La Baule+
18 // Mars 2021 La Baule + : On a sou- vent dit dans le show- business que la grande popularité d’un chan- teur durait en moyenne sept ans, à quelques ex- ceptions près, comme France Gall, Michel Ber- ger ou Véronique San- son. Or, ce sont juste- ment ces artistes qui vous ont inspirée dans votre dernier album… Julie Zenatti : Oui, ces ar- tistes qui ont accompagné mon enfance, ma culture musicale et mon envie de ra- conter des histoires et de dire des choses. Je me suis beau- coup inspirée de toutes ces textures musicales, de toutes ces harmonies, pour essayer de proposer un album récon- fortant et plein de tendresse. Avec les contraintes de confinement et de couvre-feu, le moral n’est pas au beau fixe, mais vous revenez avec un style très positif… Ce n’est pas de l’opportu- nisme de ma part ! D'ailleurs, j’avais commencé à écrire cet album bien avant le premier confinement et j’ai terminé mes voix au cours de ce pre- mier confinement. Lorsque j’ai entrepris ce projet, j’avais envie d’un album qui me ré- conforte. Il est arrivé dans une période assez sombre, certes pas très opportune pour sortir un disque... Mais j’avais envie de procurer un peu de joie et de réconfort. Ainsi, Notre-Dame de Paris vous aura vrai- ment porté chance ! C’est certain, sinon je ne se- rais pas là, vingt-deux ans plus tard, à vous parler d’un nouveau disque... Comment vivez-vous cette période ? Ce n’est pas le bon moment parce que, lorsque l’on décide d’acheter un disque, c’est souvent en flânant : on tombe dessus et l'on se dit que ce se- rait bien de l’avoir à la mai- son. Certes, avec cette nou- velle vie « métro boulot dodo», les gens n’ont pas for- cément envie de dépenser des sous dans de la musique. Toutefois, on apprécie beau- coup plus d'acheter un disque parce que, justement, nous avons du temps. On prend du plaisir à écouter de la mu- sique et des albums dans leur intégralité et l'on consomme davantage la musique comme un moment de vie. Votre dernier événe- ment, c’est la tournée que vous aviez organi- sée avec des artistes dif- férents qui ont comme point commun la Médi- Musique ➤ Le retour de la variété française traditionnelle Julie Zenatti : « Il y a toute une nouvelle génération d’artistes qui ont remis la lumière sur leurs influences de départ. » À bientôt 40 ans, Julie Zenatti effectue son retour dans les bacs avec son album « Re- faire danser les fleurs » qui, quelques jours après sa sortie, figure déjà dans le Top 10 du classement des albums physiques. Celle qui avait incarné Fleur de Lys dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris ob- serve avec satisfaction un nouvel intérêt pour la variété française tra- ditionnelle, comme elle l'a expliqué en direct sur Kernews où elle était l’invitée de Yannick Urrien. terranée… Oui, ce sont mes origines. C’est un album qui est sorti après les attentats de Paris et que j’ai porté fièrement avec Chimène Badi, Slimane, Claudio Capéo et de nom- breux artistes qui viennent de bords différents de la Médi- terranée. J’avais envie de ren- dre hommage à cette culture multiple, faite de rencontres et de partages car, à quelques kilomètres près, j’aurais pu être une Zenatti musulmane ou italienne... Nous venons tous de quelque part ! Il faut être vigilant avec les amal- games qu’il peut y avoir avec la surconsommation d’infor- mation. Votre dernier album«Re- faire danser les fleurs » nous fait vivre les préoc- cupations d’une femme qui arrive à la quaran- taine… Il y a 13 thèmes différents au- tour du couple, du sexisme ordinaire, du burn-out, de ce sentiment de se faire glisser vers une nouvelle dizaine... Cela peut sembler angois- sant, mais c’est aussi le meil- leur moment de sa vie, parce que l’on se sent complète- ment en accord avec soi- même. C’est un album assez féminin. On s’est enlisé dans une forme de confort et d’égoïsme aussi Il y a des circonstances où l’on accepte cette transition alors qu'en d'autres temps, sous l’in- fluence de la presse fé- minine, on nous expli- quait qu’il fallait tout casser...Notre décennie semble plus paisible… Si je m’inspire de ces sonori- tés très 70 et 80, c’est juste- ment parce que je trouve que la société de ces années était prête à faire bouger les choses, à casser les codes et à continuer d’avancer. Après cela, on s’est enlisé dans une forme de confort et d’égoïsme aussi. On a moins entendu les gens, on a perdu certaines va- leurs, l’égocentrisme a pris le dessus... Si je m’inspire de cette époque, c’est parce que j’ai le sentiment qu’il faut que les choses bougent. Pour évoquer l’actualité, vous avez travaillé pour cet album avec Barbara Pravi qui aborde le concours Eurovision dans un style très sobre… Je pense qu’aujourd’hui les gens ont besoin de cela, de voir une artiste simplement, avec une lumière et une émo- tion brute, avec une orches- tration minimaliste et d’une justesse très poignante. On peut aimer ou ne pas aimer Piaf mais, quand on entend Piaf, il se passe quelque chose dans votre corps. C’est la même chose avec Barbara. Elle n’a que 27 ans, mais c’est une artiste qui n’a jamais été influencée par des codes, la mode ou une industrie. Elle est simplement là pour se ra- conter et trouver un écho à ses histoires. Je suis très contente que les gens aient voté pour elle. Elle a trans- percé l’écran ! On peut aimer le rap ou le rock, mais on peut aussi aimer Jacques Brel ou Édith Piaf. Les jeunes s’affirment de plus en plus dans la reconnaissance de la chanson française On passe ainsi de Bar- bara Pravi à Édith Piaf et de Julie Zenatti à Vé- ronique Sanson, comme s’il n’y avait plus de dif- férences entre les époques… On est peut-être moins snob! On peut effectivement passer de Véronique Sanson à quelque chose qui est plus dans l’air du temps, comme Clara Luciani, sans avoir l’im- pression d’écouter quelque chose de dépassé. Finale- ment, tout ce qui est Internet et streaming a contribué à cela, puisque les playlists n’ont jamais le même goût et
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