La Baule+
la baule + 22 // Juillet 2021 Défense ► Le témoignage d’un ancien chef de commandos marine Louis Saillans : « Si l’on a un idéal, si l’on obéit à une idéologie, à une religion ou à une philosophie, on est beaucoup plus fort et on est complet, parce que l’on a quelque chose de plus grand que nous à suivre. » L ouis Saillans est entré en 2010 dans les commandos marine et il est devenu chef de groupe cinq ans plus tard. Du- rant près d’une décennie, il a parti- cipé à des opérations militaires en Afrique et au Moyen-Orient pour libérer des otages, capturer des res- ponsables djihadistes et neutraliser des terroristes. Grâce aux notes prises au cours de ses missions et à des documents d’archives auxquels il a eu accès, il dévoile la réalité des activités des forces spéciales. Il re- trace aussi le parcours des soldats de ces unités, passés par une sélec- tion drastique au cours de laquelle ils ont subi les pires épreuves phy- siques et psychologiques. Un té- moignage unique, qui permet de mieux comprendre le travail de ces combattants de l’ombre prêts à sa- crifier leur vie pour sauver la nôtre et maintenir la paix. « Chef de guerre. Au cœur des opé- rations spéciales avec un comman- do marine » de Louis Saillans est publié chez Mareuil Éditions. La Baule + : Avec tout ce que vous avez vécu, vous êtes de ceux qui connaissent le mieux l’être humain, physi- quement, moralement ou psychologiquement, dans ses forces, sa résis- tance, ses faiblesses, ou sa lâcheté… Louis Saillans : C’est un aspect passionnant, le contact humain. On assiste parfois à des situations par- ticulières quand on a af- faire à des hommes qui ne reculent devant rien, ou à d’autres qui s’effondrent complètement et attendent la mort... On touche du doigt des situations que l’on ne re- trouve nulle part. On imagine difficile- ment à quel point le stage des commandos marine est difficile et vous racontez que ce ne sont pas les plus bara- qués ou les plus grandes gueules qui en res- sortent gagnants… C’est un peu cliché, le mythe de David contre Goliath... En réalité, c’est le gars qui sera le plus résiliant, phy- siquement, mentalement et intellectuellement, celui qui arrivera à tenir la distance, qui sera assez malin pour trouver les bonnes solutions à chaque problème qu’on va lui présenter... C’est ce gars qui va s’en sortir le mieux et pas forcément celui qui a la plus grande endurance physique, car on se rend très vite compte que le physique ne représente que très peu de choses face à notre envi- ronnement. Dans ce monde, il y a très peu de nous et on ne fait jamais le poids. Le bien fait très peu de bruit, alors que le mal fait beaucoup de bruit En vous écoutant, on peut faire un paral- lèle avec l’attitude des hommes et des femmes en période de guerre où l’on découvre toute la complexité d’une situa- tion… Il y a une constante : le bien fait très peu de bruit, alors que le mal fait beaucoup de bruit. Il faut toujours prendre avec des pincettes les récits éclatants en se po- sant des vraies questions. C’est un très long travail, un très long parcours, alors que prendre l’option la plus allé- chante donne souvent satis- faction, mais elle est souvent loin de la réalité. Les réalités sont toujours plus nuancées. Une illustration pour comprendre à quel point c’est difficile : lors du stage dans les comman- dos marine, vous avez un ongle incarné, mais vous ne voulez surtout pas le montrer à votre instructeur, pour éviter d’être disqualifié. Alors, en pleine forêt, vous en- levez votre chaussette et vous fendez votre ongle avec un scalpel, vous épongez le sang et, mal- gré la souffrance, vous revenez en faisant sem- blant que tout va bien… Le stage commando, c’est le seul endroit au monde où l’on peut avoir la possibili- té d’aller dans ses retran- chements. Si vous faites du sport à un haut niveau ou de la randonnée, vous choisis- sez ce que vous mettez dans votre sac, vous choisissez votre itinéraire et vous choi- sissez vos entraînements… Dans un stage commando, on nous impose tout. Il n’y a plus que notre intelligence, notre mental et notre endu- rance pour surmonter les épreuves. On arrive à des re- tranchements qui sont assez particuliers, comme celui que vous évoquez. La plu- part des commandos que je connais ont eu des blessures incroyables, mais qui sont passées. C’est très impres- sionnant sur le coup, mais on peut surmonter tout cela si l’on a vraiment l’envie de réussir. Il faut savoir résoudre les petits problèmes du quotidien avant de s’attaquer aux grands problèmes du reste de notre vie La première étape, pour devenir un homme, c’est de faire son lit : c’est d’ailleurs la première chose que l’on apprenait au service militaire… C’est un exercice très inté- ressant à plusieurs égards. Tout le monde a un lit, c’est quelque chose d’univer- sel. C’est quelque chose qui marque un moment particu- lier, puisque c’est le premier moment de la journée et l’une des premières actions que l’on mène consiste à mettre de l’ordre dans ce qui est à notre portée. C’est une symbolique très forte. On met de l’ordre dans quelque chose d’intime, pour ensuite attaquer la journée du bon pied. Il faut savoir résoudre les petits problèmes du quo- tidien avant de s’attaquer aux grands problèmes du reste de notre vie. Le ser- vice militaire comportait de nombreux atouts. Il faut aussi mettre la tâche à sa portée, car si le lit est trop
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