La Baule+
la baule + 18 // Octobre 2021 LaBaule+ : Vousabordez la mer et les océans sous l’angle des mythes et des croyances, mais égale- ment dans leur contexte historique. Commençons par Moïse qui traverse la mer Rouge : les re- cherches que vous avez menées vous permettent d’apporter une explica- tion de ce qui aurait pu se passer… Dominique Le Brun : C’est une réalité pour cer- tains, une légende pour les autres... Mais en définitive, la réalité se trouve peut- être à mi-chemin puisque je présente les dernières ré- flexions sur la question : il se pourrait qu’il y ait eu un phénomène météorologique local qui aurait inspiré cet épisode de la Bible. Cela ne remettra pas en cause les convictions des croyants, qui diront que Dieu a amené ce phénomène météorolo- gique au bon moment… Totalement ! Il ne faut ja- mais se refuser à admettre ce qui se trouve aux confins de l’immanent, c’est-à-dire l’in- tervention divine. D’abord, parlons de ce qui ne s’est pas Marine ► Les secrets et les légendes de la mer Dominique Le Brun : « Le réchauffement climatique pourrait aboutir à un climat plus rude. » D ominique Le Brun est journaliste, Écrivain de Marine et auteur de plu- sieurs ouvrages sur les grands explo- rateurs, la littérature maritime et l’histoire de la navigation. Dans son dernier livre, il envisage la mer et les océans à la fois sous l’angle des mythes et des croyances, mais aussi dans leurs dimensions historiques, culturelles et scientifiques. « Les secrets de la mer » de Dominique Le Brun est publié aux Éditions Vuibert. passé : ils ne sont pas arri- vés sur une plage à la sortie d’un canyon, en trouvant un chemin entre la mer, ils s’en- gagent, puis la mer revient et noie les chars de Pharaon… Certains affirmaient que l’on avait même retrouvé des restes de chars. Mais tout cela est une plaisanterie. En réalité, on a observé, sur un bras du Nil, qu’il y avait un phénomène avec du vent qui était capable de repousser la mer de quelques mètres en laissant un passage qui n’existait pas. C’est d’autant plus vraisemblable que c’est un phénomène que nous connaissons sur nos côtes avec les marées et, selon la pression atmosphérique, la mer monte plus ou moins. On se rend bien compte que ce phénomène n’est donc pas miraculeux. Remontons plus loin avec l’arche de Noé. Qu’en est-il réellement ? C’est dans la Bible que l’on trouve des indications très précises sur l’arche de Noé, avec sa longueur, sa largeur et sa conception. La seule inconnue, c’est l’unité de mesure car on ne sait pas de quelles coudées il s’agit, mais ce sont quelques cen- timètres. Donc, on a quand même une vision et cela nous permet de comprendre que l’ami Noé nous a construit un bateau magnifique qui était capable d’embarquer beaucoup de choses. Il est vraisemblable que le mythe de l’arche de Noé remonte à bien plus avant que la Bible et qu’il provienne d’autres civilisations, mais c’est une histoire que je trouve abso- lument merveilleuse. Vous parlez de mythe, mais personne ne peut prouver l’inverse… C’est exact. En revanche, l’échouage sur le mont Ara- rat est une invention qui est venue très longtemps après: quelqu’un a voulu ajouter une précision géographique pour que l’histoire soit plus crédible. En réalité, cela ne figure pas dans le mythe d’origine. Ulysse décrit très exactement la navigation que l’on ferait si l’on naviguait entre les Baléares et la Grèce Le voyage d’Ulysse fas- cine toujours autant les navigateurs et certains essayent même de le re- constituer… C’est passionnant ! Nous avons dans le texte des in- dications d’une précision confondante, notamment la description du port de Bo- nifacio, que l’on retrouve dans cette histoire invrai- semblable, avec ce géant qui ne possède qu’un seul œil, et aussi la grande navigation d’Ulysse qui traverse la Mé- diterranée avec la constel- lation de la Grande Ourse sur la gauche. Il décrit très exactement la navigation que l’on ferait si l’on navi- guait entre les Baléares et la Grèce. Je me suis amusé à retracer différents scéna- rios, en considérant diverses vitesses possibles, en ana- lysant les distances et les lieux... Or, cela fonctionne assez bien. Le voyage d’Ulysse, c’est aussi les premières cartes marines codées… C’est une théorie que beau- coup défendent et je m’y range assez volontiers. C’est la description des routes maritimes. Il y a toujours eu chez les navigateurs, lors- qu’ils arrivaient quelque part, le souci de pouvoir y retourner, ou que d’autres y aillent, étant entendu que la notion de cartes est une construction intellectuelle qui n’était pas du tout évi- dente et qui a mis un certain temps à arriver. Finalement, l’homme a toujours essayé de navi- guer… Pour se déplacer, aller sur l’eau était souvent la solu- tion la plus simple. Si vous décidez de longer un cours d’eau, vous vous rendez bien compte qu’il est plus facile d’être emporté par le cours de l’eau, que de marcher sur la berge. Donc, on a toujours cherché le moyen de se faire emporter… Sur la mer, c’est différent, c’est plus fasci- nant, cela a dû se faire plus progressivement. Et, au- jourd’hui, on fait le tour du monde comme on veut. Aujourd’hui, il faut des bouées, des gilets de sauvetage, une radio,
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