La Baule+
16 // Mars 2021 L’Occident fait un peu du colonialisme sanitaire parce qu’être hygiéniste est une nouvelle manière de montrer que l’on appartient à la modernité Certes, mais d’autres ci- vilisations vont mainte- nir ces rapports hu- mains… L’Amérique latine est inté- ressante parce que c’est une civilisation mitoyenne, entre l’Occident et le monde amé- rindien, pour le Mexique, ou africain en ce qui concerne le Brésil. Mais l’Occident fait un peu du colonialisme sanitaire parce qu’être hygiéniste est une nouvelle manière de montrer que l’on appartient à la modernité. Je ne suis pas certain que le Mexique, sans le regard de l’Occident, aurait pris toutes ces mesures : «Regardez comme nous sommes civilisés en passant nos mains dans le gel… » Dans le tiers-monde, il y a ce regard de l’Occident qui les oblige à devenir aussi morts que nous. Jamais nos socié- tés n’ont été aussi mortes de- puis qu’elles prétendent tout faire pour sauver la vie ! J’espère qu’il va y avoir une résistance de la part des pays du tiers-monde Vous prenez l’exemple du Mexique, puisque vous êtes au Québec, mais en France nous pouvons nous tourner vers le Maghreb ou l’Afrique et l'on observe le même phénomène : la politique du confine- ment et cette volonté de montrer aumonde qu’ils ont du gel à l’entrée des restaurants et des ma- gasins… C’est un peu triste ! J’espère qu’il va y avoir une résistance de la part des pays du tiers- monde, qui n’ont jamais eu les moyens du confinement, donc c’est une catastrophe économique majeure. Au Mexique, on dit qu’il faudra trente ans pour rattraper cela! Ceci dit, au Mexique, il y a la réalité du virus, mais il y a aussi une acceptation de la réalité de la mort. Les Mexicains craignent le virus, mais je ne suis pas certain que sans le regard de l’Occi- dent, ils seraient allés aussi loin dans les mesures sani- taires. En réfléchissant à cela, en faisant allusion à votre dernier livre contre le multicultura- lisme, peut-on penser, à l’inverse, que le multi- culturalisme peut sau- ver nos libertés ? Je vais vous donner un exem- ple: à Paris, dans toutes les grandes surfaces, il y a des vigiles qui sont gé- néralement africains ou maghrébins et qui sont là pour veiller au res- pect des mesures sani- taires. Or j’ai remarqué qu’ils n’y croyaient ab- solument pas et qu’ils faisaient semblant, en s’amusant, de respecter les consignes… On voit bien que les jeunes d’ori- gine africaine ou ma- ghrébine sont les plus rebelles… Depuis l’avènement du nou- vel ordre sanitaire, j’ai été forcé de faire mon autocri- tique parce que, dans mon livre « La face cachée du mul- ticulturalisme », je montre que le multiculturalisme est une sorte de critique de la modernité. Pour les Occiden- taux, c’est le fantasme de la régénération spirituelle de l’Occident par d’autres cultures. Force est de consta- ter, comme vous le dites, qu’avec ce nouvel ordre il va falloir se tourner vers des modes de pensée alternatifs. Il ne faut pas aller jusqu’à dé- nigrer l’Occident, mais il faut reconnaître qu’il y a des pro- blèmes dans la modernité oc- cidentale, aujourd’hui, trop c’est trop, nous sommes dans une dérive complète. Mexique : On est loin du chaman en transe devant la nature. Au contraire, il n’y a aucune conscience écologique Si je prends une autre il- lustrationavec l’écologie, les politiques les plus en pointe sur l’écologie dra- guent cette clientèle élec- torale, mais quand vous écoutez les clips de rap, les jeunes des cités se si- tuent à cent mille lieues des rêves écologistes : la voiture électrique ne les fait pas fantasmer et ils veulent toujours être dans la société de consommation avec des marques... Ne va-t-il pas y avoir un choc culturel à l’arrivée ? Il est certain que dans le mul- ticulturalisme de l’écologiste, il y a le fantasme du « bon sauvage » que l’on va édu- quer... C'est l’Amérindien en Amérique du Nord, celui qui est proche de la nature. Il y a beaucoup de clichés dans tout cela. Les écologistes veu- lent courtiser les électorats étrangers, tout en conservant le mythe du « bon sauvage » et il y a évidemment un dé- calage. Au Mexique, ceux qui sont d’origine amérindienne ne sont pas toute la journée en train de prier les