La Baule+

la baule + 20 // Octobre 2021 People ► L’humoriste qui bat les records de ventes et qui joue à guichets fermés en représentation à La Baule La Baule + : On a le sen- timent que pour chaque nouveau spectacle, vous travaillez en profon- deur un thème proche de l’actualité et, cette fois-ci, c’est la santé… Jérémy Ferrari : Effec- tivement, je fais toujours des spectacles à thème. J’ai commencé mon premier spectacle sur la religion. En- suite, le terrorisme et la géo- politique. Cette fois-ci, c’est la santé. Malheureusement, je suis toujours tristement l’actualité. Mon premier spectacle « Hallelujah bor- del ! » est arrivé en pleine crise communautaire. En- suite, lorsque mon spectacle sur le terrorisme est sorti, il y a eu l’affaire du Bataclan. Quand j’ai écrit le spectacle « Anesthésie générale », nous étions en pleine grève des urgences. C’était juste avant la Covid, puis il y a eu la pandémie. Chaque fois que j’écris un spectacle sur un thème, il y a un drame qui intervient autour de ce thème ! Tous mes spec- tacles sont extrêmement sourcés, avec toujours près de deux ans de recherches. Pour la santé, c’est un peu différent, puisque la moitié du spectacle est réellement documentée. Comme j’ai pu le faire pour mes spec- tacles précédents, j’ai pris des cours. J’ai rencontré le personnel soignant, je suis allé voir des gardes de nuit dans des hôpitaux, et il y a une autre partie plus per- sonnelle, puisque j’ai décidé de parler de mes soucis, no- tamment de mes problèmes d’alcool. J’ai fait une tenta- tive de suicide et une cure de désintoxication, ce sont des choses que les gens ne savent pas. Il était important d’en parler, parce que je ne pouvais pas écrire un spec- tacle sur la santé en étant to- talement honnête, sans par- ler de mes soucis. J’évoque le système de santé avec toutes ses failles, j’évoque évidemment l’actualité de la Covid, et il y a une partie sur mes problèmes, toujours en étant dans l’humour corrosif et la provocation. Je n’ai jamais été censuré, même si parfois il faut se battre Vous vous inscrivez dans la lignée des Co- luche ou Pierre Des- proges à travers votre sens de la provocation. Aujourd’hui, avec la crétinerie ambiante, il faut être un équilibriste pour faire comprendre aux gens que c’est sim- plement de l’humour… C’est une question sur la- quelle je pourrais changer d’avis du jour au lende- main... Je pense qu’il existe encore une liberté d’expres- sion en France aujourd’hui. J’ai une émission de télé- vision, j’ai mes spectacles, je n’ai jamais été censuré, même si parfois il faut se battre. Je suis aussi pro- ducteur d’artistes et je vois bien qu’il faut parfois se battre pour imposer quelque chose. Mais cela a toujours existé. On a tendance à dire que l’on ne peut plus dire aujourd’hui ce que l’on pou- vait dire avant et je ne suis pas forcément d’accord. D’abord, cela signifierait que les humoristes d’aujourd’hui sont des gens lisses : ce n’est pas vrai, j’en suis la preuve et je rappelle que les hu- moristes devaient aussi se battre contre la censure il y a quelques décennies : Co- luche s’est fait virer d’Eu- rope 1 à l’époque... Donc, il a toujours fallu se battre pour conserver sa liberté d’expression. Il ne faut pas confondre la liberté d’ex- pression et la critique, on confond beaucoup le fait de se faire critiquer sur Twitter et être censuré. Quand on dit que l’on ne peut plus rien dire, cela signifie-t-il que l’on est censuré, coupé ou critiqué sur Twitter ? On a donné la possibilité aux gens de s’exprimer via les réseaux sociaux, parfois certains en usent, mais je crois aussi qu’il y a un vrai problème auprès des journalistes qui accordent du crédit à des comptes de gens que l’on ne connaît pas. Parfois, c’est de la manipulation, puisque l’on sait très bien qu’il est très facile de créer des cen- taines de faux comptes et de générer un faux buzz. C’est un problème général. Il suf- fit qu’un mec dise quelque chose sur Internet, si le gars a 2 000 abonnés, vous avez une quarantaine de per- sonnes qui commencent à dire la même chose et, si vous avez le malheur de ré- pondre à l’un d’eux, vous avez un journaliste qui parle de polémique… Ensuite, vous avez 15 prétendus jour- nalistes qui reprennent le même article et vous vous retrouvez avec plus d’ar- ticles disant qu’il y a une po- lémique, que de gens qui ont participé à cette polémique. Je pense que les gens sont très intelligents, j’en suis convaincu. C’est pour cette raison que si vous mettez dans la balance le nombre de polémiques dont on vous a parlé et les conséquences réelles de ces polémiques, vous allez voir qu’il y a beau- coup de polémiques qui n’en étaient pas. Maintenant, c’est vrai, il faut se battre, se- lon les moments. Tout n’est pas simple à dire, mais on y arrive. Je suis dans la provocation Vous avez des phrases cultespartagéespar toute une génération de tren- tenaires ou de quadras, comme lorsque vous évoquez « des pédés en claquettes devant une ca- serne enYougoslavie ! » Un moment, dans le spec- tacle sur l’homéopathie, il y a cette phrase : « Ah, ils se faisaient matraquer la gueule, on aurait cru des pé- dés en claquettes devant une caserne en Yougoslavie!» Après, il y aura toujours des gens pour dire que cela va trop loin… Cela fait partie du jeu. Je sais très bien que je suis polémique et que je suis dans la provocation. Je pense que 99 % des gens comprennent que c’est de la dénonciation et que tout cela est fait pour réunir les gens. Jérémy Ferrari : « L’humour doit être à la hauteur de la violence de ce monde. » À 36 ans, Jérémy Ferrari est aujourd’hui l’un des humoristes les plus po- pulaires en France : 300 000 spectateurs en salles, spectacle de l’année, record de ventes en 2017 et tournées à guichets fer- més en France, en Suisse, en Belgique, au Québec et aux USA. Pour son nouveau spectacle, inti- tulé «Anesthésie générale », un nouveau record a été battu avec plus de 100 000 places vendues en quelques semaines sans pro- motion médiatique. Il sera le 7 novembre prochain à La Baule, mais là aussi, tout est déjà com- plet… Il sera notamment du 13 au 17 avril et du 20 au 24 avril à Paris (Folies Bergère) puis le 16 no- vembre 2022 à Nantes (Zénith) et le 25 novembre 2022 à Rennes (Le Liberté). Jérémy Ferrari bouscule le politiquement correct avec un humour à la manière de Jean Yanne, Coluche ou Pierre Desproges et c’est dans l’air du temps, notamment auprès des jeunes générations. Jérémy Ferrari a la réputation de refuser de nombreuses interviews dans les médias, il a toutefois ac- cepté de répondre aux questions de Yannick Urrien pour Kernews et La Baule +. Photo : Laura Gilli

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