La Baule en bleu, blanc, rouge : le triomphe des Bleus fait chavirer le Jumping

Ce vendredi, au stade François-André, La Baule n’a pas seulement accueilli une grande épreuve internationale de saut d’obstacles. Elle a vécu un moment rare, de ceux que l’on raconte longtemps après les avoir vus. L’équipe de France a remporté la Coupe des Nations Barrière, temps fort du Jumping international de La Baule, au terme d’un scénario magnifique, cruel pour l’Allemagne, bouleversant pour le public français. Un succès que l’on attendait depuis 2017. Autant dire une éternité dans l’histoire d’un concours où la France aime se sentir chez elle.
Pendant quelques minutes, La Baule a été le centre du monde du cheval. Le monde entier du saut d’obstacles avait les yeux tournés vers la piste bauloise, son public, son herbe, son écrin, cette atmosphère à la fois élégante et populaire qui fait la singularité du concours. Et quand la dernière barre allemande est tombée, libérant les Français, le stade a explosé. Les 7 500 spectateurs ont alors formé une seule voix, une seule émotion, une seule ferveur. La Marseillaise reprise par toute la tribune restera comme l’une des images fortes de cette édition. Un moment de communion comme le sport sait encore en offrir, lorsqu’il oublie les calculs pour redevenir une affaire de cœur.
Les visages disaient tout. Le sourire immense de Nina Mallevaey, les poings levés d’Olivier Perreau et de Julien Épaillard, le doigt d’Antoine Ermann pointé vers le ciel, les embrassades du staff tricolore : il y avait dans cette joie quelque chose de très pur. Non pas seulement la satisfaction d’un classement, mais le sentiment d’avoir répondu présent au bon endroit, au bon moment, devant un public qui n’attendait que cela.
La France n’avait plus gagné la Coupe des Nations à La Baule depuis 2017. À l’époque, Kevin Staut, Pénélope Leprévost, Roger-Yves Bost et Cédric Angot avaient porté les couleurs tricolores au sommet. Neuf ans plus tard, une nouvelle génération s’inscrit dans cette lignée, à deux mois des Championnats du monde. Ce succès arrive donc au meilleur moment. Il ne garantit rien pour la suite, mais il donne ce que les grandes équipes recherchent toujours avant les grands rendez-vous : de la confiance, de la cohésion et cette certitude intime que l’on peut faire tomber les plus forts.
Car l’Allemagne paraissait bien partie pour s’imposer. En tête après la première manche, sans le moindre point de pénalité, la Mannschaft avait toutes les cartes en main. Andre Thieme et Sophie Hinners avaient encore signé deux parcours sans faute en deuxième manche. Avec Daniel Deusser et Richard Vogel à suivre, l’Allemagne disposait de deux véritables balles de match. Mais le sport aime ces petits renversements de destin qui donnent aux grandes journées leur parfum de légende. Deusser, avec Ottelo de Guldenboom, vainqueur l’an dernier du Rolex Grand Prix Ville de La Baule, concédait d’abord quatre points. La porte s’entrouvrait.
Les Français, eux, restaient dans le match avec un sang-froid remarquable. En première manche, Julien Épaillard, sur Fringan de Vesquerie, et Nina Mallevaey, sur Dynastie de Beaufour, avaient signé deux sans-faute. Antoine Ermann, avec Floyd des Prés, ne concédait qu’un point de temps, tandis qu’Olivier Perreau et GL Events Dorai d’Aiguilly étaient pénalisés de quatre points sur le dernier obstacle. La deuxième manche fut celle du courage et de la maîtrise : sans-faute pour Perreau, sans-faute pour Ermann, quatre points pour Mallevaey, puis un superbe double sans-faute de Julien Épaillard.
Il restait alors Richard Vogel, associé à United Touch S. L’équation était simple : l’Allemagne devait réussir un parcours parfait. Pendant presque tout le tour, elle y est parvenue. Puis vint l’avant-dernier obstacle, une palanque en sortie de double. La faute. Quatre points. La France venait de gagner. Le stade François-André pouvait se lever.