éléments naturels, c’est du n’importe quoi ! Mexico est l’une des villes les plus polluées au monde. On est loin du cha- man en transe devant la na- ture. Au contraire, il n’y a au- cune conscience écologique. L’eau du robinet n’est pas consommable, les bouteilles en plastique s’accumulent par millions, les gens s’amu- sent à brûler leurs déchets, c’est fou… Votre question est très intéressante, car il est certain que l’Occident est maintenant une civilisation fanée qui s’est noyée dans son obsession du contrôle. On devient des morts-vi- vants, on vit dans nos univers numériques, on se fait croire que l’on est solidaire... Tout a changé. On ne peut plus penser le monde avec les an- ciens clivages et l'on dé- couvre de nouveaux clivages. Quand je critique les mesures sanitaires, je me retrouve en phase avec des catholiques, des gens de partis politiques avec lesquels je n’aurais ja- mais eu de liens, comme l’ex- trême gauche, et qui s’oppo- sent au confinement… Sommes-nous en train d'intégrer une société clanique, de plus en plus divisée, qui va s’ampli- fier avec la crise sani- taire ? Les réseaux sociaux ampli- fient cela, c’est le phénomène de la chambre d’écho, et les grands acteurs de l’industrie numérique sortent gagnants de la crise sanitaire. Plus les gens vont être sur les réseaux sociaux, plus ils auront ten- dance à rejoindre des tribus numériques. Propos recueillis par Yannick Urrien. L es Portes de l’Atlan- tique, tel est le nom du port créé par le baulois Jean-François Ma- zan à Frossay, à proximité de Paimbœuf. Le nom de Jean- François Mazan est connu de tous les amateurs de nau- tisme sur la presqu’île, puisqu’il s'agit du créateur de l’enseigne La Baule Nau- tic. Jean-François est aussi réputé pour son humour, sa culture et sa passion pour l’histoire, qui est sans doute liée au parcours de ses an- cêtres. En effet, ces derniers avaient dû fuir la Perse il y a 900 ans en raison des per- sécutions religieuses : «C’était une famille qui s’est installée dans le Vaucluse, à Mazan, où ils ont créé une communauté chrétienne qui a bien prospéré. En 1530, ils ont été obligés de monter vers le nord, où l’agriculture est plus facile. Ils se sont ins- tallés du côté de Plessé… » Jean-François est aussi sur- nommé « Petit-Breton » en hommage à son grand-père qui fut l’un des coureurs cy- clistes les plus célèbres de la Belle Époque. Il revient sur son histoire : « Mon arrière- grand-père était horloger à Plessé. Il fabriquait des pen- dules et, un jour, il a eu l’idée d’aller aider les Républicains à prendre le pouvoir, qui avait déjà été pris à Nantes et à Saint-Nazaire en 1880. Mais il a fait fausse route et il a été battu… Alors, il a pris le bateau à Saint-Nazaire pour s’installer comme hor- loger à Buenos Aires. Mon grand-père est arrivé à Bue- nos Aires à huit ans. Il a dû travailler rapidement. Il a eu la chance d’avoir une bi- cyclette et c’est devenu une passion. Cependant, mon ar- rière-grand-père ne voulait pas que son fils fasse des courses de vélo, car c’était à ses yeux un métier indigne de la famille. Mon grand- père, Lucien, a désobéi à son père. Il s’est inscrit dans les courses de vélo en Argentine sous le nom de Breton, parce qu’il était d’origine bretonne. Quand il est revenu en France au début du XXe siècle, il est arrivé au Vélo- drome et il voulait s’inscrire encore sous le nom de Bre- ton. Mais il y avait déjà un Breton et on lui a proposé de prendre le nom de Petit-Bre- ton ! » Mon père était un heureux Camelot du roi dans sa jeunesse Lucien Mazan est le pre- mier coureur à avoir rem- porté deux fois le Tour de France. C'était en 1907 et en 1908, sous le nom de « Pe- tit-Breton » ! La légende a traversé deux générations et l'on a continué d’appeler Jérôme Blanchet-Gravel : « Dans le multiculturalisme de l’écologiste, il y a le fantasme du « bon sauvage » que l’on va éduquer... » Jean-François Mazan : notre « Petit-Breton » réalise son rêve de port À 81 ans, le baulois Jean-François Mazan continue d’entreprendre: le fondateur de La Baule Nautic a créé son port à sec, Les Portes de l’Atlantique, près de Paimboeuf, et il se rend à son bureau chaque matin !
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