La Baule+
6 // Octobre 2020 Politique ➤ Entretien avec l’ancienne ministre de la Justice, actuellement maire du VIIe arrondissement de Paris Rachida Dati : « Nous ne sommes pas un pays de communautés, mais un pays de citoyens. » R achida Dati, maire du VIIe ar- rondissement de Paris et ancienne ministre de la Justice, fait partie des personnalités citées parmi les pré- sidentiables, avec un discours sans langue de bois à l'égard de l’électorat de droite. Elle est venue dans le studio de Kernews pour répondre aux questions de Yannick Urrien. La Baule + : Quel regard portez-vous sur la situa- tion de notre pays, no- tamment cette explosion de violence et un certain refus de la classe poli- tique et médiatique de mettre les bons mots sur les maux qui affectent notre pays ? Rachida Dati : Au- jourd’hui, notre pays est à terre. Il est à terre économi- quement, il est à terre en termes d’autorité et de sécu- rité, il est à terre en termes d’inégalités puisque les iné- galités se sont fortement ag- gravées depuis 2017. La sé- curité a explosé depuis 2017 et, la crise sanitaire aidant, nous sommes dans une crise économique sans précédent. Ce gouvernement a une po- litique économique qui est celle du carnet de chèques, mais à un moment donné les Français vont passer à la caisse, car il ne faut pas croire que c’est de l’argent virtuel. Soit on veut faire de l’inflation et tout va augmen- ter, donc cela va aggraver le problème de pouvoir d’achat des Français, soit on endette le pays, les Français paieront cela par des impôts et ce se- ront toujours les mêmes qui paieront : c’est-à-dire ceux qui travaillent et les classes moyennes. On aura la fac- ture après 2022 et c’est ce sur quoi compte Emmanuel Macron. D’un point de vue de l’autorité et de l’insécu- rité, le président de la Répu- blique, comme d’ailleurs le ministre de l’Intérieur, commente sans agir. Il y a un débat entre le président de la République et son mi- nistre de l’Intérieur. Gérald Darmanin parle d’ensauva- gement de la société et Em- manuel Macron dit qu’il n’aurait pas employé vrai- ment ce terme, mais qu’il au- rait parlé d’une banalisation de la violence. Je vais rappe- ler à ces gens que l’un est président de la République et l’autre ministre de l’Inté- rieur : on ne doit pas assister à un Sudoku, il s’agit de la sécurité des Français ! Dès le premier jour, ce Nouveau Monde était un leurre Pourquoi a-t-on si peur de nommer les choses, notamment sur la pro- gression de l’islam radi- cal et l’atmosphère de guerre civile dans cer- taines banlieues ? Parce que nous arrivons à la limite de ce que l’on ap- pelle le Nouveau Monde. Dès le premier jour, ce Nouveau Monde était un leurre. La fonction prési- dentielle, comme la fonc- tion de ministre de l’Inté- rieur, cela ne s’improvise pas. Ce n’est pas un casting. Quand on est président de la République, on doit avoir une vision, une ambition pour son pays et une cer- taine expérience. Vous pou- vez avoir le meilleur cv du monde, mais si vous n’avez pas la bonne expérience, vous pouvez vous planter. Être président de la Répu- blique, ce n’est pas un job comme un autre ! Antoine Pinay ou René Monory n’avaient pas forcément les meilleurs cv du monde, mais ils ont laissé de très bons souvenirs aux Fran- çais… René Monory avait une ex- périence ! Mon père était ouvrier et il était improbable que je devienne Garde des Sceaux en une génération Vous n’aviez pas forcé- ment le meilleur CV du monde pour devenir mi- nistre de la Justice… J’étais magistrat... Mainte- nant, si vous parlez du des- tin, évidemment, je n’étais peut-être pas faite pour de- venir un jour Garde des Sceaux, puisque mes parents étaient analphabètes. Ils sont arrivés en France dans les années 60. Mon père était ouvrier et il était improbable que je devienne Garde des Sceaux en une génération. Pour autant, je crois en la politique, je crois au volon- tarisme et je crois à l’action. Je crois en la politique qui change le destin des gens et c’est de cette manière que je me suis engagée auprès de Nicolas Sarkozy avec le suc- cès que l’on connaît, puisqu’il était aussi impro- bable pour lui de devenir président de la République. Certains, y compris ceux qui l’ont critiqué, s’accordent Rachida Dati dans le studio de Kernews
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