la baule+ Décembre 2023 // 37 bien être au courant de ce qui se passe dans le monde. L’humilité fait partie de l’intelligence Vous dites que l’époque n’est pas drôle, mais en 1870, en 1914 ou en 1940, ce ne l’était pas non plus… Vous prenez des exemples marquants. En 1940, c’était l’Occupation. Mais, dans les années 70, il y avait un climat d’insouciance. Il y avait beaucoup moins de guerres, c’étaient de belles années. Mes parents étaient commerçants et les choses marchaient bien. En termes d’immobilier, les taux de crédit étaient très hauts, mais on arrivait à se loger, et il y avait du travail. Certes, c’était la guerre froide, mais il n’y avait pas de grosses crises politiques, comme on le voit aujourd’hui avec la Russie. Dans mon domaine, la France produit environ 300 films, ce n’était pas le cas avant, il y en a toujours aussi peu qui marchent, mais c’est normal parce que le public ne va pas tous les jours au cinéma. Donc, le public a envie de se distraire, de voir des comédies, et c’est un art qui coûte relativement cher. Si vous allez au cinéma avec votre femme et vos enfants, avec l’envie d’aller manger une crêpe après, cela va vite. Donc, il est normal de sélectionner un bon film qui ne soit pas un navet. Les gens sont allés en masse voir « Intouchables » parce qu’on leur a dit qu’ils pouvaient y aller et qu’ils ne le regretteraient pas, peu importait leur condition sociale. Les gens se sont précipités et ils ont ensuite fait la promotion du film en disant que c’était formidable. J’ai rencontré des gens qui sont allés voir trois ou quatre fois le film. Mais c’est rare ! Pour un acteur, c’est vraiment une énorme chance. Le film est réussi parce qu’il est drôle, généreux et humain. Cela permet de renouer avec de grands films qui traversent le temps, comme « La Grande Vadrouille ». À l’époque, un film pouvait rester en salle pendant plusieurs mois. Maintenant, c’est seulement deux semaines. La période est anxiogène d’une manière générale, avec l’inflation, les guerres, le taux des crédits immobiliers... On est loin des années 80. La vie reste belle, pas pour tout le monde. Pour certains privilégiés, si l’on a un peu réussi et que l’on avance dans le temps, on peut en profiter. C’est plutôt mon cas. J’ai plutôt réussi ma vie professionnelle, ma vie amoureuse aussi, mais il faut rester modeste. L’humilité fait partie de l’intelligence. Mon père était prétentieux et il a loupé sa vie... Donc, quand j’étais petit, j’étais contre l’idée d’avoir une réponse à tout, parce que c’est idiot. C’est le doute qui fait avancer. (Suite page 38)
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