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À Saint-Molf, vingt reines piégées et peut-être 500 000 frelons évités !

Elle est petite, la commune de Saint-Molf. Moins de 3 000 habitants, une poignée de hameaux entre marais et bocage, sur le canton de Guérande. Mais face au frelon asiatique, elle n’a pas attendu les grands discours. Ce printemps, les services techniques ont mis en œuvre une opération de piégeage des fondatrices, ces reines qui, chaque année entre mars et mai, sortent de leur hibernation pour fonder de nouveaux nids. Bilan : une vingtaine de reines capturées, sur les huit pièges installés aux quatre coins du territoire.

Vingt reines. Le chiffre peut sembler modeste. Il ne l’est pas. Chaque fondatrice piégée représente potentiellement des milliers d’individus évités : la commune de Saint-Molf avance elle-même le chiffre de 500 000 frelons en moins. Ce calcul, certes théorique, s’appuie sur la biologie de l’espèce : une colonie de Vespa velutina peut compter plusieurs milliers d’individus, et une reine survivante peut à son tour générer plusieurs nids l’année suivante.

Une espèce invasive arrivée en France il y a vingt ans

Arrivé en France en 2004 – une seule fondatrice aurait suffi à l’introduction de l’espèce – le frelon asiatique n’a cessé depuis d’étendre son emprise. Redouté des apiculteurs, ce prédateur représente un risque réel pour la biodiversité et, dans certains cas, pour la santé humaine. En Loire-Atlantique, il est aujourd’hui implanté sur l’ensemble du département, presqu’île de Guérande comprise. Le piégeage des fondatrices s’étend généralement de mi-mars à mi-mai, dès que les températures dépassent 15°C pendant plusieurs jours. C’est la fenêtre de tir. Une fois passée, les colonies sont fondées, les nids primaires en construction et la partie devient infiniment plus difficile à gagner.

Une mobilisation collective, commune par commune

Saint-Molf a conduit cette opération en lien avec Cap Atlantique, la communauté d’agglomération Presqu’île de Guérande Atlantique, dans le cadre d’une approche territoriale coordonnée. Les huit pièges, signalés par un panneau et conçus pour éviter tout contact direct avec les frelons lors des manipulations, ont été relevés et comptabilisés par les agents des services techniques. Mais la commune n’a pas agi seule. Des particuliers se sont également mobilisés, posant leurs propres pièges à domicile. Leurs captures ne sont pas comptabilisées dans le bilan officiel, ce qui signifie que le résultat réel est sans doute supérieur aux chiffres communiqués.

Pour l’année prochaine, la mairie oriente les habitants vers les pièges sélectifs homologués, comme ceux fabriqués par un ESAT en Mayenne, disponibles pour une trentaine d’euros. Un investissement modeste au regard de l’enjeu. Les pièges bouteilles artisanaux, eux, sont formellement déconseillés : ils capturent des insectes utiles, voire protégés, et menacent la biodiversité.

Un plan national, enfin

L’action de Saint-Molf s’inscrit désormais dans un contexte national plus structuré. En mars 2026, le ministre délégué à la Transition écologique Mathieu Lefèvre a présenté un plan national de lutte contre le frelon asiatique, doté de 3 millions d’euros par an. Vingt ans après l’arrivée de l’espèce sur le territoire français, l’État commence à se doter de moyens à la hauteur du problème. En attendant les effets de ce plan, c’est au niveau communal que la bataille se joue, piège après piège, reine après reine. À Saint-Molf, le message est passé.

 

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