La Baule+

la baule+ 24 // Avril 2023 Témoignage ► L’ancien maire de La Baule raconte son parcours professionnel Yves Métaireau : « J’aime cette France qui a parfois le sentiment d’être abandonnée. » Yves Métaireau a été un homme public de premier plan sur la Presqu’île pendant plusieurs décennies : élu pendant 40 ans, maire de La Baule durant 25 ans et président de Cap Atlantique pendant 20 ans, il relate son parcours dans un ouvrage intitulé « Les Tribulations d’un maire de France, de La Baule au monde », qui est disponible dans toutes les librairies de la Presqu’île. Dans notre précédent numéro (mars 2023), nous évoquions la carrière politique et le parcours idéologique d’Yves Métaireau. Cette fois-ci, il s’agit de son itinéraire professionnel, notamment sur le plan international. YvesMétaireau organise plusieurs séances de dédicaces à La Baule : Samedi 8 avril à 11h à la Maison de la Presse des Palmiers, avenue Lajarrige. Samedi 15 avril à 11h à la Maison de la Presse, avenue de Lattre de Tassigny. Samedi 13 mai à 11h à la librairie Lajarrige, avenue Lajarrige. La Baule + : Nous avions évoqué, lors d’un précédent entretien, les racines de votre construction idéologique. Dans votre livre, vous rendez hommage à deux personnalités : Olivier Guichard pour votre vie politique et Paul Legueu pour votre vie professionnelle. Comment avez-vous commencé ? Yves Métaireau : J’ai eu la chance de rencontrer Paul Legueu par une relation. Il était avec son épouse, Ghislaine, qui s’occupait des finances et j’avais été épaté après une conférence qu’il avait donnée à la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire. Il avait une parfaite connaissance des véhicules qu’il produisait, mais aussi de l’étranger, puisqu’il faisait uniquement de l’exportation. Il a eu la chance que le général de Gaulle, après avoir donné l’indépendance à la plupart des pays d’Afrique, crée le ministère de la Coopération. L’objectif était de donner du matériel et des coopérants aux pays nouvellement indépendants, parce que l’Afrique francophone était une création de la France, de la même manière que l’Afrique anglophone était une création de l’Angleterre. Les anciens colonisateurs ont voulu pérenniser cela. Sinon, les ethnies africaines - qui n’ont rien à voir avec les frontières réalisées par les Français - auraient sans doute créé des perturbations et désintégré le système que nous avions mis en place. Au Togo, il y a environ 120 ethnies et chacune a envie d’avoir le pouvoir. Il faut bien connaître l’Afrique et c’est Jacques Foccart, sous l’égide du général de Gaulle, qui a créé ce que l’on appelle aujourd’hui la Françafrique, mais qui a permis à tous ces pays de réussir leur stabilité en attendant leur progression économique. À La Baule, ceux qui ne vous connaissaient pas disaient à un certain moment que vous étiez un marchand d’armes... Non. L’ACMAT est une entreprise moyenne, qui avait entre 120 et 150 employés, et qui produisait des camions tout-terrain. Ces camions pouvaient être utilisés en véhicules militaires, mais aussi en véhicules incendie, ambulances, ou également en véhicules sur lesquels on pouvait mettre des armes. Le véhicule de l’ACMAT a remporté le Paris-Dakar et c’est ce qui a vraiment fait connaître l’entreprise… Nous avions vu Thierry Sabine. Il avait séduit mon patron et il voulait faire le Paris-Dakar en camion de maintenance capable de traverser le Sahara. À cette époque, ce n’était pas aussi dangereux qu’aujourd’hui. On lui a proposé deux véhicules et nous avons gagné deux années de suite. Cela montrait l’aptitude de ce véhicule très spécial, qui pouvait gravir des pentes à 60 %, avec une autonomie de 1600 kilomètres, un réservoir d’eau de 200 litres pour les hommes et l’on pouvait y intégrer de nombreux équipements. C’était un camion d’une simplicité extraordinaire à réparer et à entretenir. Les premiers camions ont été vendus en Mauritanie, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Ensuite, les pays achetaient des pièces détachées et des véhicules en complément. Après, il y a eu la guerre du Tchad. Nous avons vendu beaucoup de véhicules, environ 250, au moment où Kadhafi s’était lancé dans une opération scabreuse. Il avait oublié que Charles Hernu était ministre de la Défense à ce moment-là et qu’il n’avait pas du tout envie de céder ce territoire à Kadhafi. Les Tchadiens sont de redoutables combattants, sans doute la meilleure armée d’Afrique. C’était vraiment la grande peur des Libyens. Ils ont repoussé les Libyens sur leur frontière avec l’aide des Français et c’était un moment important pour la vente de véhicules. Après, tous les pays africains ont reconnu ce véhicule léger de reconnaissance et d’appui. L’Afrique occupe une place importante dans votre livre avec des rencontres épiques, notamment Omar Bongo, à l’époque président du Gabon, qui avait réussi l’exploit d’être en même temps franc-maçon, catholique et musulman... Sa garde présidentielle était composée d’anciens parachutistes français d’Indochine, commandés par l’un des généraux les plus décorés de France. Nous avons vendu 200 véhicules à la gendarmerie gabonaise. J’ai rencontré Michèle Cotta qui devait interviewer Omar Bongo. Elle faisait le pied de grue à la porte du palais présidentiel et elle n’était pas très contente de ne pas être dans les personnalités reçues immédiatement. J’ai aussi un autre souvenir : tout le monde n’allait pas en Somalie à l’époque, parce que c’était extrêmement dangereux, et j’ai eu la chance d’être reçu par le président Siad Barré. Il m’a acheté 200 camions qui ont été payés rubis sur l’ongle. Beaucoup de pays ont voulu acquérir le savoir-faire français, mais cela posait un problème de souveraineté technologique, parce que de nombreux industriels français ont accepté de donner leur savoir-faire à des pays. Nos conditions étaient les suivantes : il fallait commander au moins 200 véhicules et ensuite acheter les brevets, les modèles et les marques. Hassan II était un entraîneur Autre moment fort : lors de la Marche verte en 1975, le Sahara dit espagnol est revendiqué par l’Algérie qui ne l’occupe pas directement, mais qui met en place une fausse organisation qui s’appelle le Polisario. Le risque de guerre est important et le roi Hassan II a l’idée de demander à son peuple de marcher vers le Sahara pour conquérir ce territoire, en estimant que les Algériens n’oseront pas tirer sur des centaines de milliers d’hommes… Hassan II était un entraîneur. Il a eu l’idée de deman-

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