La Baule+

Octobre 2020 // 23 curité sociale et les bénéfices de prestations sociales. La carte vitale comporte votre numéro de Sécurité sociale, mais tous les gens n’ont pas forcément une carte vitale et vous n’avez pas besoin d’avoir une carte vitale pour percevoir des prestations sociales, comme pour la branche fa- mille et les retraites. Cette confusion est volontairement entretenue par tous les gens qui ne veulent pas que le scan- dale éclate et ainsi ils laissent les gens dire des bêtises, pour ensuite les dénoncer. C’est une vieille technique de communication. Vous allez accuser les gens de proférer des mensonges qu’ils n’ont pas tenus, pour les décrédibi- liser. Il faut faire très attention avec ces histoires, parce qu’un certain nombre de personnes qui ne veulent pas que le scan- dale éclate entretiennent, avec une certaine presse complice, ce flou artistique pour, en- suite, mieux taper sur les gens en faisant des soi-disant dé- cryptages sur le thème le vrai du faux des fake news. Beau- coup d’observateurs qui ne sont pas au fait de ces choses techniques confondent les choses, mais c’est la même chose pour le personnel poli- tique qui, parfois, parle de fausses cartes vitales, alors que cela n’a rien à voir. On a effectivement un problème de surnombre de cartes vitales. D’ailleurs, les parlementaires de la commission d’enquête ont demandé à saisir le pro- cureur de la République de poursuites pénales contre de hauts fonctionnaires qui, se- lon eux, auraient menti à la commission d’enquête. Lemi- nistre Olivier Véran vient de faire un communiqué de presse en disant qu’il ne res- tait qu’un très petit nombre de cartes vitales en surnom- bre, alors que la commission d’enquête parlementaire a établi qu’il en avait pratique- ment 2 millions... Les parle- mentaires ont demandé à sai- sir la justice pénale sur le fait qu’on leur aurait menti au cours de la commission d’en- quête. L’histoire des cartes vi- tales n’est pas terminée. Il y a effectivement un sujet de cartes vitales surnuméraires, c’est connu depuis des années. Beaucoup de journalistes ont dit que c’était des fake news, mais ce n’est pas le cas. D’ail- leurs, j’explique dans mon livre que ces cartes vitales ac- tives, qui correspondent à des droits ouverts à l’assurance maladie, ont des doyens, ce sont les doyens du cartel des fraudes. La doyenne de l’hu- manité, Jeanne Calment, avait 122 ans. Aujourd’hui, c’est un Japonais qui doit avoir 117 ans, et en France c’est un An- tillais. Mais je vous donne un scoop : il y a trois doyens de l’humanité qui sont toujours en vie, puisqu’ils sont à la Sé- curité sociale française, et ils ont 128 ans ! En plus, nous en avons 252 qui sont âgés de plus de 120 ans... Ils sont au régime de Sécurité sociale des armées, ce qui signifie que nous avons toujours des régi- ments de la bataille de Ver- dun…En droits ouverts à l’as- surance maladie en France, toujours selon la commission d’enquête parlementaire, nous avons environ 75 000 centenaires qui ont encore des droits ouverts à l’assurance maladie, alors que l’INSEE nous dit qu’il y en a 21 000 sur le territoire. C’est sympto- matique d’une mauvaise ges- tion du système de protection sociale. Ce qui est amusant, c’est que lorsque les orga- nismes donnent ces réponses, ils envoient la réponse sans que cela leur pose le moindre problème ! On voit bien que l’on ne peut pas rester avec 75 millions de personnes qui perçoivent des prestations sociales En conclusion, vous pro- posez que le contrôle soit détaché de l’organisme qui paie… Les deux principales propo- sitions, c’est d’abord de créer un FBI de la lutte contre la fraude fiscale, c’est-à-dire de donner la compétence de la lutte contre la fraude à une agence de l’État qui dépen- drait du ministère des Fi- nances. Il faut que la lutte contre la fraude et le pouvoir de sanction ne dépendent plus des organismes de pro- tection sociale, dont le métier est de payer des prestations et de s’occuper des gens, mais dont l’état d’esprit n’est pas d’aller traquer des bandits. C’est une question de culture. Par ailleurs, par rapport à ces millions de fantômes que nous avons dans le système, on voit bien que l’on ne peut pas rester avec 75 millions de personnes qui perçoivent des prestations