C’est l’illustration parfaite d’un principe ancien, celui de la courbe de Laffer appliquée à l’échelon local : au-delà d’un certain degré d’ébullition, augmenter les impôts finit par réduire les recettes. Et le phénomène est loin d’être circonscrit à Biarritz. Il s’inscrit dans une dérive plus large, je le redis. La suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales a soulagé un temps les ménages, mais elle a fragilisé les finances des communes, privées d’environ 20 milliards d’euros par an. L’État compense, au prix d’un déficit accru et d’un contrôle renforcé de Bercy. Résultat : hausse de la taxe foncière, explosion de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires ou sur les logements vacants, autonomie locale réduite et lien fiscal distendu. Nombre de citoyens ne paient plus d’impôt local clairement identifiable. Les dépenses publiques locales deviennent alors abstraites, bien qu’elles financent des services essentiels au quotidien. Cette perte de lisibilité favorise une certaine irresponsabilité : les élus locaux peuvent engager des dépenses sans en répondre directement aux contribuables, et les citoyens se retrouvent moins aptes à évaluer les choix budgétaires. Biarritz illustre une
Juin 2026 | 7 la baule+ vérité ancienne : l’impôt confiscatoire est toujours, à terme, un mauvais impôt. À l’inverse, la Ville de La Baule est l’une des rares communes à ne pas appliquer la surtaxe sur les résidences secondaires. Que pensez-vous de cette politique de gestion ? C’est la posture d’une commune à la fois plus prudente et plus lucide. Plus prudente, parce qu’elle n’a pas cédé à la tentation court-termiste - qui s’est révélée à double tranchant - consistant à voir dans la surtaxe sur les résidences secondaires une manière de retrouver une marge de manœuvre fiscale perdue avec la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales. Plus lucide, parce qu’elle a compris ce que d’autres ont mis dix ans à découvrir: l’attractivité d’une station balnéaire repose pour une part conséquente sur ses résidents secondaires, qui font vivre les commerces, l’artisanat et l’économie locale à l’année. L’Argus des communes 2026 décerne à La Baule un 16,1/20 pour la maîtrise des dépenses et un 18/20 pour la santé financière, plaçant la ville largement au-dessus des communes comparables. La Baule ne taxe pas davantage parce qu’elle dépense raisonnablement. Toutes les villes ne peuvent pas reproduire ce modèle à l’identique - La Baule bénéficie d’une démographie et d’une assiette favorables - mais la logique est simple et générale : il vaut mieux maîtriser ses dépenses que matraquer ses contribuables. Enfin, que pensez-vous du décret du 15 avril 2026, pris en application de la loi Climat et Résilience de 2021, qui impose la consignation d’une somme pour toute construction située dans une zoneexposéeaurecul du littoral à un horizon de 30 à 100 ans ? Est-ce une forme de taxe pour tous ceux qui veulent construire dans des communes de bord demer ? Ce n’est pas une taxe, puisque la consignation finance ou provisionne une prestation précise, à savoir la démolition programmée de la nouvelle construction à un horizon de 30 ou 100 ans. On pourrait certes regretter la naissance d’une nouvelle norme ou contrainte, mais, l’érosion étant un fait bien établi, il semble de bon sens de prévoir ses conséquences et de les mettre à la charge de la personne qui souhaite prendre le risque de construire malgré tout. Cela dit, reste à savoir ce que devient réellement cette somme non revalorisée, le sort qui lui est réservé si, par extraordinaire, l’érosion cessait d’être un fait inéluctable, ou encore son rôle en cas d’insuffisance de financement. Qui paiera le reliquat ? Le propriétaire encore vivant ou ses ayants droit plusieurs générations plus tard ? La commune ? L’État ? Le décret ne tranche pas clairement, et c’est probablement le point le plus fragile de l’édifice. À cela s’ajoute la critique récurrente de l’Association des maires de France (AMF), qui, conjointement avec l’Association nationale des élus du littoral (ANEL), dénonce un transfert de charges masqué de l’État vers le bloc communal - élaboration des cartes locales d’exposition, intégration au plan local d’urbanisme (PLU), instruction des permis, etc. - sans compensation financière correspondante. En somme, le principe est louable, mais la mise en pratique reste à parfaire. Ce n’est pas une taxe, mais ce n’est pas non plus un dispositif financièrement abouti. Propos recueillis par Yannick Urrien. du premier café au dernier verre RESTAURANT DE PLAGE au bout de l’avenue deGaulle, face à l’océan @lazuli.labaule du café dumatin aux cocktails de finde journée, Lazuli fait vivre LaBaule au rythme de lamer. une terrasse ouverte sur l’horizon, une carte fraîche et solaire, desmoments simples. LA BAULE À SON RITUEL BLEU.
