Juillet 2026 | 25 la baule+ thologie on a beaucoup travaillé. J’aurais repris toutes les chansons que j’aimais, j’aurais chanté et composé les chansons que je pouvais composer, et je suis content de boucler tout cela grâce à cette application. L’application « Obispo All Access » est essentielle, car elle m’a permis de me libérer de la contrainte d’un système qui oblige à faire un album tous les deux ans, ou tous les trois ans, alors que finalement j’en fais un chaque mois! Si l’on est passionné, il ne faut pas freiner la passion. Quand on a cette facilité, il est impossible de rester avec une maison de disques, surtout en ce moment, car on ne vend plus de disques et, en plus, on vous demande d’en faire un tous les deux ou trois ans, pour vous faire respirer… Je suis incapable de faire un album tous les deux ou trois ans, alors je m’amuse à faire des reprises, du jazz ou cette fanthologie. Dans ce métier, beaucoup croient savoir, j’entends souvent les juniors dire cela, mais en réalité on ne sait rien du tout. Quand on passe de Cabrel à Julien Clerc, en passant par Serge Lama, Gilbert Bécaud, Jacques Brel ou Georges Brassens, on s’aperçoit que l’on n’est rien. On s’aperçoit que l’on a eu beaucoup de chance de faire partie de cette famille de la chanson française et je suis heureux d’avoir écrit des chansons qui, j’espère, plairont dans quelque temps. La plupart du temps, elles sont chantées par d’autres, parce que je ne suis qu’un compositeur qui chante. Il y a « Reste-t-il du bonheur » avec Bénabar, qui ressemble un peu, dans le thème, à «Il faudrait que pleuve l’amour » avec Francis Cabrel. Il y a cette métaphore sur la météo, avec des âmes dans un monde en guerre, donc vous souhaitez que pleuve l’amour... N’est-ce pas une vision très triste ? C’est une bonne analyse, mais je ne vais pas faire un faux portrait du monde. En réalité, il y a moins de guerres qu’avant, alors que l’on croit qu’il y a beaucoup plus de guerres. Je suis parti en vacances et j’ai lu un livre passionnant, « Histoire de France », avec un résumé de toute l’histoire de France. Je me suis aperçu que cela a vraiment chauffé par moments. Il y a beaucoup de guerres; mais il y en a beaucoup moins que pendant certains siècles. On essaye d’être un peu photographe, on a envie de se suicider, mais avec une musique qui donne envie de pique-niquer. J’ai adoré le sketch de Jamel sur Stromae. J’ai toujours eu le désespoir optimiste... Mes chansons sont toujours optimistes quelque part, il y a toujours l’espoir que peut suggérer une mélodie. Au début, je faisais des chansons pop qui ne voulaient rien dire, mais on le faisait bien. Au fur et à mesure, on a fait des chansons un peu plus à texte et je me suis davantage rapproché de la littérature et de la poésie. Je lis beaucoup de livres et on a envie de faire des jolies phrases, on a envie que le fond soit profond, avec une vraie photographie de ce qui se passe aujourd’hui. On a des questions, des sentiments, des ressentiments, rarement des jugements, même jamais. Et jamais de condescendance ou de redressage de torts. Quand on écoute certains discours, c’est comme si l’on enlevait nos fondations pour que tout s’écroule Justement, votre duo avec Ycare s’intitule « Viens » et traite de l’immigration, un sujet sur lequel les Français n’apprécient plus les donneurs de leçons, mais c’est un message respectueux des opinions de chacun… La bienveillance. On n’est pas là pour diviser. Nous sommes des saltimbanques, des chanteurs qui prônent l’amour. Nous sommes des photographes de notre époque et, quand on arrive à durer un peu, mieux vaut être un bon photographe. Déjà, il faut avoir un peu de pellicule pour continuer de durer et, a priori, le public a décidé de me donner encore un peu de pellicule pour continuer. Ycare m’a dit que cette chanson était magnifiquement maladroite sur la forme. J’avais envie d’écrire à un copain pour lui dire, on a vraiment besoin de s’aimer en ce moment. On assiste déjà au démantèlement de la beauté un peu partout, à une sorte de reconstruction, on essaye de réécrire notre vie. Quand on écoute certains discours, c’est comme si l’on enlevait nos fondations pour que tout s’écroule. Je ne peux pas enlever les fondations sur lesquelles je me suis construit, que ce soit en musique, comme pour le reste, mais je ne parle jamais de politique. Donc, je chante et je dis : « Viens avec ta différence. » Quand j’ai fait une chanson avec Youssou N’Dour, c’était magnifique. Elle n’a pas du tout marché... Le clip est merveilleux, mais c’est une vraie chanson de liberté et d’humanité. (Suite page 26)
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