La Baule+

la baule+ 4 | Juillet 2026 Culture > La créativité sera-t-elle demain la compétence la plus recherchée ? L’IA s’inscrit au cœur de tous les débats. Toutefois, la transformation des entreprises pourrait résulter aussi de l’Intelligence Artistique et pas simplement de l’Intelligence Artificielle. Telle est la conviction de Solène Saint-Gilles et Jean-Philippe Zappa, qui estiment que l’intelligence artistique constitue désormais un atout décisif de transformation et de performance pour les entreprises. En effet, entre les réseaux sociaux et la pratique à outrance de l’Intelligence Artificielle, les entreprises se retrouvent confrontées à des situations de dérèglement cognitif, d’absence de quête de sens, et de polarisation de la société. Solène Saint-Gilles est bauloise, responsable des programmes culturels de France Télévisions, nommée parmi les Femmes de culture de l’année 2023. Jean-Philippe Zappa est entrepreneur, consultant, auteur de théâtre et scénariste. « Intelligence Artistique : Comment transformer l’entreprise par la culture ? » de Solène Saint-Gilles et Jean-Philippe Zappa est publié aux Éditions Bloomtime. Solène Saint-Gilles : « Demain, on aura davantage envie d’avoir des salariés qui se singularisent, face à l’intelligence artificielle qui uniformise. » La Baule+ : Votre livre contient un plaidoyer pour que les entreprises retrouvent le chemin de la culture. Or, n’estce pas ce qu’elles font depuis des décennies, notamment à travers l’art de la publicité ? Un message publicitaire peut être émouvant ou drôle, c’est déjà un premier engagement dans le monde de la culture. Qu’en pensez-vous ? Solène Saint-Gilles : Vous abordez ce sujet sous un angle iconoclaste et c’est intéressant. La publicité se tourne vers l’extérieur, alors que nous proposons aux entreprises d’intégrer la culture au sein même de l’entreprise, c’est-à-dire auprès de leurs salariés. L’intelligence artistique est d’ailleurs une marque que nous avons déposée avec Jean-Philippe Zappa, car c’est tout ce que la machine n’a pas : la créativité, l’empathie, la capacité d’émerveillement, la nuance. Ce sont ces qualités que nous proposons de développer auprès des salariés, afin de les rendre irremplaçables, et l’on développe ces qualités grâce à l’art et à la culture. La publicité est une forme de culture, mais elle est destinée à l’extérieur, alors que nous proposons d’intégrer la culture au sein de l’entreprise pour aider les salariés à développer tout cela. Certes, mais toutes les entreprises doivent développer de l’intelligence artistique pour leurs produits ou leur marketing… Si vous évoquez la décoration intérieure des locaux, c’est de l’intelligence artistique. Pour les salariés. On explique que la présence d’œuvres d’art dans un hall d’immeuble incite les salariés à parler d’art et à échanger entre eux. Cela renforce la cohésion. Ils évoquent les œuvres, plutôt que de se contenter de conversations sur la pluie et le beau temps. Ainsi, il faut mettre de l’art dans l’entreprise, parce que ce sera profitable à la créativité des salariés, et cela n’a rien à voir avec le mécénat… Exactement. Cela s’adresse à toutes les entreprises, y compris les petites entreprises, parce qu’on ne leur demande pas d’investir dans un Picasso. On dit simplement qu’avoir des œuvres d’art dans un couloir suscite la créativité des salariés. C’est de la performance mesurable. On est en train de développer un ROI de la culture qui consiste à savoir combien l’investissement dans l’art et la culture rapportera à l’entreprise. On essaie de créer un outil de performance mesurable avec le MEDEF. Cela peut être aussi la musique. Par exemple, la création d’un club de lecture pour prendre le temps de réfléchir. Cela peut aussi passer par le fait de faire venir des créateurs de théâtre. En fait, vous rappelez des évidences que nous avions oubliées… C’est vrai, cela se fait déjà au sein de l’entreprise, mais c’est parfois le fait du prince. Par exemple, lorsqu’un patron emmène ses salariés à l’opéra parce qu’il aime l’opéra. Notre approche est plus cohérente et elle vise à apporter plus de performance au sein de l’entreprise. Nous sommes dans une période où les budgets sont beaucoup plus serrés, où l’intelligence artificielle prend de plus en plus de place, et il était essentiel de rappeler qu’il n’y a pas que l’IA. L’intelligence artistique ne doit pas être laissée sur le carreau. On a parfois caricaturé la culture comme étant quelque chose d’insignifiant. En réalité, c’est essentiel. C’est pourquoi le ROI que nous mettons en place va être très important. La culture, c’est tout ce qui suscite de l’émotion Dans ce contexte, qu’estce que la culture ? J’ai une approche assez large de la culture. Dans le livre, on se base sur la définition du ministère de la Culture, avec les différentes catégories, et l’on distingue cela de ce qui est de l’ordre du divertissement. Pour moi, la culture, c’est tout ce qui suscite de l’émotion auprès des salariés. Votre approche est intéressante, car nous n’avons jamais euautant besoin d’intelligence artistique au moment où nos facultés intellectuelles diminuent. Vous mentionnez certaines études scientifiques prouvant que l’utilisation de l’IA nous rend de plus en plus bêtes…

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2