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la baule+ 8 | Juillet 2026 Idées > Un Baulois analyse le nouveau totalitarisme Olivier Pichon partage sa vie entre Angers et La Baule. Agrégé d’histoire et professeur d’économie en classe préparatoire aux grandes écoles, notamment HEC, il a formé de nombreuses élites. Politiquement, il fut un temps engagé au Front national et il produit aujourd’hui des émissions économiques sur TV Libertés. Dans son nouvel essai, il démontre que la mondialisation, au lieu d’ouvrir les chemins de la liberté, a conduit les peuples « sur les routes d’une nouvelle servitude et à la naissance d’une nomenklatura mondialiste. Pire encore, le nouveau capitalisme est en passe de se débarrasser de la démocratie et de la puissance publique. » « Les nouvelles routes de la servitude. Essai sur le totalitarisme du XXIe siècle » d’Olivier Pichon est publié aux Presses de la Délivrance. Olivier Pichon : « Reprenez toutes les descriptions de la Rome de la décadence, cela ressemble fortement à nos métropoles. » La Baule+ : Le monde a changé, particulièrement depuis la crise sanitaire, avec une sorte de totalitarisme que vous qualifiez de « sournois ». Cela signifie-t-il qu’il y a le totalitarisme caricatural, comme en Corée du Nord, et celui plus insidieux où l’on vous explique que l’on prend des mesures répressives pour votre bien ? Olivier Pichon : Absolument. Tout cela au nom de principes moraux fallacieux. Celui qui a très bien vu cela, c’est le philosophe Günther Anders. Il a été le premier mari de Hannah Arendt, qui était bien placée pour parler de totalitarisme. Or, dans un livre datant de 1956, il explique que les régimes nazis et les régimes soviétiques se sont complètement trompés car, pour contraindre l’homme, il faut le faire en douceur. Son livre énonce des méthodes d’insinuation progressive d’un totalitarisme pour le XXIe siècle. Pourquoi faites-vous remonter ce changement d’époque à 1991 ? Parce que nous avons tous cru que la chute de l’Union soviétique ouvrait une immense ère de liberté. Dans une certaine mesure, la menace communiste est évacuée et c’est une grande satisfaction de voir nos frères de l’Est libérés de ce joug. Mais beaucoup ont abusé de la liberté offerte par le libéralisme au nom de l’équilibre que celui-ci pouvait produire. Le marché allait rétablir les équilibres en étant le paradigme central de nos libertés. Or, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. On a vu la naissance d’une nomenklatura mondialiste, qui était évidemment financière, avec le détachement de l’économie financière de l’économie réelle et le rêve incontesté des gavés de la Terre. Vous démontrez que l’internationale est en fait passée à l’Ouest… Il s’est produit un basculement. Convenons que la démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Christopher Lasch, un sociologue américain, démontre que nous sommes dans la révolte des élites contre le peuple et c’est ce qui menace la démocratie. Son livre se retrouve totalement confirmé par les travaux de Christophe Guilluy sur le délaissement des populations périphériques et sur les graves difficultés qu’éprouve cet autre peuple français méprisé par les métropoles. Cette population urbaine, riche, utilise l’immigré pour les services du quotidien, Uber ou les gardes d’enfants, comme les esclaves à Rome. Reprenez toutes les descriptions de la Rome de la décadence, cela ressemble fortement à nos métropoles. C’est cette révolte des élites qui menace les masses et la démocratie. Friedrich Hayek nous expliquait en 1945 que le socialisme gagnait partout et que l’État allait écraser la démocratie et nos économies. C’est vrai. D’ailleurs, aujourd’hui, le poids de l’État en France est la principale difficulté de ceux qui essayent de confectionner un budget chaque année. Mais l’État est omnipotent. Il ne me protège pas quand on a besoin de sécurité, il nous coûte cher et l’on ne sait plus à quoi il sert. Vous évoquez la révolte des élites contre les peuples. Par définition, il s’agit de minoritaires qui se soulèvent contre une majorité. Des députés veulent même faire adopter une loi pour interdire les propos de ceux qui mettraient en cause l’origine humaine du réchauffement climatique. Qu’en pensez-vous ? C’est le ministère de la Vérité ! On retrouve la dimension orwellienne de nos sociétés. Orwell avait inventé 1984 en pensant au monde soviétique. Le débat mérite d’être fait sur la question de savoir si le réchauffement climatique est d’origine anthropique ou s’il ne l’est pas. L’autorité est toujours couverte de moraline. Qu’est-ce que la moraline ? C’est un détournement de la morale à des fins idéologiques, à des fins de répression et à des fins de contrôle social. Évidemment, on ne peut pas accepter de torturer quelqu’un comme dans l’expérience de Milgram. Cependant, le citoyen ordinaire est capable d’obéir lorsqu’on lui donne de bonnes raisons d’obéir. Cela ressemble fort à ces dirigeants nazis qui habitaient dans de très belles maisons, avec leurs femmes et leurs enfants, à deux pas des camps de concentration où des malheureux subissaient les pires tortures. Mais ils obéissaient aux ordres... C’est ce qu’ils ont dit en 1945 au moment des grands procès. En Allemagne de l’Est, la moitié de la population espionnait l’autre moitié pour répondre aux ordres qu’elle recevait. On voit bien qu’une population espionnait l’autre moitié sous des prétextes fallacieux. Nous sommes dans la version dure du totalitarisme. Pendant le confinement, on a vu des gens dénoncer leurs voisins qui sortaient plusieurs fois par jour… La dénonciation est quelque chose d’assez congénital. Depuis la Révolution française, on est dans l’envie de l’autre. En France, on a cultivé cela d’une façon assez malsaine. On est dans une sorte de passion triste, celle de l’égalité. Si mon voisin a une tête de plus que moi, je préférerais qu’on la lui coupe pour qu’il ait la même taille que moi. C’est totalement Procuste, cette affaire ! Je ne dis pas que c’est la caractéristique de tous les Français - mes concitoyens sont capables de se montrer courageux - mais c’est complètement Procuste. Procuste faisait tirer les jambes des gens qui étaient trop petits et il faisait couper les jambes de ceux qui avaient des jambes trop grandes. Il y a un chapitre sur le collectivisme. Par exemple, sur la question de l’immobilier, on nous empêche de louer librement notre bien immobilier, on nous surtaxe… Les gens payent la taxe foncière toute leur vie et, au moment de leur héritage, on leur en prend encore. Le socialisme à la française, c’est l’ombre portée du soviétisme. Nos intellectuels avaient un complexe vis-àvis de l’Union soviétique, et l’égalitarisme que l’on recherche à travers la loi est cette ombre portée du communisme. C’est une manière de dire que l’on n’est pas communiste, mais que l’on fait aussi bien qu’eux. Il ne faut pas affaiblir l’État, mais il faut le faire maigrir, car il est partout avec ses fonctionnaires et ses réglementations. Il faut considérablement réduire les réglementations et l’empire de la norme. J’ai voulu savoir quelle était, dans le budget de l’État, la part des dépenses régaliennes. À l’Assemblée nationale, je n’ai rien trouvé. Au Sénat, j’ai trouvé le chiffre hallucinant de 6 %. Le régalien a été écrasé par le social. Vous rappelez les stratégies de manipulation de Noam Chomsky : la distraction, créer des problèmes et offrir des solutions, la stratégie de la dégradation, la stratégie du différé, s’adresser au public

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