Stores Nantais : une institution qui résiste aux réseaux À La Baule, Stores Nantais, c’est aussi une partie de l’histoire économique locale. L’enseigne existe depuis quarante ans, avenue de Lattre-de-Tassigny, dans un ancien cinéma reconverti en showroom. Stores Nantais est toujours le numéro un incontesté en Loire-Atlantique dans le domaine de la protection solaire. La marque s’est imposée comme une référence, grâce à la solidité du travail bien fait et à la confiance accumulée chantier après chantier. Le magasin de La Baule n’a jamais changé d’adresse, ni jamais changé d’âme. Pour illustrer ce qu’il représente, une anecdote dit tout : Daniel Noblet, commercial maison pendant 35 ans, a vendu à lui seul quelque 8 000 stores-bannes sur la presqu’île au fil de sa carrière. Huit mille familles, huit mille terrasses. Une empreinte humaine considérable. Le marché de la protection solaire a beaucoup changé. Les réseaux de revente se sont multipliés, les franchises ont fleuri. Des enseignes nationales, souvent impersonnelles, vendent des catalogues davantage que du conseil. Face à ce mouvement, les clients sont de plus en plus nombreux à chercher autre chose : une entreprise qui connaît vraiment son métier, qui engage sa réputation sur chaque chantier et qui répond au téléphone quand il y a un problème. Karim Lecossier, dirigeant des Stores Nantais, souligne que l’entreprise reste une PME indépendante: «Avec 150 collaborateurs, nous avons la taille suffisante pour négocier directement avec les grands industriels du secteur, tout en conservant l’exigence, la proximité et l’amour du métier d’une entreprise à taille humaine. Pas de standardisation à outrance, mais des équipes au-dessus d’une terrasse. Stores Nantais travaille désormais sur l’ensemble de ce que les professionnels appellent l’outdoor living, c’est-à-dire l’art de vivre dehors. Pergolas à toile ou à lames orientables, abris de terrasse avec éléments de toiture en dur, solutions d’éclairage intégrées : l’espace extérieur est devenu une pièce à part entière de la maison. Le marché du renouvellement est aujourd’hui aussi important que celui de la primo-installation. Les produits posés il y a dix ou quinze ans n’ont plus rien à voir avec ce qui existe aujourd’hui. Deux innovations méritent particulièrement l’attention. La toile technique, d’abord. Une toile acrylique standard ne fait que bloquer le rayonnement direct : par 35 °C à l’extérieur, il fait 35 °C sous le store. Une toile technique, elle, fait baisser le ressenti de 3 à 4 °C. Et la protection joue dans les deux sens: lors d’une soirée d’été qui fraîchit, cette même toile crée une enveloppe protectrice contre la fraîcheur, prolongeant le plaisir d’être dehors. Le moteur solaire sur store-banne, ensuite. Stores Nantais proposait déjà des motorisations solaires sur d’autres produits. Désormais, la technologie est disponible sur les storesbannes eux-mêmes. Avantage concret : pas de câblage, pas de perçage inutile, une pose simplifiée. Les batteries rechargeables sont conçues techniques formées, impliquées, qui posent ce qu’elles vendent. » Karim Lecossier a repris l’entreprise en 2020 avec son associé Vincent Girard, auprès de Francis Saint-Chamand, son fondateur. « Nous avons repris cette société parce qu’elle avait une notoriété très forte en raison de sa compétence et de son savoir-faire technique. On défend la qualité, on défend le produit, donc on défend le prix aussi. Nous sommes souvent la meilleure offre dans la durée lorsque l’on analyse le prix et la durée de vie du produit », soulignet-il. L’outdoor living : bien plus qu’un store Le métier a considérablement évolué. On ne parle plus seulement de toile déroulée Karim Lecossier, dirigeant des Stores Nantais pour fonctionner toute l’année, même avec l’ensoleillement breton. Une précision utile pour