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la baule + 24 // Juillet 2021 Vous avez étudié l’islam et les ressorts du djiha- disme. Plus on explore cela, plus on comprend qu’il sera très compli- qué de combattre l’is- lam radical et que les moyens que nous uti- lisons ne sont pas for- cément les bons. Qu’en pensez-vous ? Tout le monde fait ce constat d’échec, il est généralisé. On limite la menace, mais on n’endigue pas la proliféra- tion de la menace. Et les vo- lontaires au djihad sont tou- jours présents. Face à cela, il faut se plonger dans les ressorts de l’islam, mais aus- si se demander pourquoi les jeunes adhèrent à cette idéo- logie. Je suis convaincu que notre époque n’est pas épar- gnée par des problèmes an- térieurs. Ces problèmes du passé, on les a connus avec des hommes tout aussi évo- lués que nous. Quand je re- lis l’histoire, je retrouve des situations qui me rappellent étrangement la situation actuelle et l’on voit les so- lutions qui ont été mises en place. Il y a des parallèles à dresser. Mais, comme on n’est pas du tout tourné vers notre passé, on raye l’his- toire au fur et à mesure que l’on avance... C’est vraiment dommage. On ne trouvera pas les clés en inventant une nouvelle solution, car il faut s’appuyer d’abord sur l’ex- périence du passé. Les gens qui sont séduits par le djihad, l’aspect fondamental qui les embrasse, c’est la cause qui les dépasse Vous semblez dire que cette progression du djihadisme renvoie en miroir la décadence de l’Occident, le reflet d’un continent qui ne pense qu’au matérialisme mâ- tiné d’écologie... En ré- sumé, cette ligne idéolo- gique que l’on pourrait qualifier de « bobo » et qui montre ce qu’ils dé- testent le plus, ce qu’ils combattront le plus. Or, avec l’image d’un Oc- cident historique, basé sur des valeurs et des traditions, ce serait dif- férent… C’est une histoire d’idéal. Si l’on a un idéal, si l’on obéit à une idéologie, à une reli- gion ou à une philosophie, on est beaucoup plus fort et on est complet, parce que l’on a quelque chose de plus grand que nous à suivre. Les gens qui sont séduits par le djihad, l’aspect fondamen- tal qui les embrasse, c’est la cause qui les dépasse. C’est quelque chose de plus grand qu’eux. C’est quelque chose qui les fait vivre et qui les fait aller jusqu’au bout. Je crains que nous n’ayons pas cela dans nos rangs aujourd’hui. Vous avez côtoyé des agents de la CIA et des militaires américains. Contrairement auxFran- çais, ils restent canton- nés dans leur base, alors que les Français sortent en ville… J’ai pensé à une réflexion que l’on m’a faite en2003, aumoment de la deuxième guerre du Golfe : on m’a dit que le test démontrant que les Américains étaient des libérateurs, ce se- rait lorsque deux soldats américains iraient tran- quillement boire un coup à la terrasse d’un café à Bagdad et repartiraient tranquillement. Or, cela n’a jamais été le cas… C’est quelque chose qui tient de la vérité. On peut voir les choses ainsi, même si je pense que beaucoup d’armées fortes seraient ca- pables d’appliquer l’ordre et la sécurité en arrivant dans des États un peu instables, ce qui serait très profitable aux populations. Ce qui ne signi- fie pas pour autant que la population adhérerait sur le long terme à ces gens-là... Il y a encore une nuance : celle du temps long. Une armée forte peut rétablir la justice, la police et des fonctions ré- galiennes, mais il faut voir si cela tient la route sur le long terme. L’Empire romain est arrivé en Gaule, il y avait un ensemble de villages gaulois, et, au final, ils ont fusionné avec l’envahisseur latin pour créer une civilisation. Vous abordez le concept de responsabilité, la di- lution des sociétés et l’administration trop rigide et très hiérarchi- sée, où chaque membre a le sentiment de n’être qu’un rouage sans im- portance. C’est làoù tout s’effondre. C’est juste- ment ce qui a caractéri- combat, on ne signe pas de contrats ou de procédures, il n’y a pas de réserves légales. On se serre la main et on se regarde dans les yeux. C’est une espèce de relation féo- dale. Quand on part au combat, il n’y a pas de contrat Ce sont d’ailleurs les contrats qui tiennent le mieux, même dans le commerce… Le contrat est respecté parce qu’il n’y a pas d’in- termédiaires entre celui qui propose le contrat et celui qui le reçoit. On