Après, il y a eu la période de la disco italienne, qui n’a finalement pas traversé le temps… Effectivement, en 1979, les Américains ont lancé un mouvement qui s’appelait Disco sucks. Toutes les grandes compagnies qui avaient loupé ce virage ne comprenaient pas cette musique... Alors, dans chaque pays, on a demandé aux stars locales de faire des arrangements disco. Mais ce n’est pas le vrai esprit du disco. En France, il y a eu Dalida ou Claude François, mais leurs chansons étaient tellement fortes que cela aurait été des succès de toute manière. Les DJ ont préféré sampler le groupe, c’est-à-dire la couleur, mais pas les voix. Il ne faut pas croire à travers mes propos que je n’aime pas la pop, mais je développe simplement mon style. Vous serez le 20 juin en concert à l’hippodrome de Pornichet. On espère y entendre tous vos succès, dont Supernature… Ce sera au rendez-vous ! Il y a un point intéressant dans votre musique : lorsque l’on écoute des titres de la Motown, mais aussi de la pop ou du rock, que ce soit Patti Smith ou Electric Light Orchestra, on arrive à dater l’époque à travers le son. Mais ce n’est pas le cas chez vous… J’apprécie, je vous laisse le dire, mais je ne peux pas répondre. C’est aussi ce qui m’a fait passer toutes ces décades. C’est un son fort et puissant, pas forcément très compressé comme les sons actuels qui sont difficiles à entendre longuement… L’EDM (Electronic Dance Music) a poussé à cela, c’est-à-dire que beaucoup de jeunes ont découvert ces nouvelles machines qui jouaient presque toutes seules. Ils y sont allés à fond. En fin de compte, un sample devenait un titre en entier et, pour avoir une particularité, il fallait rajouter des grosses basses. Aujourd’hui, en 2026, il y a plein de bonnes choses et il y a de très belles voix. Au lieu de renvoyer les Barry White aux États-Unis, il a renvoyé mes disques par erreur. Les disques sont arrivés chez un grossiste à New York. Les albums ne sont jamais revenus... Cerrone n’aurait jamais été Cerrone si vous n’aviez pas aussi été chef d’entreprise… Je n’avais pas le choix. Lorsque je pensais faire mon dernier album, j’ai lancé ma production de vinyles, en croyant en vendre assez peu. La maison de disques Island Records a été la seule à accepter de fabriquer mes disques. Simplement, il fallait en faire 5000 au minimum. Qu’est-ce que j’allais faire avec 5000 disques ? J’avais encore quelques économies et j’ai finalement accepté. J’ai commencé à en mettre quelques-uns et tout est parti à une vitesse incroyable. Le magasin Champs Disques, qui était sur les Champs-Élysées, a commencé à m’en prendre 20, puis 50, puis 100… Un jour, il me demande 300 disques ! Au bout de 48 heures, il me rappelle en me disant que son magasinier s’est trompé : au lieu de renvoyer les Barry White aux États-Unis, il a renvoyé mes disques par erreur. Les disques sont arrivés chez un grossiste à New York. Les albums ne sont jamais revenus... Tout est très vite parti et tout le monde m’a dit que ce que je faisais marchait très bien aux États-Unis. Je me suis demandé ce qui se passait. Je n’y croyais pas trop ! J’ai découvert que mes vinyles étaient joués dans la majorité des clubs à New York. Avec un copain, je suis allé à New York et j’ai signé avec Atlantic Records. Cela s’est fait en 48 heures. Il y avait un tel buzz autour de cet album qu’il est devenu numéro un. La leçon qu’il faut retenir c’est que lorsque l’on ne croit pas en vous, il faut savoir se prendre en main… Il faut surtout y croire. Je n’ai jamais fait cela pour me mettre en lumière pour l’argent. J’ai fait cela pour prendre du plaisir sur scène. Cette inspiration vient de ces images que j’ai toujours gardées. Parlons de votre vie maintenant. Lorsque vous viviez aux ÉtatsUnis, vous avez toujours payé vos impôts en France, mais vous avez récemment dit que vous aviez une retraite de 900 € par mois… Oui, cela m’est égal, mais je n’ai jamais manqué. Quand on réussit, on dit toujours qu’il faut avoir de bons avocats ou de bons fiscalistes, mais je les ai toujours regardés étrangement. Cela m’est égal. À partir du moment où j’ai assez pour bien vivre et jouir du plaisir que je prends sur scène, je considère que j’ai de la chance et cela me suffit. Votre moteur, c’est évidemment d’entreprendre… Il y a eu des hauts et des bas, mais les bas ne m’ont pas tellement fait souffrir parce que, dans les périodes hautes, j’ai toujours été plutôt une fourmi qu’une cigale. Cela m’a permis de tenir, de continuer de produire, de faire de belles vidéos... Donc, je n’ai jamais arrêté. L’argent que l’on amasse sert à cela. On a tous une formation, une éducation différente. Je continue de jouer et vous n’imaginez même pas le plaisir que je peux prendre. La réussite, ce n’est pas l’argent que l’on amasse, même si je ne suis pas philanthrope ! Propos recueillis par Yannick Urrien. la baule+ 18 | Juin 2026 Entretien exclusif avec Cerrone : « J’ai toujours été plutôt une fourmi qu’une cigale. Cela m’a permis de tenir, de continuer de produire, de faire de belles vidéos... »
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