ceux qui y pensent: juin est le dernier délai pour être prêt avant l’été ! Stores Nantais, 229 avenue du Maréchal-deLattre-de-Tassigny à La Baule. Tél. 02 40 11 08 08. Site : www.stores-nantais.fr la baule+ 8 | Juin 2026 D’anciens salariés de Petit Breton Nautique organisent un repas avec leurs conjoints, dimanche 28 juin, au Yacht Club de La Baule. Ce sera la première fois que les anciens salariés de la société de nautisme se réuniront avec Jean-François Mazan, en souvenir de ces belles années. Pour participer, il suffit de contacter Jean-Yves Philippot au 06 29 42 96 84. (Participation : 25 euros par personne.) Réunion des anciens de Petit Breton Nautique
Juin 2026 | 9 la baule+ Alain de Keralin lance « Les Baulistes » Alain de Keralin est à l’origine des « Amis de La Baule », groupe Facebook qui compte 15 300 membres. Après le succès de cette initiative lancée il y a une dizaine d’années, il a décidé de créer « Les Baulistes » : « J’ai voulu avoir une structure qui associe davantage les gens. C’est un outil de lien social. Notre idée est que les gens ne se sentent plus seuls. Chacun organise des réunions et propose des soirées ou des activités. Aujourd’hui, nous sommes 90 membres. » Un groupe Facebook a déjà été créé et, pour ceux qui ne fréquentent plus ce réseau - notamment les CSP+ et les plus jeunes - une communauté WhatsApp a été lancée : « Il y a un vrai besoin de créer du lien et de faire des choses ensemble. Nous accueillons des célibataires comme des couples. Chacun peut envoyer un message pour proposer une sortie, et les membres de la communauté peuvent se manifester. » Courriel : contact@ lesbaulistes.fr
Musique > Le compositeur invité d’honneur du Festival de Cinéma de La Baule Bruno Coulais : « La musique peut nous embarquer loin de ce que l’on voit à l’image. » La Baule+ : On devine que ce qui vous amène à La Baule, c’est évidemment votre amitié avec Christophe Barratier, puisque vous avez composé la musique du film « Les Choristes »… Bruno Coulais : Bien sûr. D’ailleurs, j’étais venu pour l’anniversaire des dix ans des « Choristes ». Je trouve que c’est vraiment le dernier grand festival de musique de film en France et il est donc toujours très émouvant de retrouver Christophe, Sam Bobino et toute l’organisation. Lorsque vous composez une musique de film, le faites-vous à partir des premières images, ou bien travaillez-vous plus librement ? Pour « Les Choristes », la plupart des chansons auraient pu être composées indépendamment… Après coup, peut-être, mais c’est quand même le film qui a tout déclenché. L’émotion du film a permis à ces chansons d’exister, donc tout est très lié. J’ai toujours besoin de lier la musique aux images. Pour « Les Choristes », c’était différent car nous n’avions pas encore les images. Nous avons donc écrit les chansons avant même de visualiser les premiers plans. J’ai pu faire cela avec Christophe, qui est aussi musicien. Nous avons travaillé en étroite collaboration. Ce qui est surprenant avec vous, c’est que vous pouvez passer des Petits Chanteurs à la Croix de Bois pour « Les Choristes » à un rap sur une musique de George Benson pour le film « Brice de Nice »… C’est ce que j’attends du cinéma : découvrir des mondes et travailler la diversité, car chaque film est unique et dégage un nouvel univers. C’est merveilleux de pouvoir s’adapter à cela. Si je devais toujours faire le même style de musique, je m’ennuierais terriblement. Le cinéma m’offre cette ouverture sur le monde. Il y a des compositeurs comme EnnioMorricone qui ont toujours eu un style reconnaissable… Pas forcément. Il a parfois changé de style, mais il a une signature. Ennio Morricone a aussi été très éclectique. Aujourd’hui, le rapport à la musique a évolué. On ne peut pas passer à côté des ordinateurs, des synthétiseurs ou des rappeurs. Tout m’intéresse, que