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la baule + Septembre 2021 // 9 étaient des Pachtounes qui étaient réfugiés dans les fameuses zones tribales si- tuées entre l’Afghanistan et le Pakistan, et ils rêvaient de conquérir la totalité de l’Afghanistan de manière à imposer la charia. Les Amé- ricains n’étaient pas contre. Ils ont proposé de s’arranger avec le gouvernement pa- kistanais, en leur proposant même de recevoir des camps d’entraînement pour les ta- libans et pour les miliciens arabes de Ben Laden. D’ail- leurs, Ben Laden a recruté de nombreux miliciens en Tunisie et en Algérie, et tous ces gens se sont retrouvés là-bas sous le contrôle relatif des services américains et ils ont attaqué en force l’Afgha- nistan à peine libéré des sol- dats russes. Les centaines de milliers de moudjahidines de Massoud étaient tous rentrés dans leurs provinces respectives, il n’y avait plus de front uni de la résistance puisque la paix était revenue et le gouvernement légal était reconnu par les Nations Unies. Les talibans ont pu recon- quérir l’Afghanistan, avec le soutien des services améri- cains, avec l’appui militaire très important du Pakistan, et Massoud est venu en Eu- rope demander un soutien matériel et diplomatique. Il ne demandait pas que les forces spéciales fran- çaises, britanniques ou alle- mandes interviennent avec ses moudjahidines, mais il avait besoin d’armes et d’un soutien diplomatique. Or, l’influence américaine était tellement forte que les gouvernements français successifs ont toujours re- fusé de considérer le com- mandant Massoud comme un interlocuteur privilégié, préférant dialoguer avec les ministres talibans, ce qui était scandaleux et ini- maginable. Donc, quand le commandant Massoud est venu à Paris en 2001, personne n’a voulu le rece- voir, à l’exception de Nicole Fontaine, présidente démo- crate-chrétienne du Parle- ment européen. Massoud avait les larmes aux yeux, parce qu’il ne comprenait pas que Paris n’accepte pas de dialoguer avec lui. On avait déjà le sentiment que quelque chose s’était brisé en lui. Les pakistanais s’occupent de tout On évoque très peu dans les médias institution- nels le rôle du Pakistan. Vous ne citez pas l’ISI (les services secrets pa- kistanais) dans votre livre, mais on devine que c’est l’ISI qui tire toutes les ficelles… Complètement. Les services américains ont cédé la main à leurs homologues pakistanais qui s’occupent de tout. Ils décident de quels types d’ar- mements et d’hélicoptères les talibans seront dotés, de la stratégie de soutien militaire aérien, mais aussi quel mi- nistre il faudra acheter… Ces gens ont joué avec les talibans comme on joue avec les pions d’un jeu d’échecs. (Suite page 10) Salvatore Lombardo : « Les talibans ont pu reconquérir l’Afghanistan, avec le soutien des services américains »

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