La Baule+

la baule+ Juin 2023 // 27 Les plus anciens d’entre nous se souviennent peut-être d’un sketch de Fernand Raynaud dans lequel revenaient en boucle ces mots : « Ne me parlez pas de Grenoble ! Que des prétentieux ! ». Je ne pense pas que la généralisation du comique puisse être prise à la lettre. Il est vraisemblable que cette ville ne soit pas plus qu’une autre fertile en vaniteux. Ses habitants ont néanmoins le grand bonheur d’avoir à la tête de leur mairie un écologiste des plus éclairés qui pousse le bouchon de l’absurde jusqu’à avoir la prétention (nous y voilà) de ripoliner à fond notre calendrier. Nous aurions donc, après le calendrier julien et le grégorien, le calendrier piollien (pour ceux qui méconnaîtraient le farceur en question, précisons son nom : Éric Piolle.) Le sien de calendrier, s’inscrirait davantage dans la mouvance révolutionnaire de celui promulgué le 1er vendémiaire an 1, comprenez 22 septembre 1792, que dans la continuité des précédents que je viens d’évoquer. Il s’agit en fait tout simplement de faire disparaître les références à des fêtes chrétiennes. Citons Monsieur Piolle dans le texte, tant il est vrai qu’on ne se lasse jamais de rapporter ici les fulgurances des intelligences supérieures. «Supprimons les références aux fêtes religieuses dans notre calendrier républicain : déclarons fériées les fêtes laïques qui marquent notre attachement commun à la République, aux révolutions, à la Commune, à l’abolition de l’esclavage, aux droits des femmes ou des personnes LGBT. » Question : Monsieur Piolle se piquant d’écologie, aurait-il l’obligeance de nous exposer en quoi bidouiller le calendrier dans ce sens participerait si peu que ce soit au sauvetage de la planète ? En aucune façon, bien sûr. Et l’on voit bien, alors, que, pour le maire de Grenoble et ses semblables, l’écologie n’est que le faux-nez d’une entreprise autrement révolutionnaire de destruction de ce que nous sommes, de notre culture et de notre civilisation. Faut-il rappeler à ces furieux qu’au moins trois de ces fêtes, et non des moindres, étaient célébrées et chômées avant même d’être chrétiennes. Dans l’Empire romain, au temps de la Pax Romana, le 25 décembre on honorait Sol invictus - le soleil invaincu - qu’on vénérait également chaque dimanche comme il allait continuer à l’être sous l’ère chrétienne, devenant alors le dies dominicus, jour du seigneur et de repos, donc. La Toussaint, le Samain, était une fête très importante, sacrée au plus haut point, dans la culture celte. Le cours ordinaire de l’année se trouvait comme mis en suspens pour honorer les morts, les esprits. Quant à la fête de Pâques, on peut en dire qu’elle Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière La Saint Crétin est en bonne voie s’inscrit dans la continuité multimillénaire des célébrations du retour de la lumière et de la fertilité. Bref, de la résurrection. Donc ces fêtes ne sont pas seulement religieuses, elles sont éminemment patrimoniales. Comme le sont devenues les autres, Ascension, Pentecôte, Assomption… qui par un glissement similaire à celui évoqué pour les trois précédentes sont passées de la stricte signification religieuse au registre du patrimoine culturel commun. La République, la laïcité se les ont appropriées comme la chrétienté s’était en quelque sorte reconnue dans la sacralité païenne des célébrations d’avant elle. De plus, raison qui vaut ce qu’elle vaut, mais qui m’est chère, leur présence au calendrier n’a jamais empêché de dormir aucun des athées, même les plus ardents, que le Bon Dieu a bien voulu mettre sur mon chemin au cours de mon existence déjà longue. Et puis quoi ! Lors de ces fêtes les chrétiens commémorent, se recueillent, prient, les autres se la coulent douce et tout le monde est content. Personnellement, je tiens ce bel équilibre pour une des merveilles du pacte républicain. Notre Jacobin de Grenoble prône donc, à la place, l’instauration de fêtes marquant notre attachement à la République, aux révolutions, etc. Je préfère m’en tenir quant à moi à mon attachement à la France, mon pays, dont la longue et forte histoire n’a pas commencé avec la proclamation de la République, mais un bon millénaire plus tôt. Quant à l’attachement aux révolutions (au pluriel !) je dis chiche ! Faisons de l’anniversaire de la décapitation de Robespierre un jour férié chômé ! Je promets que chaque année le soir venu, j’irai perdre la mienne de tête dans des teufs phénoménales. Et pendant que nous y sommes, oui, allons-y gaiement ! Inscrivons au calendrier une saint Mao, une saint Pol Pot, et organisons une célébration grand format pour la Sainte Trinité : Lénine, Trotski, Staline ! Décidément, ne me parlez pas de Grenoble. Je veux dire de son maire. Audiard en parle infiniment mieux que nous ne le ferions : « Les cons, ça ose tout, disait-il. C’est même à ça qu’on les reconnaît. »

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