ce soit la musique contemporaine, la musique classique ou la musique expérimentale. Tout est propice pour explorer de nouveaux territoires sur le plan musical. Vous avez toujours baigné dans la musique classique et, à l’origine, vous ne vous destiniez pas à faire de la musique de films… C’est grâce à un grand documentariste qui m’a demandé de faire la musique de l’un de ses films. J’étais jeune à l’époque. Très vite, la relation entre la musique et les images m’a passionné, tout comme l’histoire du cinéma, et j’ai pu voir tous ces grands films qui constituent la beauté de l’histoire du cinéma. Il y a un élément presque manipulatoire avec la musique La musique d’un film influence la perception d’une scène dans notre cerveau. Comment expliquez-vous cela ? Il y a un élément presque manipulatoire avec la musique : on peut vraiment changer la réalité, on peut illustrer une séquence grâce à elle. La musique peut nous embarquer loin de ce que l’on voit à l’image. C’est sa force, car elle joue vraiment sur l’émotion et la sensibilité. Une belle musique de film peut traverser tous les styles. Il y a des musiques qui sont diffusées sur Radio Classique comme sur NRJ. Je ne vois pas d’autre genre que l’on puisse comparer à cela… Ce fut le cas de la musique des « Choristes ». C’était assez surprenant et incroyable, mais cela ne s’organise pas. Parfois, on est très fier d’une musique qui n’intéresse personne. De temps en temps, on arrive à trouver une voix populaire qui va toucher le plus grand nombre. On est toujours surpris et ce n’est pas parce que l’on se dit que la baule+ 10 | Juin 2026 Bruno Coulais sera l’invité d’honneur du Festival de Cinéma et Musique de Film de La Baule qui se déroulera du 24 au 28 juin. Bruno Coulais est l’un des plus grands compositeurs de musique de film de sa génération. Il est par exemple l’auteur de la musique du film « Microcosmos : Le Peuple de l’herbe », dont la partition demeure l’une des œuvres les plus marquantes du cinéma français. Bruno Coulais a notamment remporté trois César de la Meilleure musique originale pour « Microcosmos : Le Peuple de l’herbe », « Himalaya : L’Enfance d’un chef » et « Les Choristes ». La musique de ce film « Les Choristes » lui a également valu une nomination à l’Oscar de la Meilleure chanson originale. Il a signé plus de 200 musiques pour le cinéma et la télévision, dont une centaine de longs métrages fictions et documentaires. Parmi eux figurent les films « Adultère (mode d’emploi) », « Les Rivières pourpres», « Vidocq », « Le Peuple migrateur », « Agents secrets», « Brice de Nice », « MR 73 », « Coraline », «Océans », « Les Adieux à la reine », « Sur la piste du Marsupilami » ou encore « Maigret ». Bruno Coulais donnera un concert inédit le samedi 27 juin à 19h, au Palais des congrès et des festivals Atlantia à La Baule. Il y interprétera sur scène une sélection de ses plus grandes musiques de film. Entrée du concert à partir de 49 €. © Lebruman
l’on va faire un tube que l’on va vraiment en faire un. Comment vient l’idée musicale juste, celle qui fait mouche ? Parfois, on n’a aucune idée et c’est le mouvement de la caméra, un son, une lumière ou un personnage qui déclenche quelque chose. C’est à chaque fois très différent. La lumière est très importante. Il y a les couleurs et les décors, et tout cela joue beaucoup sur la tonalité ou l’orchestration. Vous avez toujours été très attiré par les musiques du monde. Pour quelles raisons ? C’est vrai, j’ai travaillé avec une polyphonie corse et il y aura d’ailleurs un chanteur corse qui viendra chanter à La Baule. J’ai aussi travaillé avec des voix bulgares, des voix tibétaines et des Irlandais. Je suis très admiratif de la force de ces musiciens traditionnels, qui n’ont pas suivi les écoles classiques que nous connaissons, mais qui ont un sens inné de la