La Baule+

la baule + Août 2021 // 33 Il suffit de voir les Gilets jaunes ! J’adore l’histoire. Je suis en train de lire Cha- teaubriand sur la Révolution française et cette époque, et cela me fascine de com- prendre ce peuple français qui peut être pour, le pre- mier jour, et totalement contre, le deuxième jour : c’est comme pour Napo- léon, ils sont à la fois pour et contre l’heure suivante… Je trouve aussi touchant de voir ce peuple qui est à la fois royaliste, mais qui sait au fond de lui que ce régime a du plomb dans l’aile. Le peuple français est fascinant et c’est sans doute lié à sa position géographique. En effet, l’Angleterre est une île, il suffit de tirer les ponts et d’être solidaires entre soi, alors que c’est autre chose que d’être dans un endroit qui est au centre d’un conti- nent, géographiquement, on est envahi tout le temps avec les bénéfices et les dé- savantages. Regardez, sur les Champs-Élysées, on peut voir les films de tous les pays du monde. Certains metteurs en scène anglais démarrent même leur car- rière en France : je pense à Ken Loach. Donc, nous sommes des rebelles, mais nous sommes aussi très ac- cueillants. Quel autre pays a eu dans ses actrices les plus aimées Romy Schneider et Claudia Cardinale? C’est une acceptation de l’étranger que les Anglais n’ont pas, parce qu’ils sont sur une île. Votre dernière chan- son, « Oh ! Pardon tu dormais… », est fantas- tique, parce qu’Étienne Daho a su recréer cette ambiance des années 70 et votre album a même des références clas- siques… Oui, je suis vraiment très contente. D’ailleurs, les Anglais et les Américains ont fait un très bel accueil à cet album. C’est l’énergie d’Étienne qui m’a empêchée d’être dans la mélancolie du passé et il a su aussi injec- ter ses propres fantasmes. C’est un disque que nous avons fait à deux et j’ai trou- vé incroyable qu’il croie à ce point dans mon écriture. D’ailleurs, la chanson « Je voulais être une telle perfec- tion pour toi ! » finit le film de Charlotte. Je suis allé à Cannes et j’ai été très émue d’entendre cette chanson à la fin du film. C’est Étienne Daho qui a fait tout cela. Je lui dois beaucoup. Pourtant, ces références sont plutôt celles de John Barry que celles de Serge Gainsbourg… Mes textes sont portés par une musique formidable, comme si c’était une comé- die musicale. Il y a aussi une surprise avec « Fruit », un jeu avec Étienne Daho. Ce n’est pas une chanson, cela me rappelle un peu « Raccrochez c’est une horreur »… J’ai chanté les côtés féminins de Serge Oui, c’est vrai. Comme c’est drôle ! Dans vos premières chansons, on a pu penser que vous aviez cette inspiration ou cette âme « gains- bourienne». Mais de- puis quelques années, lorsque j’analyse ces reproductions de style, je comprends que c’était aussi en sens inverse… C’est ce qui explique sans doute le fil commun que l’on re- trouve dans toutes vos chansons… Oui. J’ai chanté les côtés fé- minins de Serge, mais aussi les malheurs que je provo- quais moi-même dans ma vraie vie. Donc, c’était une étrange situation. Il gar- dait les chansons chocs et il m’a donné ses fragilités. Donc, les gens imaginaient que j’étais cette personne, alors que pour « Les des- sous chics» j’étais Serge Gainsbourg... Dans cet al- bum, il y a une violence que les gens n’attendent pas et Étienne m’a dit : « Dès que l’on entend ta voix, on pense à Serge. Ce n’est pas une influence musicale, on pense à Serge dès que tu parles, mais aussi pour ce que tu es… » C’est un hon- neur que d’être mélangée à ce point à ce créateur. «Me- lody Nelson » était inspirée par ma présence. Il m’a toujours donné une place immense. Il m’a mise sur la couverture du disque parce qu’il voulait que les gens me découvrent. C’était un Pygmalion. Merci, Jane ! Pendant tout le mois d’août, Kernews va program- mer « Oh ! Pardon tu dormais… » plusieurs fois par jour… Oh ! Merci et amitiés à tous les Baulois ! Je leur dis : à très vite, au 28 août pro- chain… Propos recueillis par Yannick Urrien. Jane Birkin : « C’est l’énergie d’Étienne Daho qui m’a empêchée d’être dans la mélancolie du passé.»

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2