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la baule + 16 // Octobre 2021 Vous consacrez un cha- pitre à la fabrique de l’homme digital, qui se partage entre travail et consommation, et vous prédisez la fin de l’homme si l’on ne corrige pas cette dérive. Dans quelques années, il se comportera comme un robot pour aller travailler et consommer, et il passera le reste de son temps sur les réseaux sociaux, sous contrôle complet. L’esclave sous l’Empire romain n’était-il pas plus libre que ce que risque de devenir l’homme dans 20 ou 30 ans, si l’on ne corrige pas cela ? C’est tout à fait probable. L’es- clave dans l’Empire romain a pu être touché par le christia- nisme qui venait d’arriver et, tout esclave qu’il était, par le simple fait de l’expansion du christianisme, onvoit qu’il avait une conscience et une liberté intérieure. Esclave sous l’Em- pire romain, effectivement, ce n’est pas la même chose qu’es- clave au temps de la traite des Noirs. D’ailleurs, l’homme de demain sera peut-être en régression par rapport à cet exemple d’esclave sous l’Em- pire romain car, en évoquant l’existence de la conscience, il faut bien comprendre que c’est quelque chose qui n’existera plus, si l’on continue dans cette logique anti humaine qui est la nôtre aujourd’hui. Je pré- pare un livre qui s’appellera « L’abolition de l’âme » et votre réflexion sur l’esclave de l’Em- pire romain comparé à ce dans quoi nous sommes peut-être malheureusement engagés, c’est exactement cela. Le mot âme, qui était sans doute l’un des mots les plus fréquents dans la philosophie, a com- plètement disparu. Je pense aussi au philosophe Epictète qui était un esclave. Il était socialement esclave et, d’ail- leurs, dans son manuel il y a des choses assez violentes qui se passent avec son maître. Il conquiert sa liberté en faisant la différence entre ce qui dé- pend de lui et ce qui ne dépend pas de lui, en s’étant aperçu qu’il n’avait de l’emprise que sur ce qui dépendait de lui. C’est le stoïcisme. Par exemple, son maître le tape jusqu’à lui briser la jambe et la réponse d’Epictète est la suivante : «Tu peux me briser la jambe si tu veux, mais tu ne pourras pas me briser dans ma liberté. Les maux sur mon corps, dont tu seras le responsable, je n’y suis pour rien. » La conscience et la liberté pouvaient apparte- nir à l’esclave dans l’Antiquité grecque et romaine alors que, en ce qui concerne l’homme dans une vingtaine d’années, ce sera moins évident. Propos recueillis par Yannick Urrien. Robert Redeker : « L’homme de demain sera peut-être en régression par rapport à cet exemple d’esclave sous l’Empire romain. »

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