musique, transmis de génération en génération. Ils ont une virtuosité et une richesse musicale tout à fait surprenantes. D’ailleurs, la musique parle à nos âmes partout dans le monde, même dans des civilisations inconnues. Lorsque l’on entend de la musique ou des chants, on peut arriver à saisir s’il s’agit d’une naissance, d’une fête ou d’un décès… C’est le côté universel de lamusique, qui parle au plus grand nombre. Chacun reçoit la musique d’une façon très subjective, mais sa force est d’être à la fois universelle - en touchant le plus grand nombre - tout en étant reçue de façon très singulière par chacun. Est-ce parce que nous sommes humains et tous attirés par la beauté ? Ou est-ce en raison d’échanges civilisationnels remontant à plusieurs siècles ? Je crois que chaque culture a ses propres origines musicales. Aujourd’hui, on mélange beaucoup plus les genres et les univers, mais chaque civilisation a développé son propre chemin musical. Propos recueillis par Yannick Urrien. Juin 2026 | 11 la baule+ « La force de la musique est d’être à la fois universelle tout en étant reçue de façon très singulière par chacun. »
la baule+ 12 | Juin 2026 Culture > Le violoncelliste de renommée mondiale présente les Rencontres Musicales de La Baule et du Pays Blanc La 4ème édition des Rencontres Musicales de La Baule et du Pays Blanc se déroulera du 11 au 19 juillet sur différents sites à La Baule et au Pouliguen. Ces moments seront portés par des solistes de renom - François Salque, Lorraine Campet, Iris Scialom, Alexandra Bidi, Pierre Fouchenneret, Lise Berthaud, Coline Dutilleul, Laure Cholé - ainsi que le Quatuor Strada, le Quatuor Arev et le Chœur d’Angers Nantes Opéra, aux côtés des jeunes musiciens de l’Académie de musique de chambre. Sous la direction de Georges Zeisel, cette programmation d’exception conduit, à travers ses concerts et récitals, vers une expérience musicale unique. La thématique de cette 4ème édition, « L’Âge d’or de la musique de chambre à Vienne au XIXe siècle », invite le public à explorer un moment privilégié de l’évolution de la musique en Europe. Ce voyage musical nous transporte du Style Classique emblématique du siècle des Lumières de Haydn aux bouleversements de Beethoven, en passant par l’expression intime de Schubert, jusqu’aux séismes provoqués par Mahler et Schoenberg qui ouvrent la voie à la modernité du XXe siècle. Nous avons interrogé François Salque, co-directeur artistique de cette manifestation avec Georges Zeisel. Ancien élève du Conservatoire de Paris et de l’Université de Yale, François Salque est l’un des violoncellistes les plus réputés et il a joué dans le monde entier. Il est également enseignant à la Haute École de musique de Lausanne et au Conservatoire de Paris. François Salque : « Beethoven écrivait ses chefs-d’œuvre pour la postérité. » La Baule+ : Quelles raisons vous ont conduit à vous impliquer dans ce festival ? François Salque : D’abord, parce que La Baule, c’est une longue histoire. Je travaille évidemment en collaboration avec Georges Zeisel, le directeur du festival et, ensemble, nous façonnons le programme. Nous invitons des jeunes solistes. Ce ne sont pas des élèves ou des étudiants, ce sont de vrais concertistes. Cela nous permet d’avoir cette semaine extrêmement intense où nous travaillons, nous testons, nous jouons. Il y a un gros travail en amont, parce que ce sont des œuvres particulièrement intenses que nous avons choisies cette année avec Georges. Le festival se déroulera du 11 au 19 juillet : pourquoi avoir choisi cette date ? Le fait d’être en période estivale vous permet-il de toucher un public plus large ? C’est toujours une joie et un grand honneur pour l’équipe de recevoir des retours de personnes qui écoutent un concert pour la première fois. Même si ce sont des œuvres complexes et longues, pour qui se