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la baule + 16 // Septembre 2021 La charité, c’est quelque chose qui nous change personnellement Votre réflexion nous ra- mène à l’Afghanistan. On nous répète qu’il faut donner le droit d’asile sans condition à tous ceux qui se di- ront persécutés par les talibans. Chaque fois qu’il y a un débat sur la question de l’asile, on observe sur les ré- seaux sociaux des com- mentaires qui font ré- férence au catholicisme en expliquant qu’il faut être charitable: « Vous vous dites chrétiens et vous refusez l’accueil des migrants, alors que nous sommes chrétiens et nous avons bonne conscience… » Qu’en pensez-vous ? C’est important d’accueillir, mais il faut bien accueillir, il faut être capable d’accueil- lir soi-même. La charité, c’est quelque chose qui nous change personnellement. Se contenter de dire comme un mantra qu’il faut accueillir, c’est se passer de toute ré- flexion. Prenez la parabole du bon Samaritain : le bon Sama- ritain de l’Évangile ren- contre son ennemi héré- ditaire, le juif blessé et à demi mort dans le fossé. Il passe au-dessus des caté- gories de l’époque. Il prend en pitié le juif qui, pourtant, devrait être son ennemi. Il le hisse sur son âne, il va l’hôtellerie la plus proche, il le confie à l’hôtelier moyen- nant finances... Donc, il a les moyens de sa politique. Il a agi personnellement en don- nant de ses deniers. Le Pape fait l’apologie de l’accueil à tout prix des immigrés, mais il n’a pas, que je sache, accueilli lui-même des immigrés au Vatican... Mais il a aussi calculé son risque en sachant combien il pouvait don- ner sans se mettre en danger lui-même… Voilà... Le Pape fait l’apolo- gie de l’accueil à tout prix des immigrés, mais il n’a pas, que je sache, accueilli lui- même des immigrés au Vati- can... C’est là où ce discours de la charité est un pur dis- cours et, tant que le discours ne se transforme pas en acte raisonnable, il ne sert à rien. Ce sont des incantations, qui paraissent spirituelles, qui peuvent paraître religieuses, mais qui ne sont rien tant que l’on ne s’est pas heurté aux difficultés du terrain et à la prudence que le terrain nous intime d’avoir. On doit se faire vacciner, non seulement pour soi, mais aussi pour les gens à côté desquels on vit, et pour son pays aussi... Évoquons maintenant la crise sanitaire. On n’a jamais autant parlé de la mort à la télévision depuis presque deux ans et, paradoxalement, on n’a jamais aussi peu parlé de spiritualité. Le monde occidental a peut-être oublié la vie au moment des confi- nements. Comment vi- vez-vous cette période ? Je vais commencer par la fin, en abordant la polé- mique sur le vaccin et le pass sanitaire pour clarifier ma position. Le vaccin est absolument indispensable. Je pensais même que l’État le rendrait obligatoire. Il y a une forme d’hypocrisie de l’État à ne pas le rendre obli- gatoire, si le vaccin est bon, comme on nous le dit. Peut-être que l’État veut évi- ter d’avoir à payer des dom- mages et intérêts à tel ou tel vacciné qui n’aurait pas supporté le vaccin... Il y a toujours des exceptions et il faut les prendre en compte. J’ai un confrère qui me dit qu’il ne peut pas se faire vacciner, de l’avis même de la faculté. J’imagine qu’il prendrait un risque vital en se faisant vacciner et que l’État n’a pas envie d’en- dosser les échecs du vaccin, donc il ne rend pas le vaccin obligatoire. Néanmoins, se faire vacciner est obligatoire pour vivre. Je crois que c’est une bonne chose, parce que le vaccin évite les formes graves et limite la contami- nation. Donc, on doit se faire vacciner, non seulement pour soi, mais aussi pour les gens à côté desquels on vit, et pour son pays aussi, puisque le vaccin permet à l’économie française de re- démarrer. Personnellement, je suis pour le vaccin. Je suis beau- coup plus réservé sur le pass sanitaire, qui est une forme d’enrégimentement. Quand on prend le train, on nous met des bracelets bleus et on ne peut pas aller prendre un café en terrasse, donc en ex- térieur, sans avoir à montrer son pass sanitaire... Il y a