La Baule+

Octobre 2020 // 21 D’ailleurs, s’ils se sont rués vers le système so- cial, c’est aussi parce que c’est facile… Oui et je peux expliquer comment Abou Allocs a pro- cédé. Il est de nationalité belge, il s’est procuré une fausse carte d’identité belge enmodifiant une lettre de son prénom, pour essayer de pas- ser en dessous des radars des fichiers de police et, avec cette fausse carte d’identité, de très mauvaise qualité, il a essayé d’ouvrir des comptes ban- caires en France au moment des attentats du 13 novembre 2015. Cependant, il a été stoppé par plusieurs banques en raison de la bande MRZ, cette succession de lettres et de chiffres que vous avez en bas, qui peut être passée dans un lecteur pour vérifier la co- hérence de la carte. Le faus- saire qui lui avait fait sa carte d’identité était relativement mauvais et l’algorithme de création de la bande MRZ n’était pas bon. Un simple lo- giciel de contrôle de premier niveau détecte immédiate- ment le faux document, c’est ce qui s’est passé dans deux banques, qui ont donc bloqué Abou Allocs. Mais il a certai- nement pu ouvrir un compte dans une autre banque, puisqu’il est ensuite allé à la Sécurité sociale et dans une caisse d’allocations familiales pour percevoir les allocations. Tout cela avec de faux pa- piers. Malheureusement, c’est très facile. Une commission d’enquête parlementaire a ré- cemment fait, à mon initia- tive, ce que l’on appelle un crash test. Je les ai mis en re- lation avec une société spé- cialisée dans la détection des faux papiers pour l’ouverture des comptes bancaires. Cette société a fourni à la commis- sion d’enquête parlementaire environ 200 fausses identités et le rapporteur de la commis- sion d’enquête est allé à la Sé- curité sociale en inversant la logique. Il a présenté les faux papiers en demandant si ces gens avaient un numéro de Sécurité sociale, ce sont des gens nés à l’étranger, en de- mandant également s’ils tou- chaient des allocations. J’avais demandé uniquement des faux papiers étrangers de pays européens, à savoir la Belgique, l’Espagne, l’Italie et le Portugal. Pourquoi des faux pa- piers européens ? Parce que nous sommes dans l’Union européenne et, quand un ressortissant européen s’inscrit à la Sécurité sociale, il n’a pas besoin de justifier d’un titre de séjour, parce qu’il y a la liberté de circulation et d’établissement. Il doit sim- plement fournir la copie de sa pièce d’identité d’origine et un extrait d’acte de naissance. Donc, cela devient très facile. La technique, c’est d’avoir un faux papier d’un pays de l’Union européenne, avec un lieu de naissance qui est situé dans un pays beaucoup plus exotique sur lequel on ne peut pas vraiment contrôler l’état civil et les actes de naissance. En ce qui concerne Zakaria Asbai, il avait une carte d’identité belge avec un lieu de naissance auMaroc. Sur les 200 documents, globalement, la moitié de ces gens étaient inscrits à la Sécurité sociale et étaient passés au travers des filtres de contrôle. C’est effa- rant ! Dans le catalogue édité sur papier de La Re- doute, qui faisait des centaines de pages, il y avait des rayons comme dans un grand magasin entre les vêtements, la hi-fi, le bricolage ou la maison… Or, dans votre livre, c’est un peu la même chose, il y a toutes les fraudes possibles et inimaginables… Il y a mille et une manières de frauder. Il y a les fraudes des allocataires, mais il y a aussi les fraudes des profes- sionnels de santé. Je re- prends notamment les don- nées de la Cour des Comptes, qui s’est amusée à faire des évaluations des taux de fraude des médecins libé- raux, des infirmiers libéraux ou des masseurs kinésithéra- peutes. Et l'on atteint des pourcentages hallucinants. (Suite page 22) « C’est un acte de djihad combattant, car si le sympathisant islamiste vole la communauté française, c’est pour lui un acte de combat ».

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2