la baule+ 18 | Octobre 2026 L’I.A - Intelligence Artificielle, ou Super Intelligence pour causer comme cause désormais Super Trump, vient de nous jouer un bien sale tour. L’un des romans en vue de la rentrée, promis aux plus hautes distinctions du sérail, aurait été commis à grand renfort de plagiat et de recours à l’IA, la désormais omniprésente et omnipotente Intelligente artificielle. La République des Lettres est en émoi. On la comprend. Si les faits sont avérés, l’affaire est des plus graves, en effet. Il y a d’abord la suspicion de plagiat, cette ignoble filouterie d’eunuques de la plume, la forme probablement la plus vile, la plus abjecte du piratage, du vol. Mais là, rien de bien nouveau. La pratique est ancienne et récurrente. Elle a ses maîtres à ce qu’on dit, comme quoi, même dans le registre de la bassesse éthique et intellectuelle, de petits Mozart peuvent trouver à s’épanouir. Nous avons des noms. Nous ne les donnerons pas ici. Et puis, il y aurait le recours au service de la fée du logis des temps nouveaux, la fameuse IA. Là, il convient que je vous fasse un aveu. Apprenant la manipulation ayant entaché la qualité du roman en question et l’intégrité morale de son auteur, voilà bien que je me serais laissé tenter, priant à genoux la déesse IA de consentir à pondre pour moi le préHumeur > Le billet de Dominique Labarrière Le grand défi sent billet. Méprisante, elle m’a rétorqué que je n’avais qu’à aller me faire voir ailleurs, qu’elle avait mieux à faire ces temps-ci, vu que la multitude des candidats à l’Élysée lui faisaient un pont d’or pour qu’elle daigne leur trousser un programme aussi alléchant que possible. Ces dames et messieurs les compétiteurs seraient à ce point en panne d’imagination, plombés d’une indigence tellement affligeante en matière de convictions réelles, qu’ils n’auraient plus d’autre possibilité que celle-là. Pour le plagiat, ils avaient, lors des précédents rendez-vous, usé jusqu’à la corde les lieux communs à succès de leurs prédécesseurs et fourbi tout ce qu’il y avait à récupérer du côté des mannes de la pensée Gaulliste, Jaurésienne, etc. Même la mitterrandienne, de moindre envergure tout de même que ces deux-là, avait pu, en son temps, faire l’affaire. Donc l’IA n’allait pas perdre son temps désormais à de petites choses. Pensez, il s’en est fallu de bien peu qu’elle ne rafle l’essentiel des prix et distinctions littéraires de fin d’année. Avec, dans la foulée - pourquoi pas ? - une élection de maréchal à l’Académie française. Quitte à inventer un quarante et unième fauteuil, nécessité faisant loi. Il faudra s’y faire. L’écrivain, ou plutôt l’humain en général, se trouve confronté à un sacré défi. Soit se soumettre, ramper, abdiquer face à l’IA, soit trouver en lui-même les ressources mentales, intellectuelles de la surpasser, de faire en sorte d’avoir en permanence deux ou trois coups d’avance sur ses prodigieuses aptitudes et ses effarantes productions. Remarquez, c’est ce que, d’une certaine manière, depuis l’âge de la pierre, nous autres bipèdes avons toujours su faire, c’est-à-dire maîtriser, dominer les bouleversements du réel sortis de notre inépuisable capacité d’invention. En fait, la compétition s’avère des plus exaltantes. L’issue est certes incertaine. Il se pourrait en effet que, cette fois, la créature ait, au bout du bout, la peau de son créateur. Toujours est-il que le challenge est bien là, avec cette réalité glaçante, vertigineuse et toute nouvelle que nous jette à la figure l’affaire de cet ouvrage. Cela dit, si le défi est relevé, si l’homme parvient à demeurer le maître de luimême, ce sera à un livre qu’il le devra, le livre dont la vertu cardinale, sinon la seule, aura été d’imposer la prise de conscience. Le livre de l’homme nouveau, comme, paraît-il, jadis, la Bible, oserais-je dire si je ne craignais de pousser le bouchon en peu trop loin. Il n’empêche. Il semble évident que, dorénavant, l’humain se trouve placé devant l’absolue nécessité de gagner cette bataille, peut-être la plus violente, le plus réellement « existentielle » de sa présence sur Terre. Lorsqu’il y sera parvenu - car il y parviendra, faut-il croire - tout plein de légitime fierté, il pourra déclarer : « C’était ça ou mourir». Précisément le titre du roman en question. Qui ira dire après cela que la littérature ne sert à rien ?
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