International > Dans la tête de Donald Trump ! Hubert Rodarie : « S’il faut s’autonomiser face à Trump, ce n’est pas avec le personnel politique actuel que l’on réussira à le faire. » Hubert Rodarie est diplômé de l’École centrale de Paris et de l’Institut d’études politiques de Paris. Il a débuté sa carrière comme ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique, en travaillant dans le cadre du programme électronucléaire français. Depuis 1985, il a occupé de nombreux postes dans la finance parisienne et il a contribué à structurer la place financière de Paris, notamment via l’association de professionnels sur le marché obligataire. Il préside actuellement l’Association française des investisseurs institutionnels. Dans son dernier ouvrage, il analyse la stratégie de Donald Trump. S’agit-il d’un simple épisode de l’histoire, ou du symbole d’un tournant politique majeur, redéfinissant les règles du jeu géopolitique ? « Trump face à un monde qui avait besoin de changements » de Hubert Rodarie est publié aux Éditions Eska. La Baule+ : Vous commencez votre livre avec une analogie intéressante en soulignant que l’histoire de Périclès permet de comprendre Donald Trump. Pourquoi ce rapport ? Hubert Rodarie : Au moment de la deuxième élection de Donald Trump, un certain nombre de correspondants m’ont demandé ce que j’en pensais. Au cours de son premier mandat, il y avait une distorsion extrêmement grande entre la perception de l’action de Trump et de son administration, et ce qui en était rendu compte au niveau des médias traditionnels, notamment au niveau européen. C’est cette difficulté qui m’a obligé à trouver un moyen d’appréhender le fonctionnement de Trump et de son administration. Pourquoi aller chercher aussi loin ? En 2016, ce qui est apparu très vite, c’est que Trump, pour la première fois dans l’histoire contemporaine américaine, faisait un appel direct au peuple. Il ancrait sa communication et son langage en inversant la pratique de communication qui faisait rentrer les élites au sein des foyers les plus modestes, alors que chez lui, ce sont les foyers les plus modestes qui se sont insérés dans le dispositif politique américain. Vous observez aussi que la vie de Périclès resla baule+ 8 | Avril 2026 semble à celle de Trump. Dans les mœurs d’abord, et il commence sa carrière politique sous les feux de la rampe... Exactement. Ensuite, ils se sont appuyés sur le peuple. Une analogie doit toujours surprendre pour provoquer une réflexion. Ils ont pris le pouvoir politique dans un contexte qui était le leur. Mais il faut se garder de faire trop de comparaisons, puisque les temps de l’époque, au Ve siècle avant Jésus-Christ, n’étaient pas ceux du deuxième millénaire après Jésus-Christ... Néanmoins, il y a une correspondance intéressante. Cette ouverture des élites vers le peuple, cela n’existe plus dans le monde occidental Pendant très longtemps, le discours ambiant républicain a consisté à dire qu’il est bon que le peuple rejoigne les élites, avec une sorte de méritocratie. Puis on a vu apparaître ceux que l’on a qualifiés de populistes, en les accusant de parler au peuple pour alimenter les bas-fonds intellectuels, alors que ces populistes gardaient le pouvoir entre eux. Ensuite, Trump comme Périclès, a eu la capacité de parler au peuple dans les assemblées avec la volonté de faciliter l’accès de tous aux diverses fonctions. C’est une élite qui parle au peuple et qui dit au peuple : « Prenez le pouvoir. » Or, on a maintenant une nouvelle version, puisque l’on nous dit que ce n’est pas bien de confier le pouvoir à des gens qui ne sont pas formés et que le pouvoir doit finalement rester au sein de l’élite. Que pensez-vous de cette nouvelle doctrine médiatique ? C’est tout à fait pertinent et ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Simplement, il manque une étape : celle de la construction du pouvoir. Il y a eu une transformation profonde, depuis les années 70, dans la construction du pouvoir politique. On avait une conception hiérarchique, les élites étant qualifiées d’ouvertes ou fermées, mais elles restaient pyramidales, avec des processus de nomination à la tête, plus ou moins démocratiques. En revanche, cette ouverture des élites vers le peuple, cela n’existe plus dans le monde occidental. Elle a été remplacée par ce que j’appelle un exercice du pouvoir exécutif, c’est-à-dire la capacité à exercer des pouvoirs de façon légitime sur un corps social par un réseau de pouvoirs. À partir des années 60, il s’est produit une installation, dans un dispositif
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