HUMEUR > Le billet de Dominique Labarrière Bienvenue en médiocratie la baule+ 26 | Avril 2026 Le pire serait-il à venir ? Qui saurait le dire ? On peut cependant affirmer que l’affaire est en bonne voie, tant on assiste ces derniers temps à une accumulation de ce qu’on pourrait qualifier de « faits de médiocrité », un peu comme on dit d’autres événements qu’ils sont des «faits de société ». Personnellement, sans doute à cause d’une grande faiblesse d’imagination, je ne pensais pas devoir assister un jour à des scènes aussi pénibles, aussi navrantes où l’on voit des élus municipaux sortants, battus dans les urnes, accablés d’insultes, de bras d’honneur, menacés physiquement. Comportements ignobles où se mêlent la haine des lâches et la sombre bêtise des pousse-mégots. Un peuple qui vire populace mérite-til encore la démocratie ? La bassesse, l’ignominie, l’indécence, sont-ils des droits ou des tares ? Le chef de l’État, son ministre de l’Intérieur - ce dernier a dénombré quelque cent-vingt faits de cette nature suffisamment graves pour être judiciarisés - ces deux sommités de l’État, disais-je, ont qualifié ces actes d’inacceptables. Air connu. En général, ils ne sortent le mot d’inacceptable que pour nous faire comprendre que ce qu’ils évoquent est précisément ce à quoi nous devons nous résigner à accepter. Nous voilà donc prévenus. Autre chose, là où dorment les rois de France, à Saint-Denis, les urnes ont donné leur verdict. Rien à redire là-dessus. Démocratie oblige. On savait depuis longtemps déjà qu’il arriverait un jour où leur résultat serait davantage le reflet d’une modification substantielle de la démographie que de l’attachement à la Nation. Dont acte. Mais voilà qu’aussitôt l’édile laisse entendre qu’il vaudrait mieux que les agents municipaux partagent son propre credo. Ceux qui ne seraient pas sur cette longueur d’onde « partiront d’eux-mêmes », estime-t-il. Dans son esprit, ce qui vaut pour ses collaborateurs vaut-il aussi pour ses administrés ? Penser droit ou s’exiler ? Intéressante conception, là aussi, de la démocratie. À la Flèche, le scrutin a été favorable à un maire et une équipe estampillés Rassemblement National. Enfer et damnation ! Madame Mazarine Pingeot qui était invitée dans cette cité pour apporter aux populations ses lumières en matière d’IA a tenu à faire savoir que, entrant en résistance, elle ne viendrait pas. Je pense qui si les habitants de la Flèche avaient pu seulement imaginer que le châtiment serait aussi cruel, aussi traumatisant, ils auraient tourné sept fois leur bulletin avant de le glisser dans l’urne. Cela dit, il faut comprendre le refus de l’intéressée. Quand, comme elle, on a un père qui a été décoré de la Francisque par Pétain, on doit se montrer d’une rectitude morale à tout casser, d’une intransigeance d’airain, d’un rejet frénétique de toute esquisse de compromission pour tenter de faire oublier ce moment de sombre gloire. Il n’en reste pas moins, que, là encore, la conception de la démocratie de la dame est des plus discutables. On ne lui demandait pas d’embrasser sur la bouche le nouvel élu, seulement de respecter la vox populi. Sans doute aurait-elle préféré honorer de sa lumineuse présence l’hommage solennel rendu à feu M. Jospin, aux Invalides. Hommage voulu par M. Macron. De sa part la démarche est habile. Peut-être voulait-il montrer au peuple de France que l’indigence du bilan ne saurait en rien faire obstacle à un tel hommage lorsque luimême partirait. Ou plutôt, s’agissant de sa personne et de son ego faramineux, à une panthéonisation directe. Carrément. Pour ma part, puisqu’on était aux Invalides, je m’attendais à ce que le boute-en-train qu’est notre président nous annonce par exemple, au détour de son discours, l’invalidation des trente-cinq heures. Cela ne s’est pas fait. Sans doute afin de ne pas froisser deux éminentes personnalités présentes, l’une et l’autre plombées elles aussi d’un flamboyant bilan, crépusculaire pour Hollande, testiculaire pour DSK. La gauche plurielle sortie de la naphtaline pour l’occasion. On en avait la larme à l’œil. On a eu les Feuilles mortes de Prévert et Cosma en animation musicale, on aurait pu tout aussi bien avoir le Cimetière des Éléphants de ce cher vieil Eddy.
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