Novembre 2026 | 9 la baule+ télévision chinoise et que vous êtes donc un agent de propagande… Certains ont tendance à estimer que si l’autre ne pense pas comme eux, soit il est idiot, soit il s’agit d’un agent de propagande… Regardez ce qui se passe en France. Votre « politiquement correct » n’est-il pas un piège pour la liberté d’expression et la liberté tout court ? Dans le monde, il n’y a pas qu’une civilisation, il y a de nombreuses histoires et, tant que vous n’êtes pas dans la peau d’un Chinois, vous n’êtes pas en bonne place pour juger ce que peut penser un Chinois. Il est important de ne pas plaquer vos schémas sur la vie des autres. L’année dernière, un défilé sur la place Tian’anmen a attiré l’attention du monde entier, car il commémorait le 80e anniversaire de la victoire de la guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise. Pendant que les Français luttaient contre les nazis, à l’autre bout du monde, les Chinois luttaient contre les fascistes japonais. C’est quelque chose que nous devons commémorer et la Chine a beaucoup contribué sur ce front oriental. Or, en analysant tout cela en profondeur, j’ai été choquée de constater qu’en France, beaucoup de gens ignorent totalement cette histoire. Les manuels scolaires français sont sans doute lacunaires sur ce point, mais il faut regarder la réalité en face. Quand je suis arrivée en France comme étudiante, je faisais très attention à la manière de faire à la française, notamment au restaurant. J’observais ce que faisaient les Français. De la même façon, quand les Français viennent en Chine, ils doivent observer ce que font les Chinois pour pouvoir ensuite être adoptés par la société chinoise. Aujourd’hui, énormément d’entreprises françaises veulent profiter de notre grand pays de 1,4 milliard d’habitants. Avec certaines, les choses se passent bien ; avec d’autres, moins bien. J’ai entendu parler de Français qui se sont retrouvés dans des situations très délicates. Si vous arrivez en Chine avec des préjugés, les choses se passeront mal Est-ce parce que les Français entretiennent un prisme idéologique qu’ils se débrouillent parfois mal dans certains pays étrangers, notamment sur le plan professionnel ? Exactement. Je vais être directe. Quand on se considère toujours au-dessus des autres, on commet des erreurs. Quand on considère que la manière française est toujours la meilleure, on tombe automatiquement dans des pièges. Aujourd’hui, quand on évoque le rôle de Jacques Chirac en Chine, on considère qu’il a été un bon président. C’est la même chose pour Charles de Gaulle, car les Chinois ont été très marqués par sa personnalité. J’ai rencontré Jean-Pierre Raffarin et, avec mon œil de Chinoise, en observant son regard et ses gestes, on devine sa sincérité. C’est la même chose pour Jacques Chirac, qui avait une curiosité personnelle pour la Chine, ses bronzes, son histoire. C’est ce qui donnait de la substance à ses échanges avec ses interlocuteurs chinois. Ce qui compte, c’est la curiosité et le respect de l’histoire du pays. Chacun doit arriver vierge, c’est-àdire sans aucun préjugé. Si vous arrivez en Chine avec des préjugés, les choses se passeront mal. Il faut mettre son ego de côté, écouter et observer les autres. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai voulu devenir journaliste. J’aime comprendre ce qui se passe autour de moi et je trouve qu’il y a encore beaucoup d’injustice à l’égard de la Chine et de nombreux pays africains, qui ne parviennent pas encore pleinement à se faire entendre sur la scène internationale. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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