La Baule+

Avec l’arrivée des IA génératives, le référencement naturel va être complètement bouleversé. D’ailleurs, on peut se demander ce que vont devenir tous les sites partenaires de Google qui reçoivent de la publicité. Face à cela, les médias traditionnels ne sont pas morts, sauf si, par effet de mimétisme, ils adoptent tous la numérisation en abandonnant leurs modes d’achat spécifiques pour reprendre ceux du digital. Je crains la mort de ces médias. Il faut que le modèle de l’abonnement fonctionne. On a du mal à trouver les chiffres, mais aux États-Unis cela ne fonctionne pas. Je pense que les sites Internet vont maintenant fonctionner sur des communautés de passionnés avec des dons. On va accepter la publicité sur les sites que l’on aime et on va aussi faire des donations. C’est un modèle que je trouve intéressant. Ceux qui arriveront à capter ce modèle seront relativement protégés. Il y a une déconstruction démocratique qui va s’amplifier Évoquons maintenant l’avenir du Web. On pourrait imaginer un immeuble de plusieurs étages : l’étage commercial, c’est Amazon, qui va tout truster, il y a aussi un étage avec le Web autoritaire et un autre avec le Web militant… Justement, face à la disparition programmée des réseaux sociaux, que pensez-vous de X qui rassemble les militants ? Le problème, c’est que X est un repère de militants qui n’aiment plus leur réseau. Les nouveaux réseaux sociaux seront créés autour d’une idée en rassemblant des gens qui seront tous d’accord entre eux. Il y a eu l’idée de la petite cloche bleue pour soutenir X, à travers un paiement, et les trois quarts des gens qui passent leurs journées sur X n’ont pas souscrit à cette offre. On commence à voir apparaître aux États-Unis des réseaux sociaux militants, très politiques, qui vont regrouper des gens qui sont d’accord entre eux. On parle souvent des bulles de filtres, car lorsque l’on est confronté à quelqu’un qui ne pense pas comme vous, on réagit violemment, et la société est très clivée. Il y a une déconstruction démocratique qui va s’amplifier. La publicité avait le mérite de faire se rencontrer des gens qui n’étaient pas d’accord entre eux sur une même plate-forme, mais je pense que c’est terminé. Les communautés ne se parleront plus, malheureusement, car, s’insulter, c’est aussi une façon de se parler. Bientôt, il n’y aura plus de contacts et le Web sera très morcelé. Ce phénomène s’observe aussi dans les médias, avec les gens de droite qui regardent CNews et les gens de gauche qui écoutent France Inter… C’est totalement exact. Nous sommes dans une société qui ne peut plus dialoguer Pendant ce temps, pour être à l’écart de toute polémique, les grandes chaînes généralistes traitent de la météo, des départs en vacances ou des produits de saison qui arrivent sur les marchés… C’est aussi une manière pour TF1 de ne pas avoir d’ennuis. Cela signifie que nous sommes dans une société qui ne peut plus dialoguer sur des sujets importants. Je distingue quelques futurs possibles pour le Web. D’abord, le Web autoritaire. C’est lié au fait que les États veulent reprendre la main. Pendant des années, le Web a été une forme d’open bar et, maintenant, les États ont pris conscience que certaines sociétés ne payaient pas leurs impôts tout en laissant se développer tout et n’importe quoi. Il y a des sociétés qui écoutent tout ce que vous mettez sur le Web. Tout est traqué, tout est analysé... Ces entreprises travaillent notamment avec la Commission européenne qui analyse l’évolution de son image chaque jour. On est ainsi capable d’identifier les influenceurs négatifs, c’est-à-dire les gens qui vont dire du mal de vous. Je trouve que c’est un peu inquiétant. Nous avons quand même la chance d’être dans des démocraties : par exemple, lorsque des députés de la majorité veulent pénaliser les climato-sceptiques, les constitutionnalistes disent que cela ne pourra jamais passer… À l’exception des propos punis par la loi, comme l’antisémitisme ou l’appel au meurtre, la parole reste relativement libre… Pour l’instant, oui. Mais X est quand même dans le collimateur de Thierry Breton et de la Commission européenne… En face, vous avez des réseaux très lisses, ce n’est pas Instagram qui va être dans le viseur de la Commission européenne. Le Web est devenu une agora violente, alors qu’au départ la grande idée était de partager les savoirs et de promouvoir l’intelligence universelle. Maintenant, c’est la bêtise universelle. La dernière étape, c’est la manipulation des images via l’intelligence artificielle. C’est vertigineux, car on peut complètement réécrire l’histoire. À cela s’ajoutent la baisse du quotient intellectuel et l’appauvrissement du vocabulaire. On est dans le monde du court, la pensée est limitée et tout cela touche à la plasticité du cerveau humain. Propos recueillis par Yannick Urrien. la baule+ 26 // Décembre 2023 Maria Mercanti-Guérin : « On est dans le monde du court, la pensée est limitée. » Le collectif Défense de la mer, présidé par Alain Doré, analyse depuis plusieurs mois la production électrique des éoliennes en mer et, selon l’association, le constat est sans appel : c’est un échec. Depuis les tempêtes de début novembre, un quart des éoliennes ne produisent plus rien Alain Doré souligne avec humour qu’au moment même des Assises nationales de l’économie de la mer à Nantes, la production des éoliennes était nulle : « Elles ont arrêté de produire du mardi 28 novembre à 15h jusqu’aumercredi 29 novembre à 7h, donc seize heures consécutives à zéro, de quoi alimenter zéro personne en Loire-Atlantique ! Pire, depuis les tempêtes de début novembre, un quart des éoliennes (une vingtaine) ne produisent plus rien parce que leur courant n’est plus transmis par la station électrique. Quand on se réunit pour envisager le futur, il vaut mieux connaître le présent et les retours d’expérience ! Que savons-nous d’autre des éoliennes de Saint-Nazaire ? La production est intermittente, de façon vertigineuse, donc pèse énormément sur la stabilité du réseau électrique. La production mensuelle est imprévisible et le facteur de charge depuis le 10 janvier n’est que de 32,4%, pour 41,5% annoncé, et 38% estimé… » Le bilan carbone des éoliennes n’est toujours pas publié Par ailleurs, Alain Doré souligne que le bilan carbone des éoliennes n’est toujours pas publié, alors que Éoliennes en mer : trop intermittentes pour être efficaces ? 80% de sa valeur est généré par la construction : 600 000 tonnes équivalent CO2, au minimum, ont donc déjà été lâchées dans l’atmosphère. Pourtant, « lors de son intervention aux Assises de la Mer à Nantes, le mardi 28 novembre, le président Macron a annoncé le lancement en 2025 d’un gros appel d’offres pour 10 GW d’éolien en mer, qui viendrait s’ajouter aux 8 GW actuellement en service, en construction ou en projet avancé. Il constituerait une étape vers les 50 parcs, pour 45 GW, dont l’objectif pour 2050, a été arrêté aussi légèrement mi-2023. Étrange empressement alors qu’aucun retour d’expérience n’est disponible et que la filière éolienne offshore traverse une crise mondiale sans précédent … » La production des éoliennes en mer en novembre 2023 (Source : DLM)

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2