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la baule + Mai 2021 // 25 de l’Union européenne, pour des raisons qui peuvent se discuter en termes de poli- tique migratoire et qui font l’objet d’un débat démocra- tique, mais il y a des choses pour moi qui ne se discutent pas : quand un être humain est en danger de mort, on lui tend la main et on le sauve! C’est une grande tradition maritime et c’est une règle du droit maritime. Quand un navire à votre proximité est en perdition, vous de- vez vous dérouter pour lui porter secours. Cela m’est arrivé quelquefois dans ma vie et j’en tire, non pas une fierté, mais un sentiment du devoir civique accompli. Or, ces gouvernements euro- péens ont fait preuve d’une grande lâcheté à bien des égards. Je me moque qu’ils soient en situation irrégu- lière ou pas, je me moque qu’ils viennent de tel ou tel pays et qu’ils soient blacks, blancs, beurs... Ce sont des humains qui sont en danger de mort et le devoir d’autres humains, c’est de leur porter secours. Les débats démo- cratiques viennent après. D’abord, on leur porte se- cours. D’ailleurs, vous faites un parallèle entre la brutalité de Daesh et celle que nous ren- voyons à travers ce spectacle de milliers de morts noyés à qui l’on n’a pas porté secours… Je ne fais pas un parallèle, aussi crûment que vous le faites, mais à barbarie, bar- barie et demie, c’est clair ! Il y a certes la barbarie de ceux qui assassinent nos enfants à la terrasse des bis- trots, des journalistes qui font leur travail de liberté d’expression, des profs qui enseignent, des curés qui font la messe ou des flics qui rentrent chez eux. Cette bar- barie est insupportable. Elle me hérisse et je la condamne avec une force inouïe. Mais à barbarie, barbarie et demie. Il faut aussi que l’on sache balayer devant notre porte car on traite des humains en perdition d’une manière qui, à bien des égards, s’ap- parente à une forme de bar- barie. Vous rappelez que pour le droit maritime inter- national, la fermeture des ports est illégale. Or, c’est pourtant ce qui s’est passé en Italie… Il y a des règles du droit international qui sont sa- cro-saintes, qui sont dans des traités et qui ne sont pas scrupuleusement respec- tées, c’est le moins que l’on puisse dire, et ce droit mari- time international a bien des vertus. Si jamais on avait pris le risque de revenir vers la Libye, il y aurait eu une émeute à bord, parce qu’ils préfèrent mourir en mer que de retourner en Libye Lors d’un entretien avec un responsable de l’Aquarius, vous appre- nez que si, un jour, pour un problème, le bateau devait arriver sur un port libyen, il y aurait une émeute à bord car les migrants préfére- raient mourir que de re- tourner en Libye… L’un de mes cousins, jeune capitaine au long cours, Loïc Glavany, a dirigé pen- dant presque un an les opé- rations de sauvetage à bord de l’Aquarius, le bateau de l’association SOS Méditer- ranée. Il m’a raconté cette anecdote. Il recueillait plu- sieurs centaines de réfu- giés sur le bateau, avec les équipes de SOS Méditerra- née qui faisaient le sauve- tage et les équipes de Mé- decins sans Frontières qui s’occupaient de la santé de ces pauvres hères abandon- nés. Il y avait toujours des tensions et des difficultés à faire vivre ces centaines de personnes sur un espace clos. Il était très attentif au respect des règles de sécu- rité et il m’a dit : « Si ja- mais on avait pris le risque de revenir vers la Libye, il y aurait eu une émeute à bord, parce qu’ils préfèrent mourir en mer que de re- tourner en Libye.» Donc, cela en dit long sur ce qu’ils avaient vécu en Libye ! La Méditerranée est le nœud gordien du monde Il y a un autre point sur lequel vous nous invi- tez à réfléchir, c’est ce volcan qu’est la Médi- terranée, un lieu de vio- lences. La position géo- graphique particulière du bassin méditerra- néen constitue-t-elle un élément d’explication? Peut-être est-ce aussi lié à l’apparition des monothéismes sur cette même terre ? D’un point de vue géogra- phique, civilisationnel et historique, on peut dire que la Méditerranée est le nœud gordien du monde, puisque c’est là que se rencontrent l’Occident, l’Orient et le Proche-Orient. C’est là aus- si que se retrouvent le Nord et le Sud, entre l’Europe et l’Afrique. C’est là que sont nés, après le polythéisme grec - qui était un temps de douceur, même s’il y avait de la violence et de la bar- barie, mais c’était quand même un temps de joie de vivre et d’enthousiasme - les monothéismes. C’était il y a 2 000 ans, au même en- droit, à Jérusalem. Ces trois monothéismes sont nés dans un voisinage conflic- tuel, en tout cas au début, et violent. En particulier avec les intégristes de ces trois monothéismes, car toute re- ligion porte son intégrisme. Je ne fais pas d’amalgame avec l’ensemble de ceux qui sont des croyants qui, bien souvent, sont des gens de paix et de laïcité, même en étant croyants, mais les in- tégristes religieux sont des empêcheurs de faire la paix. Souvent, on oublie que l’un des grands témoins de la paix potentielle au Proche- Orient, Yitzhak Rabin, Pre- mier ministre israélien, est mort assassiné, non pas par un Palestinien, mais par un juif orthodoxe qui lui re- prochait de vouloir la paix. Ces mouvements juifs or- thodoxes sont extrêmement violents, comme le sont d’ailleurs les intégrismes de toutes les religions. Vous avez baigné dans cette vision d’une France laïque où tout le monde peut cohabiter, avec des croyances qui demeurent réservées à la sphère privée. Que pensez-vous du spec- tacle actuel et de ce que l’on appelle maintenant l’islamo-gauchisme ? Pour moi, la laïcité est une règle ou un principe qui permet aux religions et aux non-religions, si j’ose dire, de vivre ensemble dans la paix et dans la concorde. C’est la protection d’une liberté individuelle fonda- mentale qui s’appelle la li- berté de conscience. C’est le droit de croire, mais c’est aussi le droit de ne pas croire. (Suite page 26) Jean Glavany : « La laïcité, c’est le fait qu’au-dessus des lois religieuses, il y a les lois de la République. »

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