La Baule+
14 // Mars 2021 La Baule + : On voit ap- paraître au Québec une nouvelle génération d’intellectuels qui occu- pent, comme en France, une place croissante dans les médias. D’abord, quelle est la si- tuation sanitaire au Québec ? Jérôme Blanchet-Gravel: Je conteste certaines me- sures, mais pas toutes, et je n’ai jamais nié l’existence du virus, contrairement aux complotistes qui minimisent le virus. En Occident, on a une réaction assez homo- gène, c’est une crise anthro- pologique, l’Occident est paralysé devant la peur de la mort. On sait qu’il y aura des gagnants et des perdants, c’est certain, des entreprises comme des groupes idéolo- giques. La première chose que j’observe, c’est la peur de la mort. Les Occidentaux vi- vent dans le déni de la mort et je n’aurais jamais pensé que ce serait à ce point. J’imagine que les autres peuples, les empires de l’Est, doivent regarder cela avec beaucoup d’étonnement. Les Occidentaux réagissent comme des enfants qui vont se réfugier dans les jupes de Maman, à savoir les gouver- nements... C’est un peu triste. On aurait pu penser que les Occidentaux auraient un peu plus de vitalité. On veut avoir le contrôle absolu sur nos vies Ce sont les peuples qui ont perdu toute spiritua- lité qui sont en pointe dans cette peur. D’ail- leurs, les Arabes ou les Africains n’éprouvent pas cette crainte… Il est très intéressant de men- tionner cela. Le nouvel ordre sanitaire est l’aboutissement de la modernité avec tout son fantasme de l’homme Dieu, celui du contrôle absolu. C’est un nouveau régime politique et anthropologique. J’ai passé beaucoup de temps au Mexique au cours de ces der- nières années et, en mars 2020, j’étais à Mexico. La réaction a été très différente, alors qu’en Occident on veut avoir le contrôle absolu sur nos vies. On pense que l’on peut casser des vagues, on veut avoir le pouvoir absolu sur nos destinées biologiques, Opinions ➤ Il incarne la nouvelle génération des intellectuels québécois Jérôme Blanchet-Gravel : « L’accusation de complotiste remplace celle de raciste ». J érôme Blanchet-Gravel incarne la nouvelle génération des es- sayistes québécois qui s'expri- ment dans de nombreux médias. Spécialiste des idéologies, il est l’au- teur de plusieurs essais politiques et il collabore à différents supports. Son dernier ouvrage, « La Face ca- chée du multiculturalisme », a été publié en février 2018 aux Éditions du Cerf (Paris). on nous explique que les sexes n’existent plus... C’est comme si la fatalité n’existait plus, alors qu’il y a encore des fatalités dans l’existence. Le gel purificateur : c’est la nouvelle eau bénite ! On observe aussi une évolution du débat et la pensée alternative mo- dérée n’a plus sa place. Il y a des extrêmes de la dictature sanitaire et, par ailleurs, d'autres ex- trêmes qui soutiennent que le virus n’existe pas: or, si vous essayez de vous frayer un chemin entre les deux, vous n’ar- rivez plus à vous faire entendre… Vous commencez à parler de complotisme en France, un peu plus tard que chez nous. Vous avez des intellectuels qui ont travaillé sur ce sujet, mais c’est un imaginaire po- litique qui vient d’Amérique du Nord. L’accusation de complotiste remplace celle de raciste. Cela signifie que l’on ne peut plus discuter avec vous dès lors que vous commencez à remettre en question certaines mesures. J’évolue encore dans les mé- dias institutionnels au Qué- bec et on ne me la fait pas ! Ceci dit, sur les réseaux so- ciaux, de plus en plus de ci- toyens ordinaires sont asso- ciés au complotisme dès lors qu’ils critiquent certaines me- sures. Tous les commerces ont pris toutes les mesures nécessaires, avec le gel puri- ficateur : c’est la nouvelle eau bénite ! Vous vous retrouvez avec une préposée avec une visière de soudeur, derrière une baie vitrée et on vous ex- plique déjà que c’est trop ris- qué ! On a dépassé le stade de la rationalité. Le nouvel ordre sanitaire n’est pas scientifique, il témoigne d’une nouvelle vision du monde. De toute façon, la science est incapable, face à l’infinie variété de dommages collatéraux que l’on est en train de créer. On est dans le triomphe du risque zéro. Le rêve de Greta devient réalité... Dans cette évolution de la société, les théoriciens proches des mouve- ments écologistes ten- tent de nous convaincre que nous vivons une transition formidable, puisque c’est aussi un moyen de réduire la croissance. La crise de la Covid serait-elle le che- val de Troie de la dé- croissance ? Ce n’est pas impossible. Le rêve de Greta devient réalité... La question est de savoir à qui cela va profiter sur le plan idéologique. Manifestement, quand on regarde le fait que tous les avions sont cloués au sol, cela fait des années que certains mouvements écolo- gistes nous disaient qu’il fal- lait absolument réduire la quantité de voyageurs, donc c’est la fin du tourisme de masse. Au Québec, on a fermé des rayons en décrétant des produits essentiels et d’autres non essentiels, comme les livres. Le Québec s’inspire beaucoup de la France dans sa politique de confinement et l'on a un condensé de toutes les approches euro- péennes. Quand l’État commence à décréter ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas, ce n’est pas très promo- teur ! Cela rappelle le projet de durabilité des écologistes. Tout ce que l’on fait devrait s’inscrire dans une perspec- tive de durabilité. Petit à petit, on est en train de faire germer l’idée qu’il faut se diriger vers des sociétés avec beaucoup plus de contrôle social et c’est pour cette raison que je ne crois pas du tout à un retour à la vie d’avant. D’ailleurs, on parle déjà de nouvelle norma- lité, ce qui est inquiétant ! Je n’ai pas de doute sur le fait que l’épidémie va finir par s’épuiser, mais les États vont avoir envie de garder certains pouvoirs et il faut que des gens prennent la parole pour demander le retour de nos li- bertés. Sans ces personnes, il est évident que l’on se dirige vers des sociétés plus totali- taires. Au Québec, des gens comme moi dans les médias institutionnels ne sont pas plus que dix à défendre cela ! Les Québécois veulent un unanimisme complet. Le dé- ficit démocratique est énorme et l'on n'est déjà plus capable de tolérer qu’une dizaine de chroniqueurs critiquent cer- taines mesures en réclamant davantage d’équilibre. À cela s’ajoutent certaines problé- matiques, comme la santé mentale, parce que les gens n’en peuvent plus. L’impact économique sera terrible puisque l’on évoque le chiffre de 200 000 petites et moyennes entreprises qui vont peut-être fermer dans les prochains mois : c’est in- croyable sur un pays de 38 millions d’habitants ! Pour- tant, les gens continuent de s’en remettre au gouverne- ment et ils en réclament même davantage. Quand il y a davantage de cas, on cherche toujours des boucs émissaires, c’est un spectacle très laid. Lorsque je trouve un coupable, cela me rassure parce que je trouve une expli- cation, alors que le propre d’un virus est d’être viral et de se propager et, à moins de faire un suicide collectif, il va se disséminer.
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