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la baule + 12 // Novembre 2021 Politique ► Le secrétaire général de l’Association des maires de France et candidat à la présidence de l’association est aussi résident secondaire baulois Philippe Laurent, maire de Sceaux : « Le modèle communal est efficace et moderne. » P hilippe Laurent, maire UDI de Sceaux (Hauts-de-Seine), est ac- tuellement secrétaire général de l’Association des maires de France (AMF) et il s’est porté candidat à la présidence de cette structure, qui est la principale association d’élus locaux en France. En concurrence avec David Lis- nard, maire LR de Cannes, l’élu propose de faire de l’AMF un outil de rassemble- ment et non de confrontation. Il vient de publier un ouvrage sur la décentra- lisation, intitulé « Maire de toutes les batailles ». Philippe Laurent connaît bien la presqu’île puisqu’il est résident secondaire baulois. « Maires de toutes les batailles : En finir avec l’hypocrisie décentralisatrice. » de Philippe Laurent est publié aux Éditions de l’Aube. La Baule+ : Cette élec- tion à la présidence de l’Association des maires de France semble être particulière cette fois- ci, car le rôle des com- munes ne s’est jamais autant inscrit au centre des débats que depuis la crise sanitaire, avec la notion de subsidiari- té: c’est-à-dire que lors- qu’une décision peut être prise en bas, donc à l’échelon communal, l’efficacité est toujours plus forte que lorsque cela vient du haut… Sommes-nous à un tournant dans l’analyse du rôle de ces différents échelons ? Philippe Laurent : Nous sommes en effet à une forme de tournant, parce qu’il y a eu une progression de la décen- tralisation à la fin des années 70 - cela remonte même à 1969, au moment où le Géné- ral de Gaulle avait lancé son référendum - avec une prise de conscience au plus haut niveau sur le fait de confier davantage de responsabili- tés aux collectivités locales. Cela s’est développé jusqu’au milieu des années 2000. Et à partir de ce moment-là, en raison de la crise financière, la haute administration a re- pris la main. Les politiques qui se sont succédé ont frei- né ce mouvement de recen- tralisation, sans réussir à le stopper. Quant à Emmanuel Macron, il ne l’a pas freiné, parce qu’il ne comprend pas comment cela fonctionne. Ce n’est pas politique, c’est vrai- ment culturel. Nous sommes arrivés à un moment où il y a une rupture de confiance entre la haute administration et les collectivités locales. Pa- rallèlement à cela, les maires ont montré que leurs actions étaient bénéfiques pour le quotidien de leurs conci- toyens. D’ailleurs, on observe que la confiance des Français à l’égard de leur maire atteint les 70 %. Donc, on assiste à une recentralisation impor- tante, en termes de culture de la gestion publique mais, de l’autre côté, les Français font confiance aux maires. Cette élection à l’AMF est im- portante, mais ce constat est partagé par tout le monde, y compris par mon concurrent. Simplement, ce que l’on ne partage pas tout à fait, c’est la façon d’aboutir à ce lien de confiance pour mettre en accord l’aspiration des Français à ce que les maires aient davantage de marges de manœuvre. Je précise que c’est plutôt sur la façon de faire que nous avons des différences. Donc, ce ne sont pas des oppositions. Que préconisez-vous ? L’AMF ne doit pas se structu- rer en étant un mouvement de résistance ou d’opposi- tion. L’AMF doit se remettre au cœur du jeu, pas simple- ment politique, mais aussi économique et social, parce qu’un maire est au cœur du jeu sur son territoire. Il ne s’occupe pas forcément de tout, mais il veille à tout. Il veille à ce que les choses se passent bien, y compris avec les forces économiques ou associatives. Par conséquent, l’AMF devrait se positionner dans cette même posture à l’égard de tout ce qui fait fonctionner notre pays. Nous ne devons pas être dans une posture d’opposition à un gouvernement, quel qu’il soit, on doit être dans une po- sition exigeante et dans une posture de négociation per- manente. On doit aussi être dans une posture d’influence beaucoup plus forte au Par- lement, car depuis qu’il n’y a plus de cumul des mandats, les parlementaires ont be- soin d’avoir des contacts ex- trêmement développés avec l’AMF. On a également be- soin de se reconnecter avec le monde économique, le monde associatif et les orga- nisations syndicales. L’AMF doit aussi être la grande sœur de toutes les associations d’élus qui existent, parce qu’il y en a beaucoup, comme les communes du littoral, les communes de montagne, les communes forestières, les communes