la baule+ 32 // Décembre 2023 Histoire ► La Bretagne a-t-elle été annexée de force par la France ? Reynald Secher : « La France a annexé la Bretagne en 1789, de manière unilatérale, sans convention et sans accord. » L’historien et écrivain Reynald Secher, spécialiste des guerres de Vendée, a travaillé avec l’équipe de « Vaincre ou mourir » et il intervient d’ailleurs au début de ce film. Entre 1793 et 1796, jusqu’à 200 000 Vendéens, Bretons, Angevins ont été massacrés par les troupes républicaines dans un contexte d’insurrection contre-révolutionnaire qui se propageait un peu partout en France. Depuis des décennies, les œuvres de Reynald Secher ont reçu de nombreux prix. À La Chapelle-Basse-Mer, à la tête de l’association Mémoire du Futur, il dirige un projet visant à la restauration de la chapelle SaintPierre-ès-Liens et à la reconstruction d’un cloître laissé à l’abandon. Reynald Secher a été l’invité de Caroline Glon, conseillère municipale, présidente de l’association pour la sauvegarde du patrimoine de La Baule et présidente de VigiBretagne, pour donner une conférence sur la Bretagne et les guerres de Vendée. À cette occasion, l’association bauloise a également fait un don à celle de Reynald Secher, Mémoire du Futur, qui œuvre pour la restauration des chapelles. Reynald Secher annonce la sortie d’un nouveau livre sur l’histoire du génocide de La Chapelle-Basse-Mer sous la Révolution française. Dans le cadre de sa venue à La Baule, Reynald Secher s’est rendu dans le studio de Kernews avec Caroline Glon. La Baule + : Vous avez joué un rôle majeur dans l’élaboration du film « Vaincre ou mourir ». Il y a des scènes avec plusieurs références à la Bretagne. Y a-t-il eu une lutte bretonne en parallèle à celle des Vendéens ? Reynald Secher : Les gens se révoltent pour cette notion de liberté, ce n’est pas seulement une notion du Poitou, c’est aussi une notion bretonne, parce qu’il faut comprendre que jusqu’au 4 août 1789, la Bretagne est un pays associé. Par le traité de 1532, les Bretons s’associent à la couronne de France, c’est-à-dire qu’ils conservent leurs droits et leurs coutumes, et ils ont une représentation à travers le Parlement. Charette est un Breton qui s’est battu sur les mers internationales, notamment pour l’indépendance des États-Unis d’Amérique, au nom des libertés bretonnes. Lorsqu’il est démobilisé, il revient sur ses terres bretonnes en tant que Breton. Lorsqu’on l’appelle pour devenir un chef, sa réaction est très intéressante. Il est contre l’insurrection d’un chef contre l’autorité, mais il accepte l’insurrection pour rétablir l’autorité légitime. Tout est dit en quelques mots au début du film. Vous évoquez cette collaboration entre la Bretagne et le royaume de France. Certains historiens expliquent que cela s’est fait par la force à travers le siège du Parlement de Vannes. Qu’en pensez-vous ? R. S : Le roi de France veut, coûte que coûte, annexer la Bretagne. C’est une puissance militaire, c’est une puissance maritime, c’est une puissance économique, et c’est aussi une population. Le rajout de cette péninsule lui permet de maîtriser la Manche, donc la confrontation avec les Anglais, et l’océan Atlantique. Les plus grands ports de la façade atlantique sont Saint-Malo, Lorient, Nantes et Redon. Grâce à cette union, qui n’est pas une annexion, il va maîtriser les mers. Que s’est-il passé exactement à Vannes ? La France a quand même obtenu cette collaboration par la force… R.S : Oui, c’était une collaboration forcée, mais les Bretons ont fondamentalement gagné car, en 1789, la Bretagne paye deux fois moins d’impôts par rapport à la moyenne nationale. La Bretagne a conservé sa langue, ses coutumes et ses usages. C’est-à-dire que le roi de France n’a pas pu imposer ses normes nationales en Bretagne. Ainsi, sur le plan juridique, ce qui s’est passé en 1532 peut être opposable… R.S : Bien sûr. Un certain nombre de juristes, en 1789 et en 1790, ont dénoncé ce qui a été fait lors de la nuit du 4 août. Les députés bretons, qui ne sont pas mandatés, renoncent aux privilèges de la province. Ils sont mandatés pour négocier les dettes, mais ils ne sont pas mandatés pour remettre en question l’autonomie de la Bretagne. C’est pour cette raison qu’un certain nombre de juristes bretons dénoncent cela. Le problème, c’est qu’à l’époque il n’y a pas de notion internationale du droit, donc ils sont tout seuls et ils vont perdre. Au niveau du droit international, si ce qui s’est passé en 1532, puis en 1789, était soulevé à l’heure actuelle, je pense que la France perdrait Est-ce opposable aujourd’hui ? R.S : C’est une question qui est soulevée par un certain nombre de juristes et c’est un réel débat. Prenons l’exemple de la langue. Les Bretons apprennent leur langue maternelle comme une langue étrangère, c’est une question de fond. Au niveau du droit international, si ce qui s’est passé en 1532, puis en 1789, était soulevé à l’heure actuelle, je pense que la France perdrait. Donc, on peut faire une analogie avec l’actualité, comme la Russie avec la Crimée… Finalement, ce que la France a fait à la Bretagne, est-ce ce que Saddam Hussein a fait avec le Koweït ? R.S : Absolument. Le docteur Mellenec a fondamentalement raison. Tout cela a été fait en ignorant le droit international, mais aussi le droit national, puisque la France a annexé la Bretagne en 1789, de manière unilatérale, sans convention et sans accord. Lorsque l’ONU a été créée, lorsque le droit international a été créé, on a pris un train en marche et les dérives passées restent donc opposables ? R.S : Malheureusement, l’histoire de la Bretagne s’est déroulée trop tôt par rapport au droit international. Caroline Glon : Nous sommes très heureux d’avoir reçu Reynald Secher à La Baule, car lorsque le film « Vaincre ou mourir » est sorti, beaucoup de gens se sont rendu compte que Charrette était breton. On avait toujours eu l’idée que Charrette était vendéen. Il y a un rapport entre la Bretagne et la Vendée, sur l’identité et la fierté, avec la nécessité de reprendre cette cohésion qui doit être la nôtre aujourd’hui. Nous sommes très contents, à La Baule, de mettre à l’honneur Reynald Secher. Les Vendéens n’ont pas un combat géographique, mais un combat politique R.S : Le film « Vaincre ou mourir» est très bien fait, car il résume très bien cette problématique. Charette est un noble breton, qui sert la couronne royale française, de manière claire dans son esprit. Lorsqu’il revient en Bretagne, il est imbibé des idées de La Rouërie. C’est un marquis qui est au nord de l’Ille-et-Vilaine, c’est un homme remarquablement intelligent, qui a servi pour l’indépendance des États-Unis et qui revient en Bretagne avec des idées monarchistes, parce qu’il sait que la monarchie est garante de la liberté. Mais, en même temps, il veut profiter de l’affaiblissement du roi pour rétablir une certaine autonomie de la Bretagne. Il dit cela dans la première partie du film. Charette s’engage à rétablir une certaine autonomie de la Bretagne mais, petit à petit, il va être dépossédé de ce combat, pour adhérer au combat de la Vendée qui est d’une nature tout à fait différente. Les Vendéens n’ont pas un combat géographique, mais un combat politique. Ils se battent pour la liberté de pensée, mais pas Reynald Secher et Caroline Glon dans le studio de Kernews
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