Prostitution des mineures : quand le naufrage nantais menace aussi nos stations balnéaires

L’affaire récemment révélée à Nantes, où une adolescente de 13 ans se serait retrouvée livrée à un système de prostitution, n’appartient pas seulement à la rubrique judiciaire. Elle dit quelque chose de notre époque, de ses lâchetés, de ses illusions et de son effondrement moral. Pendant longtemps, on a cru que certaines horreurs demeuraient cantonnées aux grandes métropoles, à leurs quartiers abandonnés, à leurs cages d’escalier livrées aux trafics, à leurs appartements loués à la nuitée, devenus de sordides arrière-boutiques du vice contemporain. On se disait que Nantes était Nantes, que Saint-Nazaire avait ses propres difficultés, mais que La Baule, Pornichet, Guérande ou Le Pouliguen resteraient protégées par leur douceur de vivre.
C’est une erreur. Ce qui arrive à Nantes peut venir à La Baule. Et, dans certains cas, y vient déjà sous des formes plus discrètes. Le monde interlope d’aujourd’hui ne respecte plus les frontières communales. Il se déplace avec un téléphone portable, une annonce sur un réseau social, une location de courte durée, une voiture banalisée et quelques billets froissés. Le proxénétisme de notre temps n’a plus besoin de façades rouges ni de rues spécialisées. Il lui suffit d’un studio anonyme, d’un code d’entrée, d’un faux profil, d’une messagerie cryptée et d’une jeunesse perdue, fascinée par l’argent rapide avant de découvrir les coups, la drogue, la peur et l’asservissement.
La prostitution des mineures est l’un des grands scandales français que l’on regarde de côté. Les chiffres évoqués par les associations et les acteurs de terrain donnent le vertige : des milliers d’enfants concernés, très majoritairement des jeunes filles, souvent recrutées par les réseaux sociaux, parfois déjà fragilisées par des parcours familiaux brisés ou par des passages dans des dispositifs de protection de l’enfance débordés. Il faut dire les choses simplement : nous avons laissé des enfants seuls face à des prédateurs, tout en prétendant leur offrir un monde plus libre.
Les villes de bord de mer connaissent, elles aussi, la saisonnalité, les locations rapides, l’anonymat des week-ends, les allées et venues discrètes, les appartements occupés deux nuits puis vidés au matin. Ce qui fut jadis un gage de liberté touristique peut devenir, si l’on n’y prend garde, un formidable paravent pour les trafics les plus sordides. La Loire-Atlantique est déjà travaillée par la violence, le trafic de drogue et la décomposition d’une partie de l’espace public. Nantes en offre chaque semaine des exemples douloureux. Or les réseaux criminels ne s’arrêtent pas au périphérique nantais. Ils suivent l’argent, la discrétion, les lieux de passage et les failles de surveillance.
Une société se juge à la manière dont elle protège ses enfants. Pas à ses slogans, pas à ses campagnes d’affichage, pas à ses colloques savamment intitulés, mais à sa capacité concrète à empêcher qu’une fille de 13 ans soit traitée comme une marchandise. Ce n’est pas seulement Nantes qui est concernée. C’est toute la Loire-Atlantique.



