La Baule+

la baule + Septembre 2021 // 15 puisqu’il a été perpétré par un Rwandais… Le Rwanda est l’un des pays les plus catholiques du monde… Cet homme était le pré- sumé incendiaire de la cathédrale de Nantes. Quelle a été votre réac- tion en apprenant que le père Maire avait héber- gé ce Rwandais ? Le père Maire est un héros ou un abuseur de charité. Accueillir l’incendiaire de la cathédrale de Nantes dans une congrégation religieuse, c’était un défi extraordi- naire. Je ne suis pas sûr que les commanditaires du père Maire - parce que je ne pense pas que le père Maire ait agi de sa propre initiative sur un sujet aussi grave, il avait au-dessus de lui des com- manditaires - je ne suis pas certain que ses commandi- taires aient pris la mesure de la gravité de cette décision. La charité ne peut pas être vue uniquement comme cette obligation d’accueil Qu’entendez-vous par commanditaires ? S’agit-il de la hiérarchie religieuse du pèreMaire ou de la préfecture ? Je parle des religieux. Le père Maire n’a pas pu prendre seul une décision semblable et on lui a de- mandé, comme un service, de recueillir cette personne qui, après avoir totalement incendié le buffet d’orgue de la cathédrale de Nantes, était quand même considé- rée comme dangereuse. La question est de savoir si la charité nous oblige à ces actes dangereux et si la cha- rité est un but en soi. Faut-il agir avec charité sans discri- mination, sans réflexion, et sans prudence ? Je n’attaque pas les personnes et, encore une fois, le père Maire est sans doute un héros et peut- être unmartyr, mais je pense que la charité ne peut pas être vue uniquement comme cette obligation d’accueil, quel que soit le danger. La charité ne va pas sans la prudence, comme dit Sainte Catherine de Sienne dans son dialogue. Cette grande mystique dominicaine nous rappelle le réalisme de la charité en disant que la cha- rité sans la prudence ne sert à rien. Il ne s’agit pas d’aimer pour aimer, il ne s’agit pas d’accueillir pour accueillir. Il s’agit de faire le bien et ce n’est pas possible sans une réflexion. Nous sommes des animaux plus ou moins rai- sonnables, mais le bien que nous faisons, c’est toujours en partie par la raison que nous le faisons. Une charité qui ne tiendrait pas compte de la raison serait une cha- rité complètement échevelée et aboutirait à des réalisa- tions qui seraient le contraire de la charité. La charité fait le bien. J’ai trouvé cela dans Dante. Il est né à Florence et je viens de faire ce voyage à Florence un peu avec Dante. Il insiste sur le fait que la charité fait le bien. La cha- rité n’est pas suicidaire. On a l’impression que certains chrétiens veulent pratiquer la charité au détriment d’eux- mêmes, mais ce n’est pas du tout le sens de l’invitation du Christ. L’invitation du Christ, c’est de faire le bien, ou por- ter du fruit - pour reprendre cette formule évangélique - par amour. Pour porter du fruit, il faut un minimum de réflexion et l’animal humain n’est pas capable de porter du fruit en tant qu’animal. Il porte du fruit parce qu’il réfléchit au bien qu’il peut faire. À cet égard, je crois que la charité n’est pas dans des excès furieux que l’on peut nous présenter. Elle n’est pas suicidaire : être charitable, c’est prendre un risque. Donc, ce risque doit être cal- culé et mesuré et, si le risque est trop important, il faut s’en abstenir. (Suite page 16) « On a l’impression que certains chrétiens veulent pratiquer la charité au détriment d’eux-mêmes, mais ce n’est pas du tout le sens de l’invitation du Christ. »

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