Août 2026 | 23 la baule+ soir de brume, au centre de Strasbourg, j’arrive sur la place centrale et je découvre cette espèce de falaise sculptée de 80 mètres de haut : c’était la cathédrale. C’était inimaginable pour moi ! J’essaye d’être attentif, d’avoir les yeux ouverts. C’est une obligation en tant que dessinateur. La collégiale de Guérande est aussi fantastique. Cela me fait rêver. Je suis un voleur de détails, j’emporte tout cela dans mon imagination. Le Moyen Âge, c’està-dire mille ans d’histoire qui nous entourent, c’est la plus grande fanzone du monde ! Il y a les historiens, les académiciens, les gardiens du temple. Beaucoup de gens font des études et nous ouvrent les portes de cet univers. Ensuite, il y a les artistes, notamment les dessinateurs. Nous sommes en quelque sorte des sansabri, des gens qui passent partout, en piquant des choses à droite et à gauche, sans d’ailleurs remercier personne. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas la véracité historique ou académique : il s’agit simplement de raconter des histoires. Nous essayons aussi de rappeler que le monde n’est pas simplement réel et qu’il est aussi dans l’imaginaire. Vous rendez visibles des mondes invisibles. Pensez-vous qu’il puisse exister des univers cachés ? Il y a toujours une dimension romantique qui va au-delà du concret et c’est mon métier de mettre en scène cela. Il y a la domination culturelle d’Hollywood qui permet à cette culture de dominer le monde On observe une attirance pour les mondes invisibles dans toutes les civilisations. En Afrique noire, il y a les démons dans la forêt; chez les Arabes, ce sont les djinns ; idem en Asie ou en Amérique du Sud. Comment expliquez-vous que la civilisation arthurienne - comme l’égyptienne, d’ailleurs – ait triomphé sur le plan de l’imaginaire culturel mondial ? On assiste à une internationalisation du fantastique. Cela vient évidemment des États-Unis, donc il y a la domination culturelle d’Hollywood qui permet à cette culture de dominer le monde. On se partage toujours entre deux formes de cultures. Il y a d’abord la culture forte de chaque région ou de chaque groupe linguistique, et il y a ensuite la culture mondialisée. Ce n’est pas forcément contradictoire. Vous trouvez beaucoup de fans de Tolkien en Chine. Pour autant, ils n’ont pas laissé tomber leur culture traditionnelle. Quel est le message du Seigneur des Anneaux ? Finalement, ce sont des histoires profondément humaines. Par exemple, on parle de blessures dont personne ne reconnaît la valeur. Ce sont des thèmes qui reviennent perpétuellement dans le monde fantastique. Le décor est toujours très chouette, mais cela ne reste que de la mise en scène, car au fond il y a toujours des interrogations très humaines. L’envie d’une forme de justice, une vérité lyrique et poétique Est-ce une forme de morale dans une culture païenne ? C’est le point commun de tous les contes, c’est-à-dire l’envie d’une forme de justice, une vérité lyrique et poétique. C’est systématique. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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