la baule+ Décembre 2023 // 33 du tout pour une question de territoire. Ventrachoux : c’est l’expression même du génocide de l’enfant On observe que la Vendée a retrouvé son histoire et une fierté, tandis que la Bretagne reste encore honteuse : qu’en pensez-vous ? R.S : Votre question est intéressante. Je suis issu de la rive gauche de la Loire et, lorsque j’étais élève à Saint-Sauveur de Redon, j’étais honteux. Philippe de Villiers raconte cela aussi. Quand on dit que l’on est vendéen, on est immédiatement taxé de « Ventrachoux». C’est très intéressant, car ce mot veut dire quelque chose de très précis. Cela veut dire le ventre qui a un chou, c’est l’enfant qui est tué par le bleu, et il y a ensuite un chou sur le nombril pour la cicatrisation. C’est l’expression même du génocide de l’enfant. C’est la cruauté la plus extrême. Il y a ensuite eu des événements majeurs. D’abord, la création du Puy-du-Fou par Philippe de Villiers, qui permet de faire adhérer un public très important à l’histoire de la Vendée. J’ai également œuvré au niveau intellectuel sur ce que l’on appelait les guerres de Vendée. Les Vendéens, qui ont toujours été considérés comme des bourreaux, parce qu’ils ont lutté, vont devenir des victimes. Et cela change tout. Les Bretons ont été culpabilisés à l’extrême par ce qui s’est passé au moment de la Révolution française Dans beaucoup de familles, en dehors de l’histoire officielle, tout cela se savait et l’on accusait de « complotistes » ceux qui estimaient que les Vendéens étaient des victimes… R.S : Oui, mais on ne comprenait pas cette logique de système. J’ai permis aux Vendéens de comprendre cela. Ils n’ont pas été des bourreaux, mais des victimes, ce qui leur a permis de récupérer une certaine fierté globale. Quant à la Bretagne, elle n’a pas encore fait cette démarche. D’abord, les Bretons ne connaissent pas leur histoire, alors qu’ils ont une histoire particulière. Ce n’est pas du folklore. Ensuite, les Bretons ont été culpabilisés à l’extrême par ce qui s’est passé au moment de la Révolution française. Ils ont toujours l’idée qu’ils ont été des mauvais Français parce qu’ils n’ont pas été les artisans de la République. Enfin, ils ont été en marge de la Nation, tout au long du XIXe siècle, jusqu’à la Première Guerre mondiale. C.G : Il est vrai que les Bretons ont été mis en marge, notamment parce qu’on leur a enlevé leur langue. On a coupé toutes les racines. Depuis les années 70, tout le monde commence à se réapproprier cette histoire de la Bretagne. Cela se fait en dehors du système, certes, mais c’est un long chemin. J’estime qu’il y a vraiment un renouveau dans la culture bretonne. Il y a des gens qui ont une réflexion politique. Sur la Presqu’île, aucune association bretonne ne s’est parlé, or, le mois dernier, une douzaine d’associations bretonnes se sont regroupées à Guérande et nous avons beaucoup avancé en dix minutes. (Suite page 34)
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