la baule+ 14 | Juin 2026 Suivre d’année en année le tournoi de tennis de Roland Garros est très instructif en cela qu’on assiste, édition après édition, à la dramatique dégradation du comportement du public. On atteint à présent des sommets dignes, probablement, des jeux du cirque dans l’antique Rome, où tout un peuple mué en populace hystérisée, réclamait en braillant la mise à mort du gladiateur esclave. Aujourd’hui, Porte d’Auteuil, on s’en approche, semble-t-il. Lors du match de deuxième tour entre le Français Moïse Kouamé et le Paraguayen Adolfo Daniel Vallejo, que la fête eût été belle si le public avait été à la hauteur du formidable talent tennistique de ces deux joueurs, notamment du prodigieux jeune Français de dix-sept ans, merveilleuse révélation de la saison. Public lamentable qui pervertit l’ardeur de l’encouragement - bien légitime - en déferlement d’hostilité. Pire encore parfois, gestes menaçants à Humeur > Le billet de Dominique Labarrière L’important c’est de vociférer l’appui. Novak Djokovic, la veille même, après son âpre victoire contre un Français, avait, avec un sourire quelque peu forcé et à mots à peine couverts, dénoncé cette réalité, exprimant son souhait de ne plus avoir à rencontrer de concurrent tricolore sur la suite de son parcours Porte d’Auteuil. ( Un jeune Brésilien, lui aussi plutôt prodigieux, s’est chargé d’exaucer son souhait au tour suivant.) Pour un compétiteur étranger, désormais jouer contre un Français à Roland Garros, c’est descendre dans la fosse aux lions, c’est s’aventurer en terrain ennemi, ou peu s’en faut. Certes le tennis demeure le sport fabuleux qu’il a toujours été, en même temps qu’un spectacle incroyablement riche en émotions, en surprises, mais j’ose prétendre que son public n’est plus un public de tennis. Celui du temps où on n’applaudissait pas les fautes, les maladresses de l’adversaire, seulement les points gagnants, où en entrant sur le court le joueur, quel qu’il soit d’où qu’il vienne, avait au moins l’assurance d’une chose, une chose de première importance, être respecté. Après sa défaite, Vallejo, dépité, amer, a déclaré que « si le match avait eu lieu dans une autre ville, son challenger l’aurait perdu.» Bon. Propos inspirés par la déception, sans aucun doute. Le perdant, a aussi mis en doute l’autorité arbitrale quand celle-ci est confiée à une femme, ce qui était le cas pour son match. Évidemment, ce n’était pas malin de sa part. D’autant que le problème dépasse de beaucoup la situation du moment, celle d’un match. On pourrait ainsi le résumer, ce problème : « Qui aujourd’hui en France est encore capable de faire preuve d’autorité ? » Poser la question c’est y répondre. À ce sujet, on aurait sans nul doute apprécié que Madame la directrice du tournoi, Monsieur le Président de la Fédération, suite aux critiques fort claires de Djoko et de Vallejo, se fendent d’une conférence de presse à vocation pédagogique pour tenter de remettre leur public dans les clous de la bienséance, de la correction et de la tradition de fair play dont le tennis pouvait encore, jusqu’à une période relativement récente, se glorifier. Mais non. Ici, comme ailleurs, les élites se couchent, regardent ailleurs. Ailleurs en l’occurrence, s’agissant des deux sus-désignés, c’est le sexisme des propos de Vallejo stigmatisant l’arbitrage féminin. Alors là, on y va de bon cœur, et pas de mainmorte ! Quelle horreur, comment se fait-il que de telles paroles aient pu être proférées ! Au lieu de mettre ce dérapage - il est vrai complètement déplacé - sur le compte de la déception, de la colère et, avec pertinence, faisant preuve de mansuétude, de bienveillance, regarder ailleurs justement et se limiter à déplorer qu’elles aient été tenues, on sort la grosse Bertha inquisitoriale. On va poursuivre ! On brandit la menace de sanctions! Amendes, suspension. On bombe le torse, on joue des biscoteaux. Là, on en à revendre, de l’autorité, pensez donc ! Ils sont pathétiques, pitoyables. La maladresse du jeune vaincu leur sert sur un plateau un os à ronger. Alors ils se précipitent. S’occuper de la mission éducative qui est aussi celle des fédérations sportives, dont celle du tennis bien sûr, mission éducative à mener avant tout en direction des supporters - si ce mot a encore un sens ! - est remis à plus tard. Heureusement, dans le même temps, nous dénichons quand même de belles raisons d’optimisme. Ces raisons sur lesquelles ces élites embourgeoisées (On se souvient des émoluments de dingue de Madame Oudéa-Castéra lorsqu’elle occupait un poste élevé à la Fédé !) feraient mieux de s’employer à mettre en exergue. Je veux parler ici de cette belle jeunesse incarnée entre autres par le Français Kouamé et le Brésilien Fonséca (le vainqueur de Djoko) - 17 et 19 ans - qui sont l’illustration parfaite, admirablement exemplaire, de l’excellence qu’on peut atteindre - Très tôt dans la vie, qui plus est - à force de discipline, de travail, de sérieux, d’humilité dans l’apprentissage. Et surtout, bien sûr, de passion. Mille bravos et mille mercis à eux. Au moins, nous avons encore cela.
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