sociales. Donc, il faut remettre tout à plat. Il faut à nouveau enrôler tout le monde en certifiant le nu- méro de Sécurité sociale, avec la biométrie, y compris pour les gens qui sont à l’étranger. On pourrait ainsi vérifier que les gens n’ont pas plusieurs identités pour percevoir les prestations sociales à de mul- tiples reprises. En plus, on sé- curiserait l’identité de la per- sonne qui va chez le médecin ou chez le pharmacien, et cela permettrait aussi de vérifier que les gens respectent bien la condition de résidence. C’est une modernisation du système qui ne coûterait pas très cher, parce que le coût d’une carte biométrique est de 0,50 €. C’est quelque chose qui ferait entrer la France véritablement dans le XXIe siècle en matière de protection sociale, parce que nous sommes très en retard sur la sécurisation de l’iden- tité et, derrière, il y a quand même des enjeux financiers énormes. Je rappelle le chif- fre de 787 milliards d’euros par an de protection sociale, avec 75 millions d’assurés so- ciaux dans un pays de 67 mil- lions d’habitants... C’estuntiersde larichesse qui est créée en France… Si, sur un tiers du PIB, vous avez quasiment 10 % de fan- tômes, c’est qu’il y a un vrai problème ! Cela signifie que la fraude aux prestations so- ciales représenterait quasi- ment 2 à 3 points de PIB. Nous sommes dans un pays où les déficits sont en train d’exploser. Nous sommes dans un pays qui a besoin de recherche fondamentale en matière médicale. On nous bassine avec Greta Thunberg et le réchauffement clima- tique en nous disant qu’il faut faire de la transition écolo- gique, tout en sachant perti- nemment que si l’électricité c’est l’avenir, il faut passer par des réacteurs de type ITER, donc cela coûte cher en termes de recherche. Le salut est dans la recherche et le dé- veloppement et tout cela a un coût. On voit bien le pro- blème que nous avons avec la Turquie en ce moment, ainsi que les tensions entre la Chine et les États-Unis. On sait que nos armées ne sont plus dimensionnées pour faire face aux nouveaux risques qui sont en train d’ap- paraître. On doit financer un deuxième ou un troisième porte-avions, on doit avoir plusieurs Rafale et à nouveau des chars… Tout cela coûte de l’argent. Il faut aussi de l’argent pour l’éducation, pour la justice, pour la police et pour construire des places de prison. Pour faire ces choix politiques, il faut avoir des moyens en face, alors que nous sommes dans un pays qui est étouffé par les impôts et les taxes. Donc, on doit aussi trouver des marges de manœuvre pour réduire la pression fiscale, relancer l’économie et redonner de la liberté aux gens. Soit on reste dans un système actuel et on s’enferre de plus en plus à de- voir diminuer les prestations et à renoncer à des politiques publiques, et en augmentant les impôts et les taxes - c’est le schéma depuis une ving- taine d’années - soit on in- verse les choses et on trouve des marges de manœuvre pour améliorer les politiques publiques, retrouver un fi- nancement pour ce qui est vraiment important et, en même temps, baisser les charges et les taxes pour re- lancer l’économie. On peut le faire en étant courageux, en identifiant le problème, à sa- voir l’augmentation exponen- tielle des dépenses de protec- tion sociale depuis 40 ans, notamment en raison d’un vrai problème de fraude. On prend le taureau par les cornes, on traite le problème très vite et on réutilise der- rière les marges de ma- nœuvre budgétaire. Aucun homme politique ne pourra proposer quelque chose de crédible dans les années qui viennent si, à côté, il n’est pas en capacité de démontrer qu’il va avoir des marges de manœuvre financières pour pouvoir conduire la politique qu’il prône pour l’avenir de la France. C’est la même chose depuis les rois et l’Ancien ré- gime. L’incapacité à financer des politiques publiques conduit à la catastrophe et le pays ne se relève que quand il a des finances publiques saines. Propos recueillis par Yannick Urrien. « Nous sommes dans un pays qui est étouffé par les impôts et les taxes. Donc, on doit aussi trouver des marges de manœuvre pour réduire la pression fiscale, relancer l’économie et redonner de la liberté aux gens. »

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2