La Baule+

Octobre 2020 // 25 C’est la force de cette police, qui dépendait du roi et qui était en quelque sorte l’équi- valent de notre police natio- nale. Comment les commer- çants passaient-ils la frontière de Bretagne ? Ils devaient payer un péage. C’était quelque chose de très délimité et les routes en Bre- tagne n’étaient pas payantes, contrairement aux autres ré- gions. Nous avons gardé ce privilège puisque, en don- nant la Bretagne à la France, Anne de Bretagne a demandé que cela soit maintenu. C’est pour cette raison qu’il n’y a toujours pas de routes payantes en Bretagne. Comment se faisaient comprendre les commer- çants qui venaient du sud ou de Normandie ? Ils parlaient quelques mots de breton qui était une langue ré- pandue, mais il y avait aussi la langue française, bien en- tendu. La langue française était déjà la langue adminis- trative en Bretagne. Il y a un autre point intéressant. La fa- mille de Lesnerac, qui était à la cour de Louis XV et de Louis XVI, a découvert à Ver- sailles un objet particulier : un bateau à braises. C’était l’an- cêtre du fer à repasser et ils ont demandé aux marchands de venir présenter cet objet à la foire d’Escoublac. Pour ali- menter ce fer, on mettait à l’intérieur de la tourbe, avec du petit bois en dessous, pour que la tourbe puisse bien brû- ler. Revenons aux précau- tions sanitaires. Il y a six siècles déjà, il était écrit que l’acheteur ne devait pas toucher la viande, mais simplement mon- trer le morceau qui l’in- téresse avec une baguette en osier ! On a complètement oublié ces règles et j’ai découvert cela en travaillant au moment du confinement. On ne devait pas toucher les aliments, mais simplement les montrer avec un morceau de bois. Je pense qu’avant, il y avait une vraie liberté, alors qu’aujourd’hui nous avons une liberté avec de nombreuses concessions. Ce qui est passionnant, c’est que votre travail met en évidence le degré d’évolution de notre civi- lisation… C’est exact. Pour travailler, il faut s’appuyer sur des écrits et c’est ce qui permet d’affir- mer cela. J’ai aussi découvert que la foire s’est installée dans le bourg actuel d’Escoublac en 1787 et, jusqu’en 1924, la foire s’est déroulée dans ce que l’on appelle le cerne d’Escoublac. Auparavant, elle se déroulait dans lemilieu de la forêt d’Es- coublac, juste au-dessus de la gare actuelle de La Baule les Pins. Après, il y a eu des confusions, parce que parfois le 13 de May tombait un di- manche et cela gênait le curé, qui ne pouvait pas dire la messe. Il y a des histoires as- sez savoureuses avec le curé qui descend à toute vitesse pour faire taire les animaux... Avez-vous trouvé des traces de présence d’étrangers, comme des marchands arabes, par exemple ? Non, pas d’aussi loin. Il y a un étranger qui est resté après et on l’a appelé Advenard, ce qui signifie étranger. Les Adve- nard qui sont restés ici sont les descendants de cet étran- ger qui venait du sud de la France. C’est à partir de 1800 que l’on a commencé à mon- trer des noirs africains. Vous devriez envoyer votre livre à Franck Lou- vrier en lui proposant de refaire une foire chaque 13 de May à Escoublac ! Je lui ai donné mon livre. Nous devions faire une expo- sition sur les foires au mois d’août et Monsieur Louvrier m’a proposé de refaire cette exposition l’année prochaine. Propos recueillis par Yannick Urrien. Dessin : Christian Lamy

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