La Baule+

14 // Octobre 2020 Société ➤ Les combats sémantiques et sociologiques analysés par l’Observatoire de la dé- construction Olivier Vial : « Vous pouvez tout à fait être hétéro en considérant que vous êtes de genre féminin alors que, biologiquement, vous êtes un homme. Et, dans ce cas, vous êtes un homme lesbien ! » C ’est un sujet passionnant que celui des intersectionnalités, parce qu’il reflète une muta- tion profonde de la société. Depuis quelque temps, le terme de décons- truction est à la mode. L'idée dé- fendue, par des intellectuels et cer- tains élus, vise à déconstruire les stéréotypes et les préjugés de classes, de genres et de races à travers cette notion d’intersectionnalité des luttes. Olivier Vial, fondateur de l’Obser- vatoire de la déconstruction, dé- crypte ce bouleversement séman- tique et sociologique. La Baule+ : Le terme de déconstruction reste en- core peu connu du grand public. Il désigne le nouveau discours mé- diatique et politique dont l’objectif est de mo- difier notre pensée sur la plupart des aspects de la vie. Est-ce cela ? Olivier Vial : La décons- truction, c’est quelque chose qui nous revient des États- Unis, mais c’est une inven- tion française. Ce sont des universitaires français qui, dans les années 50 et 60, ont voulu déconstruire les rapports de domination. Pour eux, le monde était composé de dominants et de dominés, et il fallait libérer les dominés en déconstrui- sant tout ce qui permettait d’établir la domination de certaines classes dirigeantes. Cela peut être la culture, la littérature ou le langage. Cette pensée a progressé aux États-Unis et elle nous est re- venue survitaminée, puisqu’elle a rencontré là-bas tout ce que les États-Unis comptent de militantisme et d’activisme extrêmement vi- rulents, par ce courant de la déconstruction que l’on a vu apparaître en France autour de la question de la théorie du genre, puisque l’objectif est de déconstruire les rapports hommes-femmes et ce qu’ils appellent la binarité des sexes. On voit au- jourd’hui le même courant s’intéresser à la question de l’appartenance raciale et de l’appartenance ethnique, et ils veulent déconstruire les questions d’universalité, de laïcité et d’assimilation. Pour eux, les minorités ne doivent plus être placées sur un point d’égalité, mais sur un point supérieur, de façon à payer le dû qu’on leur devrait et de façon à faire descendre le pri- vilège blanc. C’est un mou- vement qui ne s’arrête pas puisque, chaque fois qu’ils ont déconstruit quelque chose, ils trouvent un autre obstacle à déconstruire. Maintenant, il y a les cou- rants antispécistes qui veu- lent déconstruire la hiérar- chie qui est censée exister entre l’homme et l’animal, en considérant que n’importe quel animal a la même légi- timité et les mêmes droits que l’homme. Et maintenant, il y a même les végétaux, avec la décision du maire de Bordeaux de ne plus ex- poser d’arbres morts à l’occasion de Noël… L’arbre, c’est la prochaine étape ! Le maire de Bordeaux annonce qu’il veut faire éta- blir une charte des droits de l’arbre. Notre observatoire est un moyen d’essayer de don- ner un peu de cohérence à tous ces phénomènes d’actua- lité. Par exemple, l’ONU vient de publier sur son site Inter- net un texte expliquant que la Covid-19 est le résultat de millénaires de politique de domination du patriarcat ! On ne voit pas bien le lien si l'on ne comprend pas toute l’idéo- logie qui existe autour de cette dominationmasculine qui se- rait l’alpha et l’oméga de tous les problèmes du monde. Ce n’est pas un hurluberlu dans un coin qui diffuse cela, mais c’est l’ONU ! Maintenant, une journaliste américaine veut que l’on réforme tout le voca- bulaire de l’œnologie, parce qu’elle estime que l’œnologie est un moyen de favoriser le sexisme et la culture blanche... Donc, elle veut que l’on change les mots. Cela peut toucher n’importe quelle sphère. Il est très difficile pour le grand public de compren- dre que derrière toutes ces choses qui paraissent amu- santes ou ridicules, il y a une vraie idéologie, avec des ré- seaux et des associations qui sont fortement structurés. C’est quelque chose qui fragilise nos sociétés, oppose les uns aux autres et multiplie le sentiment de victimisation Cette idée de base sur l’homme blanc hétéro- sexuel qui domine la pla- nète, notamment dans les cercles du pouvoir, n’est pourtant pas spé- cialement infondée… Effectivement, dans l’histoire de France, on a majoritaire- ment des hommes blancs, mais ce n’est pas vrai partout. Le véritable enjeu est autre. Les décolonialistes ne consi- dèrent pas que l’homme blanc a été historiquement dominant. Ils considèrent qu’il est toujours dominant parce qu’il y a un système qui assoit sa domination. Et ce système, c’est sa culture, c’est son vocabulaire. Donc, on doit déconstruire cela. Il y a ce nouveau concept de ra- cisme systémique. C’est une façon assez habile de dire que finalement il n’y a plus de ra- cistes en tant que tels, car la majorité des gens n’ont pas la volonté d’être racistes, mais tout le monde l’est parce que c’est la société qui est ra- ciste et c’est la société qu’il faut déraciser et décoloniali- ser. Donc, c’est l’ensemble de la culture, des mots et des concepts qui doivent être dé- construits pour être rempla- cés par autre chose. Ces mili- tants sont très forts pour dynamiter les bases de la so- GUÉRANDE - 02 40 62 00 35 - 06 86 00 32 14

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