La Baule+

la baule+ 26 | Juillet 2026 Malheureusement, lemonde est en train de perdre toutes ces nuances. Les gens ne s’entendent plus. Tout devient manichéen. Alors que nous, les artistes, nous sommes nés avec « Touche pas à mon pote » et on a aimé se mélanger et partager. Je ne ferai jamais de politique, mais je prônerai toujours la bienveillance. J’ai appris la vie du petit Jésus et j’ai gardé mes cahiers. C’est notre culture Alors, si vous ne faites pas de politique, je pense que votre album est finalement très chrétien ! Je ne peux pas me passer de mes origines. J’ai fait trois comédies musicales sur la Bible. J’ai une croix accrochée à l’oreille, Johnny avait des croix partout, J’ai fait mon catéchisme, ma première communion, ma confirmation. J’ai appris la vie du petit Jésus et j’ai gardé mes cahiers. C’est notre culture. Je ne pourrai jamais rien changer à cela, puisque j’ai grandi ainsi. Maintenant si cela pose un problème à quelqu’un, ce n’est pas mon problème. Nous sommes certes dans un pays laïc, mais jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas d’églises laïques dans les villages. Ce sont des églises. Nous sommes nés avec cela. Je prône la bienveillance, je suis de la génération « Touche pas à mon pote », je ne me pose jamais la moindre question. En regardant les noms des artistes avec lesquels vous avez travaillé, je me suis fait la réflexion suivante : ils sont tous connus des jeunes de 20 ou 30 ans, alors que les acteurs de cinéma de cette génération ne leur sont pas aussi familiers. Par exemple, un jeune de 20 ans ne connaîtra pas Jean-Pierre Marielle, mais Michel Berger. Êtes-vous d’accord avec ce constat et, si c’est le cas, comment analysez-vous cela ? On peut mettre une chanson dans la maison, alors que c’est beaucoup plus compliqué pour un film. Il faut s’arrêter, il faut le partager. Les jeunes sont sur des plateformes comme Youtube ou Tik Tok et tous ces réseaux diaboliques, alors que la musique nous accompagne partout, même dans la voiture. On peut transmettre sans obliger quelqu’un à s’arrêter pour accepter la transmission. Les chansons sont dans l’air, c’est pour cela que l’on appelle justement cela des airs. Maintenant, ils connaissent Michel Berger sans doute plus que Jacques Brel ou Georges Brassens, mais ils devraient aussi connaître Lama ou Bécaud. Au premier, cela pourrait apparaître comme rébarbatif pour les jeunes, mais quand on met les mains dans le moteur, on s’aperçoit que Georges Brassens est incontestablement le plus grand mélodiste français. Il y a aussi la violence verbale magnifique de Léo Ferré... Personne n’empêche la jeunesse d’être curieuse et de se cultiver. Pour moi, l’information continue sur Instagram ou sur les réseaux, c’est bien. Au début, c’était pour rencontrer des gens ou découvrir des choses à l’autre bout du monde, mais cela peut aussi servir de livre d’histoire. Malheureusement, ce n’est plus la réelle fonction de ces réseaux. Maintenant, je fais presque de la musicologie, j’étudie les répertoires, les styles ou les voix, je suis un alien par rapport à tous ces mômes. Je suis curieux et j’ai aimé connaître tout ce qu’il y avait avant, notamment sur l’évolution de la musique. Avec l’intelligence artificielle, certains vont sur Suno, ils appuient sur un bouton et ils se prennent pour un chanteur. C’est toute la complexité de ce monde. Il y a cette immédiateté : on a envie que les choses aillent vite, même si elles sont fausses. C’est dommage. C’est comme si le sang n’alimentait plus notre cerveau. On perd des neurones sans le savoir. C’est toute la nourriture de l’esprit, c’est la culture, c’est une vraie nourriture intellectuelle, c’est ce qui nous fait comprendre aussi la philosophie. Si l’on n’apprend pas les différences, on ne peut pas comprendre la philosophie. La musique nous permet de comprendre à quel point nous sommes liés dans le monde. On dit parfois qu’il y aurait des similitudes entre les danses berbères et bretonnes. Certains perçoivent dans Fayrouz ou OumKalthoum des résonances avec la musique occidentale classique... Vous avez raison. Un jour, j’ai appelé Francis Cabrel. J’étais au bord de l’océan, j’écoutais l’une de ses chansons, « Hors-saison », et il m’a répondu que c’était le même océan. On fait partie du même monde, on fait partie d’une culture qui s’est mélangée dans l’eau de l’océan et il est vraiment dommage aujourd’hui d’être arrivés à ce point de non-retour que je n’espère pas. Mais nous sommes sur le radeau de la Méduse. Tout le monde se bouffe. Un jour, on se lèvera tel Marianne sur les barricades de nos incompréhensions et de notre manque de dialogue. Il y a des artistes qui se croient poètes, qui s’enferment dans leur suffisance et se forgent leur avis en fonction de la presse bien-pensante. Et puis il y a ceux qui s’efforcent d’être en permanence au contact du monde. Je me souviens de Michel Delpech, il observait le monde, les mains dans les poches, il fixait les gens quand on était au restaurant, il connaissait même le prix du ticket de métro... Vous savez, avant de vous répondre, je suis allé acheter mes tomates et mon poulet, et j’ai vidé mon caddie ! J’essaye d’observer le monde sans trop juger, mais en me questionnant, car c’est intéressant. Surtout, quand on juge, on ne provoque pas le dialogue ou la poignée de main, alors que la poignée de main vient toujours lorsque l’on dialogue. Mais je ne sais pas si l’on retrouvera ce monde. Propos recueillis par Yannick Urrien. Pascal Obispo : « Les jeunes sont sur des plateformes comme Youtube ou Tik Tok et tous ces réseaux diaboliques.»

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