touristiques… Toutes ces structures ont un intérêt, parce qu’elles sont focalisées sur des sujets pré- cis. Nous n’avons pas fait tout cela au cours de ces der- nières années. Cela se faisait à l’époque de Jacques Pélis- sard, mais François Baroin ne s’en est pas vraiment oc- cupé. Ainsi, on devrait retrou- ver un tiers de structure de lobbying, un tiers de forme de syndicalisme et même un tiers de chambre de commerce ? Oui, mais alors on va raison- ner par quarts, en ajoutant tout le service d’accompagne- ment du réseau des maires, notamment à travers les as- sociations départementales. Il y a un rôle de soutien et de conseil, que l’AMF doit conti- nuer de faire, et même déve- lopper. Il y a aussi la néces- sité de mener une réflexion prospective sur l’avenir, parce que nous avons des propo- sitions à faire, notamment sur le partage des ressources publiques, car à l’heure ac- tuelle il n’y a pratiquement plus d’impôts locaux, à part la taxe foncière. C’est l’État qui prend tous les impôts, avant de les redistribuer selon ses propres critères. Ce n’est pas responsabilisant pour les élus locaux. Donc, il faut ré- fléchir à une façon de rendre de l’autonomie fiscale aux collectivités, parce que cette autonomie fiscale est respon- sabilisatrice. On a mis en place une bureaucratie intercommunale qui n’a pas amélioré la qualité des services Depuis quelques an- nées, les maires ruraux sont de plus en plus nombreux à se plaindre de n’avoir plus de pou- voir et de ne plus servir à rien… C’est pour cette raison que je dis que nous sommes à un tournant. Si l’on continue de la sorte, on va assécher tout cela et on va se retrou- ver avec des territoires qui seront en difficulté, avec des gens qui n’auront pas de ré- ponses à leurs demandes en matière de solidarité ou de service public. J’évoquais le mouvement de décentrali- sation depuis une trentaine d’années : il était basé sur des lois positives, c’est-à- dire des lois qui permettaient aux élus de faire, mais qui n’obligeaient pas. C’était le cas de la loi Chevènement en 1999. Après, on est pas- sé à des lois comme la loi NOTRe, qui étaient des lois de contraintes, donc on im- posait des mesures, comme de grandes intercommu- nalités. C’était une énorme erreur. On a créé des inter- communalités avec parfois une centaine de communes, donc une petite commune ne compte plus. On a mis en place une bureaucratie inter- communale qui n’a pas amé- lioré la qualité des services rendus et on a donné le sen- timent aux maires de leur en- lever tout pouvoir. C’est vrai, puisque le maire n’a plus qu’une voix parmi d’autres et il ne peut plus, avec son conseil municipal, décider quoi que ce soit. Nous avons demandé la révision de ces lois, qui sont mortifères pour les petites communes. On a cru aussi percevoir un phé- nomène d’attirance pour la métropolisation à outrance et la crise sanitaire a d’ail- leurs entraîné des réflexions là-dessus. Il ne s’agit pas d’être contre les métropoles, mais on ne peut pas être pour le tout métropole. On voit bien que beaucoup de gens ont déménagé, avec le télé- travail, et beaucoup de villes moyennes retrouvent de l’at- tractivité. Cela tombe mal, puisque c’est au moment où elles perdent leurs com- merces et leurs médecins... Une administration qui est toujours sûre d’elle-même Les Français ne sont-ils pas perdus entre la com- mune, l’intercommuna- lité, le département, la région et l’État ? On ne sait plus vraiment qui fait quoi et comme cha- cun veut exister, chacun essaye de prendre une compétence à l’autre... C’est certain. Nicolas Sarko- zy avait fait passer cette loi créant le conseiller territorial en 2010. C’était une bonne idée, or tout cela a été balayé avec François Hollande. Mais je crois que François Hol- lande a regretté d’avoir remis en cause cela. Personne ne remet en cause l’existence même de la commune: évi- demment, on ne parle pas des toutes petites communes avec une vingtaine d’habi- tants. On peut faire des com- munes nouvelles. Contraire- ment à l’intercommunalité, la commune nouvelle est is- sue de la fusion de plusieurs communes, c’est donc une commune, avec la même caractéristique. Ce qui nous intéresse avant tout, c’est le fait communal, car c’est un système efficace et respon- sabilisant. L’administration travaille au quotidien au plus près des gens, donc c’est concret. Il s’agit des crèches, des écoles, de la voirie ou des équipements sportifs et les habitants voient le résultat de tout ce travail. Finalement, dans notre République, il y a deux piliers, l’État et la com-

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