là une limitation de nos liber- tés qui ne peut être que pro- visoire. Il est à craindre que ce provisoire ne dure long- temps, parce qu’éradiquer le virus relève de l’utopie. Le virus est là, on doit tous être immunisés. Il est heureu- sement de moins en moins grave au fur et à mesure des variants. Je pense que l’idéal serait que nous soyons tous immunisés et que nous n’ayons plus recours à ces mesures de surveillance et d’organisation du parc hu- main. On est gouverné exac- tement de la même façon en France et en Italie. Il n’y a pas de différences dans cet ordre mondial et nos élites peuvent avoir la tentation de pérenniser cet ordre mondial et d’organi- ser la surveillance du parc humain. Je pense à Michel Foucault qui voyait la poli- tique, non plus comme la re- cherche d’un bien commun ou d’un idéal commun, mais comme un contrôle général que l’on peut résumer par le titre de son livre « Surveiller et punir ». Si le pass sani- taire devait s’installer dans nos vies, même pour des motifs apparemment justes de santé publique, ce serait extrêmement grave. En tant que prêtre, j’ai le devoir de défendre la liberté Cela signifie que le re- ligieux que vous êtes aurait son mot à dire si ce pass sanitaire de- vait évoluer comme une sorte de pass fiscal ou social… C’est exactement le crédit social chinois : tous les ci- toyens sont notés. Vous avez entre 300 et 900 points. Si vous avez 900 points, on vous fait des cadeaux, on vous favorise. Si vous avez 300 points, vous êtes en danger d’exclusion de la so- ciété. On peut perdre des points pour les raisons les plus variées. Avoir un chien, par exemple, c’est perdre des points, parce que le chien est inutile... Je crains que ce crédit so- cial chinois ne fascine nos élites et trouve des équi- valents à travers tous les pass sanitaires qui circulent en Occident. Je parle, non pas seulement en tant que citoyen, mais en tant que prêtre, parce que, en tant que prêtre, j’ai le devoir de défendre la liberté. La liber- té, c’est ce qui nous mène à la foi, il n’y a pas de foi sans liberté. Donc, défendre la li- berté est quelque chose d’ex- trêmement important. C’est une question beaucoup plus spirituelle qu’on pourrait le penser. Il faut favoriser la liberté pour ne pas tomber dans le «surveiller et punir» Enfin, le positif, c’est cette nouvelle vie des citadins à la campagne. Vous remarquez que de plus en plus de gens habitent toute l’année chez vous à Quimiac et vous constatez la même chose à La Baule. Com- ment analysez-vous cette évolution des mo- des de vie ? En plus, Paris est de plus en plus sale, c’est une ville de plus en plus contraignante et, que les gens puissent se donner les moyens, grâce au télétravail, d’aller vivre à la campagne, cela fait partie de cette quête de liberté que j’évoquais à l’instant. Les gens sont contents de retrouver des racines, de ne plus être esclaves de la grande ville et d’avoir un es- pace à eux. Le prix du mètre carré sur la presqu’île est sans équivalent avec celui de Paris. Donc, on vit mieux en province et les progrès de la communication, avec Inter- net, permettent aux gens de travailler à distance. Je me suis permis d’avertir sur la perte de liberté que représente le pass sanitaire, mais je pense aussi que notre civilisation porte en elle des virtualités de libé- ration très importantes et, plus cette libération sera ef- fective, plus, effectivement, on aura un développement des techniques d’asservis- sement. C’est sans doute la problématique politique de l’avenir. Il faut favoriser la liberté pour ne pas tomber dans le « surveiller et pu- nir» à la Michel Foucault. Propos recueillis par Yannick Urrien. Abbé Guillaume de Tanoüarn : « Nos élites peuvent avoir la tentation de pérenniser cet ordre mondial et d’organiser la surveillance du parc humain... » La Baule+ : Fabienne Brasseur au 06 08 80 39 55 ou fabienne@labauleplus.fr Kernews : Cyrille Morice au 06 87 75 09 50 ou cyrille@kernews.com la baule + Commerçants, artisans : vos contacts pour vos campagnes publicitaires

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