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À La Baule, Les Cimes Bleues ou la revanche tranquille des bâtisseurs

Certaines inaugurations relèvent du cocktail mondain, d’autres révèlent une époque. Celle de l’hôtel Les Cimes Bleues et du restaurant La Cabane Bauloise, jeudi 2 juillet à La Baule, appartient à la seconde catégorie. Non seulement parce qu’elle signe l’arrivée d’une nouvelle adresse dans une station qui n’en manque pourtant pas, mais parce qu’elle marque l’entrée officielle du groupe Giboire dans un métier délicat : l’hôtellerie. Avec La French Collection, le promoteur rennais, né il y a cent trois ans, ajoute une corde à son arc. Il ne s’agit plus seulement de concevoir, bâtir et conserver des murs, mais d’y faire vivre une âme. C’est tout le pari de cette marque hôtelière, pensée comme une collection de maisons françaises : des lieux enracinés dans leur territoire, où l’on revendique encore, Dieu merci, l’art de recevoir, les beaux matériaux, les bons produits et cette élégance un peu désinvolte qui fait que la France reste la France, malgré tout. Et La Baule n’est qu’un premier chapitre : dès décembre, Bârma, deuxième adresse de la collection, ouvrira à Courchevel La Tania, tandis que trois autres projets sont déjà à l’étude avancée et deux en réflexion. Rien d’une incursion isolée: une véritable stratégie de groupe, pensée pour durer.

À La Baule, l’hôtel Les Cimes Bleues, établissement quatre étoiles, s’inscrit dans cet esprit. La décoration confiée à Dorothée Delaye cherche ce juste milieu entre chic balnéaire et décontraction familiale. Une adresse sport chic, joyeuse, avec ce supplément d’âme que l’on ne décrète pas par communiqué. Sur la plage, à 100 m, le restaurant La Cabane Bauloise prolonge l’ambition : une table ouverte aux clients comme aux Baulois, avec 90 places en salle et 90 en terrasse.

On sourira d’ailleurs en se souvenant que le projet, comme souvent, eut ses opposants. Quelques réfractaires voulurent bloquer le permis de construire. Le scénario rappelle celui du Château des Tourelles, à Pornichet : hier contesté, aujourd’hui cité comme une valeur ajoutée. Ici aussi, les voisins semblent désormais unanimes. Le quartier y gagne. La municipalité de La Baule, par la voix de Franck Louvrier, a annoncé deux millions d’euros de travaux, notamment pour l’enfouissement des réseaux autour de l’hôtel. Comme quoi, parfois, le progrès commence par une pelleteuse et finit en paysage apaisé.

Il faut aussi saluer un choix essentiel : la direction confiée à Bastien Hervé, ancien du Castel Marie-Louise, homme réputé pour son professionnalisme, sa discrétion et cette qualité rare dans l’hôtellerie : savoir parler à tous les milieux. Dans une maison appelée à accueillir familles, habitués, visiteurs exigeants et riverains curieux, c’est plus qu’un atout, c’est une condition de réussite.

François Giboire et Olivier Biancarelli l’ont répété avec une modestie presque suspecte : en hôtellerie, ils savaient qu’ils ne savaient pas.

Reste le plus intéressant : l’histoire familiale. On connaît l’adage cruel : le père crée, le fils maintient, le petit-fils dilapide. Chez Giboire, la quatrième génération s’emploie à démentir ce vieux proverbe de notaire. François Giboire et Olivier Biancarelli l’ont répété avec une modestie presque suspecte : en hôtellerie, ils savaient qu’ils ne savaient pas. Méfions-nous des gens qui commencent ainsi, surtout quand, derrière la modestie affichée, se dessine déjà un portefeuille de sept adresses en projet. Francis Bouygues et Patrick Le Lay tenaient à peu près le même langage avant de faire de TF1 la première chaîne d’Europe. L’informaticien Maurice Lévy ne connaissait rien à la création publicitaire lorsque Marcel Bleustein-Blanchet lui confia Publicis ; il en fit un géant mondial.

Souhaitons donc à Giboire et Biancarelli de rejoindre, dans quelques années, cette galerie des duos bâtisseurs. Pourquoi ne pas rêver qu’on parle un jour d’eux comme on évoque Dubrule et Pélisson ? Après tout, les grandes aventures économiques françaises ont souvent commencé par une intuition simple : tenir ses promesses, respecter les lieux, et ne jamais prendre les clients pour des passants.

Yannick Urrien

Journaliste et rédacteur en chef de La Baule+

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