donne la peine de se concentrer pendant une demi-heure ou une heure, et de voir les gestes des musiciens, d’entendre toute la sophistication, un concert de musique classique en live, c’est assez extraordinaire pour des néophytes. Cette période nous permet de rendre accessibles ces œuvres qui sont d’une beauté inouïe. Les mélomanes sont au courant du festival. L’offre de musique classique en Loire-Atlantique n’est pas très riche et les mélomanes sont vraiment en demande. Certains font de longues distances en voiture pour venir écouter les concerts des Rencontres musicales de La Baule. L’année prochaine, il y aura le bicentenaire de la disparition de Beethoven. Le concert que vous donnerez le 17 juillet à l’Hermitage Barrière constituera-t-il, en quelque sorte, l’ouverture de ce bicentenaire ? Le bicentenaire, c’est un prétexte. Beethoven est un incontournable. Le premier concert va explorer les trois périodes créatrices de Beethoven : le Beethoven dans la force de l’âge, le Beethoven fougueux, qui essayait de reproduire avec les cordes ce qu’il faisait déjà au piano, avec tout son sens du drame - l’expression des émotions humaines - et ensuite il y a les périodes plus complexes puisqu’il allait devenir complètement sourd, ce qui est évidemment un drame épouvantable pour un musicien. Après avoir surmonté cette douleur, il se sent rempli d’une force nouvelle et créatrice et il compose des musiques d’une puissance folle. Cela demande beaucoup de concentration de la part des interprètes, comme des auditeurs, avec les tout derniers quatuors. C’était à l’époque où il était complètement dans sa tour d’ivoire, complètement sourd. Il ne communiquait que par carnets et il ne vivait que pour la musique. Il n’écrivait pas du tout pour ses contemporains : il écrivait ses chefs-d’œuvre pour la postérité. Quand ses contemporains se plaignaient de l’immense difficulté des œuvres, il leur répondait : « Je n’écris pas pour vous, mais pour la divinité. » Il écrivait vraiment pour les générations futures. Il en avait parfaitement conscience. Que représente Beethoven pour vous, en tant que violoncelliste, lorsque l’on sait que c’est lui qui a donné toute cette place à cet instrument ? En tant que violoncellistes, nous avons beaucoup de chance. Il y a les quatuors à cordes et tous les timbres du violoncelle, de l’extrême grave à l’extrême aigu. On a aussi les cinq sonates pour violoncelle et piano. Nous avons vraiment été gâtés par Beethoven. Vous avez également invité le compositeur tchèque Krystof Maratka à La Baule. C’est l’auteur dont on parle en ce moment. Il sera à l’église des Dunes de Pornichet, dimanche 12 juillet, avec un programme qui va de Debussy à Brahms, en passant par Schumann, jusqu’à Maratka qui sera donc présent... Maratka est un compositeur que j’admire énormément. Je le connais depuis plus de trente ans. J’ai eu la chance de jouer de nombreuses créations avec lui. C’est un compositeur qui puise dans différentes cultures, dans différentes époques, et qui va même jusqu’à chercher scientifiquement des musiques beaucoup plus anciennes que les musiques écrites. On reçoit cet héritage de musique classique, romantique, mais aussi tchèque. Il personnalise des musiques beaucoup plus anciennes. Ce sont des musiques fantastiques. C’est de la musique contemporaine Photo : Tavernier
