La Baule+
la baule + 30 // Juillet 2021 La Baule + : En décou- vrant « Florida », beau- coup de lecteurs re- trouvent le ton de votre premier livre, « En at- tendant Bojangles ». Qu’en pensez-vous ? Olivier Bourdeaut : Oui, mais ce n’est pas la même ambiance, c’est beaucoup plus cynique. Chaque roman est très différent. Il reste l’humour. Cette fois-ci, cet humour est plus violent. C’est la seule manière de se sortir des situations embar- rassantes. Mon personnage traverse un nombre de situa- tions très embarrassantes et elle s’en sort par des coups de bazooka. J’aime bien les personnages qui abusent du cynisme car, comme le di- sait Oscar Wilde, le cynisme, c’est connaître le prix de tout et la valeur de rien ! Mais c’est de moins en moins bien accepté… Je m’en moque ! Il y a de plus en plus de choses qui sont refusées. On peut me demander qui je suis pour me mettre dans la peau d’une jeune fille.... Aux États-Unis, ce livre ne se- rait pas sorti. Récemment, Timothée de Fombelle s’est mis dans la peau d’une es- clave et son éditeur a refusé, alors que c’est un antiraciste chevronné. Il a été qualifié de fasciste. Pourtant, je croyais que la cancel culture nous invitait à être libres de notre définition de genre et qu’un bon gros gaillard pouvait dire qu’il était une femme… Alors, pourquoi vous interdire de vous mettre dans la peau d’une jeune fille de 19 ans dans un espace-temps limité ? Je m’étais préparé à avoir cette réplique, mais les jour- nalistes français ne sont pas encore trop imprégnés par cela. J’ai eu une qua- rantaine d’articles qui sont tous très bons. On sait que la cancel culture inonde le New York Times et les ma- gazines américains et, plus on lit ces articles, plus on se dit que ce livre va créer des scandales. Mais pas du tout. On est encore épargné par ce genre d’âneries et c’est plu- tôt une bonne nouvelle. Il y a quelques commentaires sur Internet. Toutefois, pour ce qui est de la presse, on a encore une marge. Mais ren- dez-vous dans cinq ans ! Le mot liberté est en train de disparaître du dictionnaire français Pourquoi votre héroïne est-elle en Floride ? J’avais un roman beaucoup plus ambitieux dans la tête. Je devais réunir quatre per- sonnages et la Floride était le carrefour de ces quatre personnages, car Miami est l’exemple même de la cari- cature. C’est un endroit qui se caricature lui-même. II y a tout, j’ai beaucoup aimé y aller, mais on retrouve ce qu’il y a de plus extravagant aux États-Unis. Il y a eu ré- cemment un article dans Le Figaro sur les hommes bo- dybuildés et les femmes en string, cela montre bien que c’est la réalité. Les concours de Miss existent encore aux États-Unis, il y en a partout, et la Floride est aussi une capitale mondiale de l’art depuis 2000. Cette pauvre petite fille monte sur les podiums en tant que mini miss, elle essaye de se dé- tacher de son image sexy en devenant boulimique, puis son corps devient une œuvre d’art avec la ren- contre d’un artiste body- buildé, et, à cause du body- building, son corps devient l’outil de sa vengeance. Ce mélange entre le corps et l’œuvre d’art m’intéressait beaucoup. On a le senti- ment que l’art contempo- rain est intouchable, mais je ne donne pas de leçons, je m’en moque. Si un ar- tiste décide d’accrocher une banane sur un mur et de la vendre 120 000 dollars, cela ne me dérange pas si un abruti est prêt à payer ! Chacun fait ce qu’il veut. Je suis pour la liberté absolue. Le mot liberté est en train de disparaître du diction- naire français, mais j’aime- rais avoir le droit de pou- voir rigoler de tout ça. On se souvient du plug anal, Place Vendôme, qui avait mobili- sé les plus grands journaux français. Les progressistes y voyaient un sapin de Noël et les conservateurs un plug anal. Les progressistes di- saient des conservateurs que c’étaient des coincés et il y a eu tout un débat avec des anathèmes, comme fas- ciste, conservateur ou dégé- néré, mais finalement l’ar- tiste a reconnu que c’était un plug anal. Si l’on met un truc comme ça dans son sa- lon et si l’on se met à chan- ter «Jingle Bells » on va passer pour un gros tordu, à mon avis ! J’accepte tout ce qui se fait, mais on doit quand même nous autoriser à rire de cela. Malheureuse- ment, nous n’avons plus le droit de rire des âneries de l’art contemporain. D’une manière géné- rale, on ne peut plus débattre : si vous parlez de fiscalité, on vous ac- cuse de vouloir vous en prendre aux pauvres. Si vous parlez d’immi- gration, on vous accuse d’être raciste. Si vous parlez des éoliennes, on dit que vous êtes contre la planète et que vous ne pensez pas aux géné- rations futures...Et s’il s’agit des vaccins, alors là, c’est la damnation… Oui, on ne peut même plus se réjouir d’une belle jour- née au mois de novembre, sous prétexte que ce serait la fin du monde qui arrive ! Je suis convaincu que vous irez plus loin dans vos prochains livres… J’ai plein d’idées, mais je vais les mettre de côté pour le moment. J’ai la chance d’avoir une critique excel- lente avec « Florida » et, pour l’instant, je suis très satisfait. Le confinement était une petite mort Votre livre traite du culte du corps et il a un lien avec l’actualité car l’Occident, avec son Littérature ► Un nouveau succès de librairie pour l’auteur de « En attendant Bojangles » Olivier Bourdeaut : « Emmanuel Macron humilie tous les Français en recevant deux idiots analphabètes pour faire une vidéo sur YouTube. » O livier Bourdeaut est l’auteur du best-seller « En atten- dant Bojangles », traduit dans le monde entier et qui sera prochainement adapté au cinéma. Son deuxième roman, « Pactum Sa- lis », se déroulait à Guérande. Son nouveau livre, « Florida », est l’his- toire d’une vengeance et d’une au- todestruction. Il nous plonge dans l’univers des mini-miss, jusqu’à ce- lui des bodybuilders. Olivier Bour- deaut connaît bien La Baule où il a longtemps vécu et où il revient ré- gulièrement. «Florida» d’Olivier Bourdeaut est publié aux Editions Finitude.
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