La Baule+

la baule+ 8 | Mars 2026 Nous n’en sommes plus aux bruits de bottes, mais aux bruits de bombes, carrément. Sans doute faut-il voir là l’expression d’une irrépressible envie de célébrer Mars, le dieu de la guerre de nos grands aïeux. Évidemment, vu d’ici on s’en passerait bien, nous qui, d’ailleurs, un peu plus chaque jour, sommes accoutumés à nous passer de mille choses qu’on croyait pourtant indispensables au bon fonctionnement de notre sympathique société, de notre tout aussi sympathique «vivre ensemble », comme on dit quand on veut montrer qu’on a le souci du partage et de la résilience. Tenez, la résilience, il nous en a fallu une bonne dose ces derniers temps. D’ailleurs, je m’étonne que les cabinets des médecins spécialistes des boyaux de la tête et de l’âme n’aient pas connu de déferlante plus spectaculaire. Je m’étonne aussi que les officines n’aient HUMEUR > Le billet de Dominique Labarrière Mars et ça repart… pas été davantage dévalisées de leurs euphorisants et antidépresseurs. Je m’étonne enfin qu’une vague séditieuse n’ait pas submergé le pays lorsque l’annonce - la terrifiante annonce ! - est tombée. J’hésite à m’en faire l’écho, tant je redoute d’assombrir ce moment de lecture que vous avez la gentillesse d’accorder à ces lignes. Pourtant, il me faut bien préciser ce dont il s’agit, la cause de ce traumatisme que la Nation entière a cependant su dominer et contraindre dans les limites du raisonnable. À l’instant, je faisais allusion à l’obligation qui nous est faite d’apprendre à nous passer de ceci, de cela, etc. Eh bien, voilà qui a atteint des limites à peine imaginables pour nombre d’entre nous, dont bien évidemment je suis : nous avons dû nous passer de vaches au dernier salon de l’agriculture ! Rien de moins ! De vaches, de veaux, de taureaux ! L’Aubrac aux belles cornes remisée à l’étable, la Limousine tricarde porte de Versailles, le Charolais aux attributs bene pendante, comme il se doit, interdit d’exhibition devant les foules parisiennes admiratives, voire envieuses. Tout un monde qui s’effondre. Mais, on a tenu le choc, vaille que vaille. On a fait bon cœur contre mauvaise fortune. Certes la motivation n’y était pas vraiment. On l’a bien vu : le Président n’a pas été aussi malmené, chahuté que certaines autres fois… Ne pouvant lui procurer la joie si vive de tâter le cul des vaches, on s’est rabattu sur la dégustation du pâté en croûte, histoire de célébrer une vraie bonne nouvelle. Car, oui, Mesdames et Messieurs, le pâté en croûte revient en force sur nos tables et dans nos faveurs. Une résurrection particulièrement bien venue, célébrée par un reportage en bonne et due forme lors d’un récent journal télévisé de TF1. Le pâté en croûte réhabilité, preuve si besoin en était que tout n’est pas encore foutu au beau royaume de France. Les dictatures conjuguées de la diététique hystérisée, du véganisme radicalisé n’auront finalement pas eu sa peau. En mars donc, pour cette chère spécialité de notre patrimoine culinaire, ça repart aussi. On s’en réjouit. Prudence tout de même, car comme le dit si bien notre vieil Aristote, «Une hirondelle ne fait pas le printemps, non plus qu’une seule journée de soleil… » Prudence et vigilance en effet, car au train où vont les choses, après avoir dû nous passer de bovidés à la grandmesse agricole de l’année, il se pourrait bien que nous finissions par devoir affronter des éditions du salon de l’agriculture sans… agriculteurs. Pour de bon. Il se dit en effet que la paysannerie française serait grandement menacée, notamment sous les coups de boutoir d’accords économiques bizarroïdes qui lui seraient fort défavorables et pour l’application desquels la cheffe étoilée - j’évoque ici le drapeau de l’Europe, bien sûr, nullement une quelconque experte ès pâtés en croûte et autres délices - a cru pouvoir se passer, elle, du résultat de la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne par le parlement pour en décider. Donc après le salon sans vaches, nous voici avec la démocratie sans démocratie. Ça promet. Remarquez bien, on nous avait déjà fait le coup, travestissant un «non » à un référendum en un « oui » d’une légitimité plus que douteuse. Bafouer ainsi l’expression démocratique, si près des élections de mars qui verront les Français appelés à se rendre aux urnes, est-ce bien de nature à stimuler les enthousiasmes ? On peut en douter. Quant à nos paysans, souhaitons-leur de survivre et que nous n’ayons jamais à reprendre en chœur une chanson bien nostalgique dont le refrain serait : « Que reste-t-il de nos labours, une photo, vieille photo… » Régie publicitaire : Fabienne: 06 08 80 39 55 Hervé : 06 52 20 34 64 De la portée, de la confiance, du local

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