Juin 2026 | 13 la baule+ particulièrement évocatrice. J’ai adoré jouer ses œuvres pendant trente ans et je pense que ses propres fils se les approprient encore davantage, puisqu’ils seront là pour les interpréter. Sa musique, c’est aussi l’âme de Prague. Peut-être n’aurait-il jamais été Maratka s’il ne vivait pas dans cette ville... C’est vrai, il a écrit des musiques qui s’inspirent de différents folklores des pays d’Europe centrale. Il s’inspire parfois des musiques traditionnelles qui sont enracinées dans les villages. Ce sont des musiques qui rythmaient la vie des paysans, les enterrements, les mariages ou les récoltes. Il puise aussi dans la musique populaire de Bohème ou d’Europe centrale. Aujourd’hui, c’est l’un des plus grands compositeurs. Le festival va commencer le 11 juillet, au Parc des Dryades, avec Schubert qui sera à l’honneur... Ce sera la première Schubertiade. On tombe dans la musique romantique, totalement universelle. On aura droit à beaucoup de musiques de Schubert. Je voudrais aussi apporter un éclairage sur le concert de Mendelssohn. Nous avons décidé de consacrer un concert entier à Felix Mendelssohn, qui est encore peu connu des mélomanes bien qu’il soit, comme Mozart et Schubert, l’un des plus grands prodiges de la musique. La particularité de Mendelssohn, c’est qu’il n’était pas simplement prodige en musique, mais aussi en sciences, en sport et en littérature, et il écrivait des poèmes. Il parlait de nombreuses langues et il jouait la musique de ses contemporains. Il a été l’un des pionniers de la redécouverte des musiques de Jean-Sébastien Bach. Il était d’une culture immense. Ce n’était pas un esprit ordinaire. Il écrivait très vite et merveilleusement bien, et cette sensibilité se ressent dans ses notes. C’est l’un de mes compositeurs préférés du début du romantisme, car il transmet une effervescence, une complexité maîtrisée et un sens de l’instrument. Nous interpréterons son fameux Octuor, qu’il a composé à l’âge de 16 ans, une fresque romantique où tous les musiciens sont sollicités. Ce sera un très beau voyage. Il y aura aussi son Quatuor Opus 13, qu’il a composé à l’âge de 12 ou 13 ans. Ce sera vraiment une très belle découverte pour les néophytes. Ce concert aura lieu à l’église Notre-Dame-de-Lourdes à La Baule, lundi 13 juillet. Ce qui est surprenant, c’est que ce festival se déroule dans des lieux très variés, de l’amphithéâtre des Dryades, en passant par des petites églises, jusqu’à L’Hermitage Barrière. Comment programmez-vous les concerts dans des lieux dont les acoustiques sont si différentes ? À L’Hermitage, nous avons une acoustique précise. Certains musiciens estiment que c’est une acoustique sèche, mais je trouve que c’est une acoustique où l’on entend tous les détails. Pour des musiques aussi riches que les quatuors de Beethoven, on peut réellement savourer chaque texture, l’humour ou le drame. Dans une église, comme à Notre-Dame-deLourdes, c’est une acoustique plus résonnante, plus flatteuse. Propos recueillis par Yannick Urrien.
la baule+ 14 | Juin 2026 Suivre d’année en année le tournoi de tennis de Roland Garros est très instructif en cela qu’on assiste, édition après édition, à la dramatique dégradation du comportement du public. On atteint à présent des sommets dignes, probablement, des jeux du cirque dans l’antique Rome, où tout un peuple mué en populace hystérisée, réclamait en braillant la mise à mort du gladiateur esclave. Aujourd’hui, Porte d’Auteuil, on s’en approche, semble-t-il. Lors du match de deuxième tour entre le Français Moïse Kouamé et le Paraguayen Adolfo Daniel Vallejo, que la fête eût été belle si le public avait été à la hauteur du formidable talent tennistique de ces deux joueurs, notamment du prodigieux jeune Français de dix-sept ans, merveilleuse révélation de la saison. Public lamentable qui pervertit l’ardeur de l’encouragement - bien légitime - en déferlement d’hostilité. Pire encore parfois, gestes menaçants à Humeur > Le billet de Dominique Labarrière L’important c’est de vociférer l’appui. Novak Djokovic, la veille même, après son âpre victoire contre un Français, avait, avec un sourire quelque peu forcé et à mots à peine couverts, dénoncé cette réalité, exprimant son souhait de ne plus avoir à rencontrer de concurrent tricolore sur la suite de son parcours Porte d’Auteuil. ( Un jeune