La Baule+

la baule+ 18 | Juillet 2026 Classique > Les Rencontres musicales de La Baule deviennent un événement national Georges Zeisel est réalisateur artistique, critique musical et journaliste. Il a notamment travaillé pour Diapason, France Musique, France Culture, Arte et Le Monde de la musique. Il est également le fondateur de l’association ProQuartet. Avec le concours de la municipalité de La Baule, il a lancé les Rencontres musicales de La Baule, dont la quatrième édition se déroulera du 11 au 19 juillet. C’est un événement, car cette manifestation est aujourd’hui considérée par Le Figaro et Le Monde comme l’un des 80 rendez-vous majeurs de l’été dans le domaine de la musique classique. Georges Zeisel nous a reçus chez lui, face au bois des Aulnes. Georges Zeisel : « C’est un moment privilégié dans l’histoire de l’Europe que d’avoir eu, sur un siècle, des musiciens comme Mozart, Brahms, Schubert ou Haydn. » La Baule+ : Quand on pense à vous, on pense forcément à La Baule et à la musique classique… Georges Zeisel : La Baule, c’est la ville de ma petite enfance jusqu’à mon adolescence. Mes parents y ont acheté une maison en 1951. J’avais un an. Lorsque mes parents ont disparu, cette maison m’est revenue. Je n’y allais plus très souvent, mais il y a une quinzaine d’années, je suis revenu plus fréquemment. J’ai eu, par bonheur, les moyens de la remettre en état. Jean-Yves Le Huédé, conseiller municipal, m’avait connu lorsque j’étais producteur à Radio France, au moment de la création de l’association ProQuartet. Il m’a proposé de créer un festival de musique classique à La Baule et, à l’occasion du centenaire du parc des Dryades, il y a eu la réhabilitation de l’amphithéâtre. Il m’a alors proposé d’organiser des concerts. Je connaissais évidemment le parc. Je me souviens y avoir gambadé en culotte courte et j’ai tout de suite compris qu’il y avait quelque chose de fantastique à faire. Franck Louvrier nous a attribué une subvention de 30 000 €. C’était suffisant pour faire deux ou trois concerts, sans trop d’organisation. Nous avons eu de la chance. Je me suis dit qu’il était pertinent de proposer des concerts d’importance dans l’amphithéâtre et des concerts de musique de chambre dans d’autres lieux. J’ai rencontré François Salque, qui donnait un concert dans la petite église derrière Atlantia, et je lui ai proposé de travailler sur ce festival. C’est une collaboration formidable et nous sommes très complémentaires, car il parvient à trouver des jeunes musiciens de qualité. Nous essayons de marier les jeunes et les plus âgés, comme dans une vraie académie, en même temps que le festival. Vous avez été producteur à France Culture et à France Musique, et vous avez dirigé plusieurs associations pour la promotion de la musique classique. L’organisation d’un festival est-elle l’aboutissement d’une carrière ? J’ai été producteur pendant huit ans sur France Musique et j’ai consacré ma vie à la musique classique. Mes productions étaient très particulières, puisqu’il s’agissait de diffuser de grands concerts d’archives. Je diffusais des concerts des années 40 ou des années 50, que nous allions chercher dans les radios européennes. L’histoire de l’interprétation a toujours été très importante pour moi. J’ai créé une association peu après avoir tourné, pour Arte, une histoire de la musique de chambre et du quatuor à cordes. J’ai aussi été impliqué dans une grande exposition au Centre Pompidou, dont le thème était Vienne au tournant du siècle. J’ai pu réaliser une série d’entretiens avec des musiciens qui sont nés à Vienne et qui ont été contraints à l’exil dans les années 30. Cela m’a permis d’écrire un scénario sur l’histoire du quatuor à cordes, avec tout le développement qu’il y a eu en Europe et cette grande rupture des années 30. L’idée était d’inviter le plus grand quatuor de l’époque, le quatuor Amadeus, qui préparait son quarantième anniversaire en 1987. Ce quatuor avait été créé en 1947 par des musiciens exilés qui s’étaient retrouvés en Angleterre et ils étaient toujours ensemble pour préparer leur quarantième anniversaire. Malheureusement, j’ai appris le décès de Peter Schidlof deux mois plus tôt. Je n’ai pas voulu que ce projet s’arrête. J’ai appelé le premier violon du quatuor Alban Berg, Günter Pichler, en lui disant qu’il était le seul capable de le remplacer. Ce sont des musiciens qui réservent leurs dates de concert deux à trois ans à l’avance, mais il a accepté. C’était fantastique. Nous avons même pu organiser un concert avec trois musiciens du quatuor Amadeus et trois musiciens du quatuor Alban Berg. Il y avait vraiment une dimension symbolique de transmission et de passage de témoin. Et c’est pourquoi vous dédiez ce festival à Günter Pichler… Oui, il est décédé le 24 avril dernier. J’avais dîné avec lui huit jours avant et j’ai décidé de lui dédier cette édition 2026. Quand j’ai créé ProQuartet, il y a eu, toute l’année, des masterclass avec ces musiciens. Je rappelle qu’en 1987, il y a eu un renouveau de la musique de chambre en France, parce qu’il y a eu transmission. La musique classique rappelle ce que fut l’Europe des Lumières Le Monde et Le Figaro soulignent que votre festival fait partie des incontournables de l’été. En quoi est-il unique en son genre ? C’est un enjeu important, parce qu’il est compliqué de créer un festival de musique de chambre pour des estivants. C’est un moment privilégié dans l’histoire de l’Europe que d’avoir eu, sur un siècle, des musiciens comme Mozart, Brahms, Schubert ou Haydn, qui se sont concentrés à Vienne pour fabriquer un répertoire qui n’a pas vieilli et qui est extrêmement significatif. La musique classique rappelle ce que fut l’Europe des Lumières et c’est fondamental. Goethe disait que le quatuor à cordes, c’est quatre personnes raisonnables qui se mettent ensemble pour discuter. Le quatuor, avec Haydn, c’est la concentration du Nord, qui apporte le développement, avec ce que Bach a inventé, puis le Sud, avec la mélodie, et l’aspect folklorique qui vient de l’Est. La France a apporté un aspect structuré. On est donc dans une synthèse, un carrefour d’une série de courants qui dépassent la musique. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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