La Baule+
la baule + Octobre 2021 // 21 Vous vous moquez vrai- ment de tout le monde sans exception… C’est obligatoire : si je ne le fais pas pour tout le monde, cela veut dire que je prends parti. Vous savez, j’insulte régulièrement ma mère dans mon spectacle en la traitant de pute. C’est une manière de dire que même ma propre mère, je ne la respecte pas sur scène... C’est aussi une manière de respecter tout le monde, car si j’en arrive à in- sulter ma mère, c’est que rien n’est à prendre au sérieux et que tout est au second degré. On va parfois reprocher à un humoriste d’être engagé en faisant un sketch un peu pro- vocateur, mais s’il parle de ce thème, c’est qu’il a envie de dénoncer quelque chose. On ne va pas reprocher à un humoriste lisse de faire des sketchs sur les radars auto- matiques pendant toute sa carrière, alors qu’il se passe des drames en France et qu’il ne se servira jamais de sa voix et de sa notoriété pour en parler, mais on va repro- cher à un humoriste de faire des sketchs engagés alors que, précisément, le but du sketch est de dénoncer des choses. J’ai la chance de pas- ser entre les mailles du filet de tout ça. Je suis là depuis dix ans, il n’y a jamais eu aucune polémique réelle et je ne prête plus du tout at- tention à cela. Après, il faut accepter la critique. J’ai dé- cidé de me mettre en avant en faisant des sketchs très provocateurs, très insultants et très virulents. Donc, il faut accepter aussi que de temps en temps on se fasse traiter de connard ! Vous êtes né à Charle- ville-Mézières : vous ironisez souvent sur les Ardennes… Je viens d’un milieu où il n’y avait pas de chichis. Je suis un vrai terrien. Mes parents étaient commerçants, c’est un milieu plutôt modeste, donc l’humour consistait à se moquer de tout le monde. Cela faisait partie de notre quotidien. Quand je suis arri- vé à Paris en faisant mes pre- mières blagues, je n’avais pas conscience que l’on allait ap- peler cela de la provocation ou de l’humour noir. Pour moi, c’était le seul humour qui existait sur cette terre. Les gens pratiquent l’humour noir au quotidien L’humour consiste très souvent à se moquer de quelqu’un en le carica- turant… Oui, regardons l’humour dans notre vie quotidienne. Dans la vie, on se moque et on se taquine. Si quelqu’un tombe, on se moque. Les gens pratiquent l’humour noir au quotidien : on se moque d’un copain qui s’est fait larguer, on se moque d’une copine qui n’a pas le mec qu’elle voulait… L’hu- mour doit libérer quelque chose. Surtout, l’humour doit être à la hauteur de la violence de ce monde. On me dit beaucoup que mon humour est très virulent et le dernier spectacle est justement très costaud. Ce monde est extrêmement violent et je suis obligé de me mettre à la hauteur de la violence de ce monde. Quand j’ai démarré ma car- rière, certains me disaient que ce que je faisais ne se- rait jamais populaire. Je ne comprenais même pas ce terme. Je n’avais pas com- pris que certains scindaient le public entre populaire et élitiste… Finalement, ces gens se sont trompés en me prédisant des salles de 300 places… (Suite page 22)
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