Brésilien, lui aussi plutôt prodigieux, s’est chargé d’exaucer son souhait au tour suivant.) Pour un compétiteur étranger, désormais jouer contre un Français à Roland Garros, c’est descendre dans la fosse aux lions, c’est s’aventurer en terrain ennemi, ou peu s’en faut. Certes le tennis demeure le sport fabuleux qu’il a toujours été, en même temps qu’un spectacle incroyablement riche en émotions, en surprises, mais j’ose prétendre que son public n’est plus un public de tennis. Celui du temps où on n’applaudissait pas les fautes, les maladresses de l’adversaire, seulement les points gagnants, où en entrant sur le court le joueur, quel qu’il soit d’où qu’il vienne, avait au moins l’assurance d’une chose, une chose de première importance, être respecté. Après sa défaite, Vallejo, dépité, amer, a déclaré que « si le match avait eu lieu dans une autre ville, son challenger l’aurait perdu.» Bon. Propos inspirés par la déception, sans aucun doute. Le perdant, a aussi mis en doute l’autorité arbitrale quand celle-ci est confiée à une femme, ce qui était le cas pour son match. Évidemment, ce n’était pas malin de sa part. D’autant que le problème dépasse de beaucoup la situation du moment, celle d’un match. On pourrait ainsi le résumer, ce problème : « Qui aujourd’hui en France est encore capable de faire preuve d’autorité ? » Poser la question c’est y répondre. À ce sujet, on aurait sans nul doute apprécié que Madame la directrice du tournoi, Monsieur le Président de la Fédération, suite aux critiques fort claires de Djoko et de Vallejo, se fendent d’une conférence de presse à vocation pédagogique pour tenter de remettre leur public dans les clous de la bienséance, de la correction et de la tradition de fair play dont le tennis pouvait encore, jusqu’à une période relativement récente, se glorifier. Mais non. Ici, comme ailleurs, les élites se couchent, regardent ailleurs. Ailleurs en l’occurrence, s’agissant des deux sus-désignés, c’est le sexisme des propos de Vallejo stigmatisant l’arbitrage féminin. Alors là, on y va de bon cœur, et pas de mainmorte ! Quelle horreur, comment se fait-il que de telles paroles aient pu être proférées ! Au lieu de mettre ce dérapage - il est vrai complètement déplacé - sur le compte de la déception, de la colère et, avec pertinence, faisant preuve de mansuétude, de bienveillance, regarder ailleurs justement et se limiter à déplorer qu’elles aient été tenues, on sort la grosse Bertha inquisitoriale. On va poursuivre ! On brandit la menace de sanctions! Amendes, suspension. On bombe le torse, on joue des biscoteaux. Là, on en à revendre, de l’autorité, pensez donc ! Ils sont pathétiques, pitoyables. La maladresse du jeune vaincu leur sert sur un plateau un os à ronger. Alors ils se précipitent. S’occuper de la mission éducative qui est aussi celle des fédérations sportives, dont celle du tennis bien sûr, mission éducative à mener avant tout en direction des supporters - si ce mot a encore un sens ! - est remis à plus tard. Heureusement, dans le même temps, nous dénichons quand même de belles raisons d’optimisme. Ces raisons sur lesquelles ces élites embourgeoisées (On se souvient des émoluments de dingue de Madame Oudéa-Castéra lorsqu’elle occupait un poste élevé à la Fédé !) feraient mieux de s’employer à mettre en exergue. Je veux parler ici de cette belle jeunesse incarnée entre autres par le Français Kouamé et le Brésilien Fonséca (le vainqueur de Djoko) - 17 et 19 ans - qui sont l’illustration parfaite, admirablement exemplaire, de l’excellence qu’on peut atteindre - Très tôt dans la vie, qui plus est - à force de discipline, de travail, de sérieux, d’humilité dans l’apprentissage. Et surtout, bien sûr, de passion. Mille bravos et mille mercis à eux. Au moins, nous avons encore cela.
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