La Baule+

la baule+ 22 | Août 2026 Culture > Entretien avec le directeur artistique du Seigneur des Anneaux John Howe, le directeur artistique du film «Le Seigneur des Anneaux » et du « Hobbit », expose ses œuvres sur la presqu’île de Guérande. On retrouve ses créations dans trois expositions : au château de Ranrouët à Herbignac, au musée de la Porte Saint-Michel à Guérande, et à la chapelle Notre-Dame-du-Mûrier à Batz-sur-Mer. L’artiste présente ses châteaux et forteresses qui peuplent les récits de l’imaginaire médiéval et propose une soixantaine d’œuvres originales. John Howe : « Le Moyen Âge, c’est la plus grande fanzone du monde ! » particulier. Vous ne vous en rendez pas compte, puisque vous habitez toute l’année dans cet univers, mais je peux vous assurer que cela marque le visiteur. C’est la grande interrogation du fantastique et cela nous permet de jouer sur cette ambiguïté. Vous êtes toujours à mi-chemin entre l’imaginaire et le réel, comme si nos cauchemars et nos rêves ne relevaient pas totalement de l’imagination mais de mondes inconnus non visibles... Le fantastique a besoin d’un surcroît de crédibilité, donc il faut toujours un ancrage dans le réel. J’ai remarqué la même chose en Alsace. C’est assez différent, mais cette architecture donne le sentiment d’être née naturellement de la nature. Il faut que tout cela soit ancré dans la vie, dans le réel, dans le passage du temps Le cinéma a toujours présenté la légende arthurienne et les Chevaliers de la Table ronde comme un univers assez féerique, avec des femmes bien coiffées, alors que chez vous, il y a du sombre, de la moisissure, quelque chose d’assez rugueux... Je me situe quelque part entre les deux. Il y a quand même une bonne dose de romantisme dans ces contes et légendes. On a envie d’avoir quelque chose qui nous transporte au-delà de ce que nous connaissons, mais il faut aussi que tout cela soit ancré dans la vie, dans le réel, dans le passage du temps. Je ne réfléchis pas du tout quand je dessine et le dessin se fait naturellement. Vous êtes vraiment au cœur d’un territoire qui fait démarrer l’imagination Avez-vous le sentiment de projeter une part de vous-même dans ces figures que vous dessinez ? Nous sommes dans une terre de légendes. Je crois qu’il y a quelque chose dans le sol, dans l’air ou dans les paysages. C’est extraordinaire, je le ressens vraiment. Vous êtes vraiment au cœur d’un territoire qui fait démarrer l’imagination. J’ai rencontré tout cela vers l’âge de vingt ans, mais vous ne vous en rendez pas compte puisque vous êtes au cœur de ce territoire. N’étiez-vous pas déjà passionné dès votre enfance par cette légende arthurienne, peut-être même sans le savoir, à travers vos songes et vos cauchemars ? Je vivais dans l’ouest canadien, dans un coin très éloigné, mais j’avais déjà cette envie de fantastique. J’ai fait mes études d’art décoratif à Strasbourg et j’ai découvert cet univers totalement ancien et finalement nouveau à mes yeux. C’était un rêve éveillé. Un J’ai vu une petite maison, face à l’hôtel Saint-Christophe à La Baule: c’est incroyable, on a l’impression qu’elle est hors du temps, une sorte de petit château, de petite cathédrale La Baule+ : Savez-vous que sur la Presqu’île nous sommes situés à moins de deux heures de route de la forêt de Brocéliande et du pays arthurien ? Est-ce la première fois que vous exposez au plus près de l’origine de votre imaginaire ? John Howe : Non. Je suis déjà venu à La Baule en 2008 et je suis déjà allé à plusieurs reprises au château de la forêt de Paimpont. Nous avons même tourné un documentaire dans la forêt de Brocéliande. Quand je regarde cette architecture bretonne, j’ai toujours l’impression qu’elle a poussé naturellement, comme si elle n’avait jamais été construite. Le granit a quelque chose de solide et d’organique. Quand je me suis promené, cela m’a fait réfléchir. La Presqu’île pourrait m’inspirer. Par exemple, j’ai vu une petite maison, face à l’hôtel Saint-Christophe à La Baule: c’est incroyable, on a l’impression qu’elle est hors du temps, une sorte de petit château, de petite cathédrale. Il y a des petites fenêtres qui surgissent comme des flèches… À Guérande, il y a ce granit très

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2