La Baule+

la baule+ Avril 2024 | 27 rock ‘n’roll pour ma génération, donc j’ai connu ça toute ma vie. Aujourd’hui, le débat a tendance à disparaître et, être différent, c’est être marginalisé. Avant, c’était une curiosité, aujourd’hui c’est une marginalisation. Je me rends compte de tout cela, que ce soit dans des discussions ou des débats. Mais ce n’est pas que chez nous : j’étais aux États-Unis cet été et je peux vous dire que cela prend une drôle de tournure. Cela relève de l’absence de sentiments et d’empathie : donc on ne peut plus aimer après… Je ne sais pas. Je crois que l’éducation sentimentale venait beaucoup de nos lectures. Quand j’étais adolescent, nous n’avions pas forcément des modèles, mais des exemples, comme « La princesse de Clèves » ou « Le diable au corps.». Il y avait pléthore de livres, y compris dans la littérature contemporaine. Je cite beaucoup de femmes, parce que c’étaient elles qui donnaient la tendance et qui portaient encore le romantisme. L’éducation sentimentale venait de « La princesse de Clèves » et l’éducation sexuelle venait du catalogue de La Redoute… Il y a une part de vérité dans ce que vous dites, cela fait sourire, mais c’était vrai. Après, il y a eu des magazines comme Playboy ou Lui. Mais les émois adolescents étaient d’abord portés par ces images de sous-vêtements que l’on retrouvait dans les catalogues de mode féminine. Dans le roman, lors du procès, le professeur se défend en s’attaquant aux juges : « Vous me paraissez tous glacés, figés, empaillés, rien ne bouge dans vos cœurs et dans vos yeux, vous croyez juger l’un de vos semblables, mais je n’ai rien de commun avec vous. » On pourrait ressortir cette citation pour illustrer de nombreux sujets… On écrit parfois ce que l’on souhaiterait lire ! Mon personnage est une sorte d’idéaliste. Même dans sa façon d’être amoureux, il ne le fait pas exprès. Il est passionné, il est emporté, il dit aussi qu’il ne contrôle plus rien. Ce n’est pas le perdreau de l’année, il a 40 ans, il sait qu’il devient asocial, il n’a aucune illusion sur luimême. Votre livre va peut-être donner l’envie d’aimer, car nous sommes dans une époque où beaucoup n’ont plus envie d’aimer… Ce n’est pas faux. J’ignore si cela va donner l’envie d’aimer, mais je voudrais que cela recentre ce sentiment. Je voudrais que les gens se disent qu’il est possible de vivre une telle histoire. Il y a des êtres humains qui vivent sans n’avoir jamais connu un sentiment amoureux qui les emporte. Pour eux, cela passe par l’accouplement raisonnable. On ne sait pas trop pour quelles bonnes ou mauvaises raisons on est en couple, mais il y a des gens qui n’ont pas connu l’emportement amoureux, à savoir le délire incontrôlable. Je ne dis pas que c’est la panacée et je n’invite pas les gens à brûler toute leurs passions, parce que le monde serait bizarre. Mais il faut quand même avoir eu un jour ce déclic. (Suite page 28)

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