
Lundi midi, au pied de l’hôtel de ville, le maire de La Baule-Escoublac a répondu à l’appel de l’Association des maires de France. Il a condamné sans nuance les violences du week-end et ciblé l’extrême gauche, tout en reconnaissant la légitimité des colères sociales. Retour sur un discours et sur les événements qui l’ont provoqué.
La mobilisation du 17 octobre est née sur les réseaux sociaux début septembre, à l’initiative de la coordination des Gilets jaunes. Elle a ensuite été rejointe par des syndicats lycéens et étudiants, la CGT, Solidaires, la Confédération paysanne, La France insoumise et le Parti communiste. Le mot d’ordre, c’est la vie chère : carburant, énergie, alimentation. S’y ajoutent le manque de moyens dans l’éducation et la santé, et la contestation du projet de budget. Sur le nombre de manifestants, les chiffres divergent, comme toujours. Le ministère de l’Intérieur en compte 550 000, les organisateurs 800 000. Et dans l’immense majorité des cortèges, cela s’est bien passé. À Besançon, par exemple, plus de 5 000 personnes ont défilé sans le moindre incident.
Mais en fin de journée, le climat a basculé dans plusieurs villes. À Limoges, l’hôtel de ville, un bâtiment du XIXe siècle, a été incendié : le toit s’est effondré, les deux tiers de la façade ont disparu, et le préfet parle d’un « acte volontaire de casseurs ». À Marseille, plusieurs dizaines de personnes ont enfoncé la porte de la mairie et renversé un buste de Marianne. À Lille aussi, les entrées de la mairie ont été forcées. À Lyon, l’office de tourisme a brûlé. À Bordeaux, la résidence de la préfète a été saccagée. Et chez nous, en Loire-Atlantique, environ 20 000 personnes ont manifesté à Nantes, où des magasins ont été pillés en fin de journée. Le bilan national est lourd : près de 2 400 interpellations et près d’un millier de policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement. Côté commerce, on parle de plus de 2 000 boutiques touchées, selon le président de CCI France.
« Sonnés, sidérés et en colère »
C’est dans ce contexte que l’Association des maires de France a appelé les élus à se rassembler devant les mairies lundi midi. À La Baule, Franck Louvrier a pris la parole entouré de son conseil municipal. Il a commencé par ces mots : « Nous sommes sonnés, sidérés et en colère. » Le maire parle d’une « racaille organisée » dont la violence « a franchi un seuil inacceptable ». Et il fait une distinction qu’il faut souligner : ces violences ont eu lieu, je cite, « à l’occasion de manifestations qui, elles, dans l’ensemble, ont respecté l’ordre public ». C’est d’ailleurs aussi la ligne de l’AMF. Pour Franck Louvrier, ces casseurs « agissent sans exprimer aucune revendication » et « frappent en plein cœur nos libertés publiques ».
Il a exprimé sa solidarité avec les communes touchées, en citant Saint-Nazaire et Nantes, puis Limoges, Marseille, Lille, Bordeaux, Calais, Grenoble et Nice. Il a aussi salué les forces de l’ordre et les secours, en rappelant ce chiffre : « près d’un millier » de blessés. Ce chiffre correspond au dernier bilan officiel.
Une charge frontale contre l’extrême gauche
C’est là que le discours devient politique : « dans cette période électorale », dit-il, à six mois de la présidentielle. Franck Louvrier dénonce une « convergence désormais manifeste de l’extrême gauche avec ces voyous ». Il vise directement le leader de La France insoumise : ne pas condamner publiquement le slogan « les flics sont des bâtards », c’est selon lui « être complice de cette haine ». La question de la responsabilité de LFI est au cœur du débat national depuis samedi. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, accuse le mouvement de tolérer la violence. De son côté, Jean-Luc Mélenchon a condamné les pillages, mais il accuse le préfet de police d’avoir provoqué le désordre.
Le maire de La Baule évoque aussi, à Marseille, « 30 000 pilleurs » dénombrés selon lui par les services de l’État. Franck Louvrier met en cause certains élus qui utiliseraient des jeunes « comme de la chair à canon idéologique ». Et il ajoute la responsabilité de « parents démissionnaires ».
Le maire prend soin d’ajouter : « Le pire est que ces violences risquent de nous amener à ignorer la parole de notre jeunesse. » Selon lui, des revendications légitimes « doivent être entendues et recevoir des réponses ». Et il reconnaît que la colère sur la vie chère est « une réalité quotidienne ». Sa limite est claire : une violence qu’il qualifie de « quasi-insurrectionnelle » est inacceptable dans un État de droit. Sur les réponses, Franck Louvrier avance deux pistes concrètes pour « réarmer l’État ». D’abord, appliquer les lois anticasseurs. Ensuite, abaisser la majorité pénale.
Le maire a conclu sur le thème de la « majorité silencieuse » : « Même si nous semblons silencieux, nous sommes pourtant majoritaires dans ce pays. » Avec une seule revendication : « la priorité est désormais au rétablissement de l’ordre. » On retrouve d’ailleurs le même registre, mot pour mot, chez Jean-Claude Pelleteur à Pornichet.
La question, désormais, c’est la suite. La coordination des Gilets jaunes appelle à un « acte II » ce samedi 24 octobre, puis à une nouvelle journée le 31. Surtout, le 5 novembre, il y aura une journée nationale de grève et de manifestations, soutenue cette fois par la CFDT, la CGT, Force ouvrière, l’Unsa et la FSU. C’est là que l’on verra si le mouvement social parvient à se détacher de ses casseurs, ou si les maires devront de nouveau se rassembler devant leurs mairies.