« Gagner ici, avec ce public, avec cette organisation, avec cette qualité de terrain, c’est fantastique », a confié Édouard Coupérie, le sélectionneur tricolore. Il a salué une équipe homogène, solide, capable de répondre à la pression. « Ils ont tous monté de façon incroyable. Julien avec son double sans-faute avec un cheval qui revient en forme, Olivier qui fait un tour magnifique, Antoine qui fait presque un double sans-faute avec juste un point de temps. Avec Nina, c’est toujours 0 ou 4 points et c’est le plus souvent sans faute. C’est très encourageant pour l’avenir. » Le sélectionneur sait toutefois que la route reste longue avant les Championnats du monde : « La Baule était un grand test. Cette victoire nous permet de faire le plein de confiance. Mais il peut encore se passer plein de choses en deux mois. Il faut maintenant gérer cette période. »
Nina Mallevaey, 26 ans, numéro 7 mondiale et meilleure cavalière au monde, a parfaitement résumé l’émotion de cette journée. « Gagner la Coupe des Nations à La Baule, c’est un rêve qui devient réalité. Entendre le public français qui chantait La Marseillaise, c’était incroyable. J’en avais plein de frissons, avec des yeux de petite fille qui brillaient. » Dans sa voix, il y avait la joie de la championne, mais aussi l’émerveillement de l’enfant qui a regardé ces concours avant d’en devenir l’une des héroïnes.
Antoine Ermann a vécu la même impression d’irréel. Lui aussi a grandi avec l’image du concours de La Baule. « Je regardais ce concours depuis tout jeune. C’était déjà un rêve de monter un jour ici, alors gagner la Coupe des Nations, je vous laisse imaginer. » Son point de temps en première manche aurait pu coûter cher. Il ne coûtera rien, sinon quelques minutes d’angoisse avant la délivrance finale.
Olivier Perreau, plus expérimenté, a lui aussi savouré la force du moment : « Ce public donne envie de tout donner. » Médaillé de bronze par équipes aux Jeux olympiques de Paris, vainqueur de la Coupe du monde de Lyon, il sait ce que représente un grand public dans une grande journée. Quant à Julien Épaillard, appelé dans un contexte particulier après l’absence de Simon Delestre, il a tiré de cette Coupe des Nations des informations précieuses avec Fringan de Vesquerie. Il engagera son cheval dans le Rolex Grand Prix Ville de La Baule, dimanche, pour le tester dans une configuration proche des Championnats du monde.
Cette victoire française donne à l’édition 2026 du Jumping une intensité particulière. La Baule a toujours été une terre de cheval. Mais il y a des années où le concours prend une dimension supplémentaire, lorsque le sport, le public et le symbole national se rejoignent. Ce vendredi, le stade François-André n’était pas seulement une enceinte sportive. C’était un théâtre d’émotion, un lieu de ferveur, presque une scène patriotique dans ce que le mot peut avoir de plus simple et de plus beau : des cavaliers, des chevaux, un public debout, un hymne chanté à pleine voix.
Les Bleus succèdent à l’Irlande, victorieuse l’an dernier et troisième cette année après une belle remontée en deuxième manche. L’Allemagne termine deuxième, battue au terme d’un duel de très haut niveau. Mais le souvenir restera français.
La journée avait aussi proposé d’autres belles épreuves. Dans le Prix Hus Reproduction, disputé sur 1,45 m au chrono, le Belge Gregory Wathelet s’est imposé avec Romance van de Padenborre, devant le Suédois Henrik von Eckermann et le Saoudien Abdulrahman Alrajhi. Dans le CSI 1*, la jeune Giulia Guilloteau, 14 ans, a elle aussi fait retentir la Marseillaise en remportant le Prix Markel Assurance Équine avec Happy de Liverdy. L’Américaine Djuna Lauder, 19 ans, s’est imposée dans le Prix Datanaute avec Cornet Fifty MM.
Le public reviendra nombreux ce samedi pour une nouvelle journée très attendue. Le Prix Saur, à 11h30, offrira les derniers billets pour le Rolex Grand Prix Ville de La Baule de dimanche. Puis, à 17h15, l’historique Derby de La Baule – Demeures de Campagne fera vibrer le stade avec ses obstacles naturels et son parfum de tradition. Le Derby, remporté l’an dernier par le Suisse Steve Guerdat avec Easy Star de Talma, reste l’une des épreuves les plus spectaculaires du concours.
Les cavaliers du CSI 1* ouvriront la journée avec le Prix La Baule Événements Palais des Congrès Atlantia, avant le Derby Laiterie de Montaigu à 15 heures. En soirée, à 19h15, Andy Booth, célèbre éducateur équin, proposera une masterclass très attendue des cavaliers amateurs. Les Villages exposants et partenaires, ainsi que le Village Bien-être du cheval, continueront d’accueillir le public avec animations, tables rondes et conférences.
Mais quoi qu’il arrive désormais dans ce week-end baulois, l’image de vendredi restera. Cette France victorieuse, cette foule debout, cette Marseillaise qui montait des tribunes, cette émotion partagée entre les cavaliers et le public. À La Baule, le cheval a parfois le pouvoir de suspendre le temps. Ce vendredi, il l’a fait magnifiquement.