se regarde dans les yeux. Vous savez que c’est lui et vous savez que c’est vous. Personne ne pourra dire, derrière, qu’il n’était pas là ou qu’il y avait une commission déontolo- gique pour étudier cela… Quand on part au combat, il n’y a pas de contrat. C’est une relation féodale très in- téressante, parce que toute l’armée fonctionne de cette manière, même s’il y a des règles et une hiérarchie que l’on respecte. Il y a toujours cette notion de parole don- née. C’est pour cette raison que je dis que l’armée est une société parallèle. La fin de votre livre per- met de pressentir un engagement politique futur. Vous avez été un chef de guerre sur le champ de bataille, mais maintenant vous souli- gnez que seules les idées peuvent combattre sur le champ des idées. Avez-vous envie de par- ticiper à cet affronte- ment des idées ? Absolument, j’en ai très envie. Je ne suis pas un homme pressé. Je com- mence à temporiser ce que je fais. J’aime prendre le temps de la réflexion et de la préparation. Je ne vais pas monter un parti poli- tique ou un institut, mon ambition est autre. Ce sera quelque chose d’assez iné- dit, mais ce ne sera pas de l’ordre du mouvement poli- tique. Propos recueillis par Yannick Urrien. sé le régime nazi et le ré- gime communiste, avec des hiérarchies denses, très complexes et bu- reaucratiques. Cela res- semble beaucoup à l’ad- ministration française du XXIe siècle… Complètement. Si vous prenez les comptes publics d’une région, par exemple, lorsque des élus arrivent, les comptes sont à un ni- veau X et, lorsqu’ils re- partent, il y a un déficit bud- gétaire. Cela arrive souvent. Mais qui va payer ? Les élus sont-ils responsables ? Les hauts fonctionnaires sont- ils responsables ? Les cabi- nets sont-ils responsables ? Les préfets sont-ils respon- sables ? Pourtant, il y a des gens qui ont signé des tra- vaux, des aménagements ou des recrutements... On est dans un système où l’on se demande où sont les responsables Regardez ce qui s’est passé pendant la crise sanitaire, avec tous ces ordres et contre- ordres… Qui est responsable ? Où est le responsable ? S’il n’y a pas de responsable, c’est qu’il n’y a pas de chef. En fait, on est dans un sys- tème où l’on se demande où sont les responsables, c’est quand même assez pro- blématique ! On en arrive au procès de Nuremberg, au procès d’Eichmann, où la seule ligne de défense consiste à dire : « Je n’ai fait qu’obéir aux ordres » . Tout le monde a dit cela. Si vous obéissez au quotidien à tout ce que l’on vous demande, si personne, à un moment, n’a la conscience de se dire qu’il met sa responsabili- té derrière, on peut arriver à des dérives incroyables. C’est l’histoire qui dit cela. Le flic qui se fait agresser paie tous les ressentiments que l’on accumule envers X ou Y… Toutes proportions gardées, au moment du confinement, on a en- tendu beaucoup de po- liciers expliquer qu’ils voulaient agir avec dis- cernement et ne pas in- fligerune contravention de 135 € à quelqu’un qui se balade dans la rue, car leur mission est de poursuivre les voleurs et pas de verbaliser une dame qui se promène seule sur la plage… En l’occurrence, les poli- ciers sont tout en bas de la chaîne, ce sont des opé- rateurs. Ils agissent dans la rue, ils sont au contact du réel. Ils ont une place particulière dans cette hié- rarchie de règles et ils vont payer le prix exact de tout ce qu’on leur demande de faire. Si le policier applique une décision qui ne plaît pas aux gens, il ne peut pas se cacher. Il est sur place et c’est lui qui va payer les pots cassés. Le flic qui se fait agresser paie tous les ressentiments que l’on ac- cumule envers X ou Y… Alors que l’on devrait éprouver ce ressenti- ment contre le techno- crate qui a pondu la cir- culaire… Exactement. Mais qui a si- gné et qui est responsable de quoi ? C’est quelque chose d’extrêmement grave. Dans toutes les unités où j’ai tra- vaillé, quand on part au Louis Saillans : « Si vous obéissez au quotidien à tout ce que l’on vous demande, si personne, à un moment, n’a la conscience de se dire qu’il met sa responsabilité derrière, on peut arriver à des dérives incroyables. » Améliorez votre habitat sans contrainte SUIVI TOTAL DU CHANTIER Place des Halles - LE POULIGUEN - Tél. 06 07 84 14 62 www.decorelations.com

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